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23/05/2016 01:57 EDT | Actualisé 24/05/2017 01:12 EDT

Comment, sans jouer, l'Etoile Rouge a piégé Marseille

Le souvenir du patron de Marseille Bernard Tapie s'amusant de son vieux survêtement le 25 mai 1991 fait encore sourire l'ex-entraîneur de l'Etoile Rouge Belgrade, Ljupko Petrovic, 25 ans après le sacre en Coupe des clubs champions (0-0, 5 à 3 t.a.b.).

Le résultat d'un plan aussi simple que minutieusement pensé: refuser de jouer.

. A CONTRE-EMPLOI

"Cette finale est le plus mauvais match de notre génération", se souvient pour l'AFP Dejan Savicevic. Avec Jean-Pierre Papin, Chris Waddle, Abedi Pelé, Robert Prosinecki, Darko Pancev ou Savicevic, un feu d'artifice est espéré. Ce fut un pensum ennuyeux.

"Nous étions une équipe offensive. Mais l'entraîneur nous a dit: +Vous préférez bien jouer et perdre, ou bien jouer comme je pense qu'il faut jouer et gagner?+", se souvient le gardien et capitaine Stevan Stojanovic. "Le seul moyen de gagner était de jouer défensif", explique Petrovic.

"Nous lui avons dit qu'avec cette tactique, nous ne marquerions pas", dit Stojanovic. "Il a répondu: +Et alors?+ On lui a dit: +Mais, il va y avoir des prolongations...+ Il a répété: +Et alors?+ Nous lui avons dit: +Il va y avoir des tirs au but.+ Il nous a répondu: +Oui. Et Dika en repoussera un et nous allons gagner.+"

"L'entraînement, c'était défense, défense, défense", selon Petrovic. "A un moment (Sinisa) Mihajlovic m'a demandé que faire quand nous aurons le ballon. Je lui ai répondu: +Si tu ne sais pas quoi faire, rends le et défends.+"

Cette tactique a suscité les critiques de médias yougoslaves peu habitués à un tel conservatisme. Petrovic n'en démord pas: avec des joueurs déconcentrés après avoir sorti le Bayern Munich, "c'était le seul moyen de gagner".

. "PIXIE", LE GRAND ABSENT

Après s'être imposé en quatre saisons et 54 buts comme une légende de l'Etoile Rouge, Dragan "Pixie" Stojkovic jouait cette fois pour Marseille. Il n'est rentré qu'en fin de prolongation et n'a pas participé aux tirs au but. "Toute notre organisation était faite autour de lui", se désole Bernard Tapie: "Est-ce que c'était une blessure diplomatique avant un match contre son ancien club? Je ne sais pas."

Les anciens partenaires de "Pixie" disent avoir été surpris de cette absence. Selon son ami Stojanovic, "s'il avait joué, il aurait tout donné pour que Marseille gagne". "Il était sans doute le seul dans cette équipe capable de trouver une réponse à notre tactique", selon le gardien.

. UNE ARROGANCE FRANCAISE?

Aux yeux de Stojanovic, elle ne fait pas de doute. Petrovic se souvient d'une réflexion de Tapie devant le banc yougoslave: "Il a remarqué mon vieux survêtement et mes vieilles chaussures. Je suis superstitieux, je porte toujours les mêmes vêtements pour les matches."

Pour Dragan Dzajic, directeur technique du club, les Marseillais "pensaient gagner, (l'entraîneur Raymond) Goethals pensait gagner, Bernard Tapie pensait la même chose". "Nous, nous n'étions pas d'accord", poursuit-il.

La pilule a encore du mal à passer pour l'ancien patron de l'OM: "Ce match, c'est le contraire de la finale de Munich (1-0 en 1993 face à Milan) quand on avait gagné contre plus forts. Là, on a perdu contre moins forts que nous."

. LE FIASCO MARSEILLAIS AUX TIRS AU BUT

"C'était le clou du match!", rigole Stojanovic qui se souvient de la pression mise sur le premier tireur marseillais, Manuel Amoros, en lui donnant le ballon, sans le quitter du regard: "Il me semblait un peu nerveux." Il avait un petit carnet et avait noté une tentative du latéral. "J'ai eu de la chance, il a choisi le même côté." Et le Français de lui faciliter la tâche en concluant une course cassée d'un tir à mi-hauteur, "ce qu'il y a de mieux pour un gardien".

Pascal Olmeta n'arrêtera aucune tentative yougoslave, finissant, comme un symbole, à genoux sur celle de Pancev.

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