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23/05/2016 07:09 EDT | Actualisé 24/05/2017 01:12 EDT

Autriche: un chef d'Etat écolo, ou la victoire du "moins diabolique" face à l'extrême droite

Son sérieux de professeur d'économie a rassuré à droite, son parcours chez les écologistes a convaincu à gauche: Alexander Van der Bellen a remporté l'élection présidentielle autrichienne grâce à un profil rassembleur qui l'a imposé comme rempart contre l'extrême droite.

Cet Européen convaincu, adepte du pragmatisme, n'avait d'autre choix que de mener une campagne au centre pour fédérer, dans cette élection où il s'est présenté avec une étiquette d'indépendant malgré son passé de dirigeant des Verts. Sa couleur de campagne n'était d'ailleurs pas le vert, mais le jaune.

Arrivé en seconde position, loin derrière le FPÖ au premier tour, M. Van der Bellen, 72 ans, dit avoir senti "un élan" entre les deux tours. Plus modestement, il a été pour beaucoup d'électeurs le choix "le moins diabolique", comme l'ont décrit plusieurs journaux.

Durant la campagne, les T-shirts colorés à son effigie, les concerts de ses comités de soutien - jusqu'à une soirée techno à la veille du premier tour ! - ont toujours semblé en décalage avec la personnalité austère, voire intimidante de ce grand septuagénaire à l'éternelle barbe de trois jours.

Face à un adversaire d'extrême droite, Norbert Hofer, formé aux techniques de communication les plus sophistiquées, les secondes de silence d'Alexander Van der Bellen aux questions des débats télévisés ont souvent semblé une éternité.

Cet économiste, ancien professeur d'université, s'est cependant révélé plus offensif entre les deux tours de la présidentielle que son adversaire d'extrême droite.

Lors des derniers débats, ce fumeur invétéré a attaqué Nobert Hofer avec un mordant que peu lui connaissait: "Vous ne comprenez rien à l'économie" ou "Je vous parle d'Europe: E-U-R-O-P-E, vous en avez déjà entendu parler?", a-t-il lancé à Hofer comme pour faire sortir de son flegme un rival qui cultive sang-froid et affabilité.

Les Verts autrichiens, le parti qu'il a dirigé durant plus de dix ans jusqu'en 2008, ont également découvert de nouveaux accents à leur ancien patron, désormais défenseur de la "tolérance zéro" en matière de sécurité ou d'une restriction de l'asile pour les "migrants économiques".

- Fuir l'Armée rouge -

Sans consigne de vote en sa faveur des partis social-démocrate (SPÖ) et conservateur (ÖVP), Alexander Van der Bellen a emmagasiné les soutiens individuels entre les deux tours, son comité de soutien revendiquant 4.000 supporteurs parmi les personnalités du monde politique, artistique, intellectuel.

Un argument que lui a retourné Nobert Hofer: "Vous avez l'élite, j'ai le peuple", l'a interpelé le candidat FPÖ lors d'un débat.

Le FPÖ l'a présenté comme un "gauchiste en habits bourgeois", le renvoyant aux positions de son ancien parti en matière d'immigration. Les Verts ont toujours défendu une société ouverte et multiculturelle qui fait figure d'épouvantail pour le FPÖ.

Durant son passage à tête des Verts autrichiens, le parti est devenu la quatrième force politique du pays, derrière le FPÖ. Alexander Van der Bellen, qui avait débuté en politique dans les années 80 s'engageant brièvement aux côtés des sociaux-démocrates, s'était mis ces dernières années en retrait de la scène politique.

Mais pour beaucoup d'électeurs, ce modéré restait trop radical, notamment dans les campagnes conservatrices "où les Verts ont encore la réputation de trafiquants de cannabis", ironisait récemment le magazine de gauche Profil.

Une électrice avait confié à l'AFP dimanche voter "entre la peste et le choléra", se sentant obligée de choisir un candidat qu'elle "n'aime pas car voter pour l'autre candidat est juste inenvisageable".

Utilisant durant sa campagne des images du Tyrol, où il a grandi, M. Van der Bellen s'est toutefois efforcé de donner une image rassurante et proche du terroir.

La question migratoire a été au centre de la campagne dans un pays de 8,5 millions d'habitants qui a accueilli 90.000 demandeurs d'asile, près de 1% de sa population, lors de la crise des réfugiés de fin 2015.

M. Van der Bellen se décrit lui-même comme "enfant de réfugiés", rejeton d'un aristocrate russe et d'une mère estonienne ayant fui le stalinisme. Né à Vienne, sa famille a trouvé refuge dans le vert Tyrol, aux confins de l'Autriche et de l'Italie, lorsque l'Armée rouge est entrée dans la capitale autrichienne, en 1945.

Dans cette province frontalière, très traditionnelle, où il est arrivé en tête, il est tout simplement "Sascha", diminutif russe d'Alexander.

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