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23/05/2016 08:38 EDT | Actualisé 24/05/2017 01:12 EDT

Autriche : Alexander Van der Bellen, écolo mais pas trop pour battre l'extrême droite

Son sérieux de professeur d'économie a rassuré à droite, son parcours chez les écologistes a convaincu à gauche : Alexander Van der Bellen a remporté l'élection présidentielle autrichienne grâce à un profil de rassembleur qui en a fait un rempart face à l'extrême droite.

Cet Européen convaincu, ancien patron des Verts, n'a eu d'autre choix que de faire campagne au centre pour fédérer, dans cette élection à laquelle il s'est présenté sous une étiquette d'indépendant. Sa couleur de campagne n'a d'ailleurs pas été le vert, mais le jaune.

Arrivé en deuxième position, loin derrière le FPÖ au premier tour, M. Van der Bellen, 72 ans, dit avoir ressenti "un élan" entre les deux tours. Plus modestement, il a été pour beaucoup d'électeurs "le moindre mal", comme l'ont écrit plusieurs journaux.

"On peut être très différents et se comporter avec respect les uns envers les autres", a-t-il voulu rassurer lundi dans sa première intervention après sa victoire.

Pendant la campagne, les T-shirts colorés à son effigie, les concerts de ses comités de soutien - jusqu'à une soirée techno ! - ont toujours semblé en décalage avec la personnalité austère, voire intimidante, de ce grand septuagénaire à l'éternelle barbe de trois jours.

Face à un adversaire d'extrême droite, Norbert Hofer, formé aux techniques de communication les plus sophistiquées, les secondes de silence d'Alexander Van der Bellen après les questions dans les débats télévisés ont souvent semblé une éternité.

Cet économiste, ancien professeur d'université, est cependant passé à l'attaque entre les deux tours.

"Vous ne comprenez rien à l'économie" ou "Je vous parle d'Europe : E-U-R-O-P-E, vous en avez déjà entendu parler ?", a-t-il lancé à Hofer comme pour faire sortir de son flegme un rival qui cultive sang-froid et affabilité.

Les Verts autrichiens, le parti qu'il a dirigé plus de dix ans durant, jusqu'en 2008, ont également découvert de nouveaux accents à leur ancien patron, désormais défenseur de la "tolérance zéro" en matière de sécurité ou d'une restriction du droit d'asile pour les "migrants économiques".

- Fuir l'Armée rouge -

Sans consignes de vote en sa faveur des partis social-démocrate (SPÖ) et conservateur (ÖVP), Alexander Van der Bellen a emmagasiné les soutiens individuels entre les deux tours, son comité de soutien revendiquant 4.000 supporteurs parmi les personnalités du monde politique, artistique, intellectuel.

Un argument que lui a retourné Nobert Hofer : "Vous avez l'élite, j'ai le peuple", l'a en effet interpellé le candidat FPÖ au cours d'un débat.

Le FPÖ l'a présenté comme un "gauchiste en habits de bourgeois", le renvoyant aux positions de son ancien parti en matière d'immigration. Les Verts ont toujours défendu une société ouverte et multiculturelle qui fait figure d'épouvantail pour le FPÖ.

Pendant son passage à tête des Verts, ce parti est devenu la quatrième force politique en Autriche, derrière le FPÖ. Alexander Van der Bellen, qui avait débuté en politique dans les années 80, s'engageant brièvement aux côtés des sociaux-démocrates, s'était mis ces dernières années en retrait de la scène politique.

Mais pour beaucoup d'électeurs, ce modéré restait trop radical, notamment dans les campagnes conservatrices "où les Verts ont encore la réputation d'être des trafiquants de cannabis", ironisait récemment le magazine de gauche Profil.

Une électrice avait confié à l'AFP dimanche devoir choisir "entre la peste et le choléra", se sentant obligée de choisir un candidat qu'elle "n'aime pas car voter pour l'autre candidat est juste inenvisageable".

Utilisant au cours de sa campagne des images du vert Tyrol, où il a grandi, M. Van der Bellen s'est pourtant efforcé de rassurer et de se présenter comme un homme proche du terroir.

La question migratoire a été au centre de la campagne dans ce pays de 8,5 millions d'habitants qui a accueilli 90.000 demandeurs d'asile, près d'1% de sa population, au moment de la crise des réfugiés de fin 2015.

M. Van der Bellen se veut lui-même "enfant de réfugiés", rejeton d'un aristocrate russe et d'une mère estonienne ayant fui le stalinisme. Né à Vienne, sa famille a trouvé refuge aux confins de l'Autriche et de l'Italie, lorsque l'Armée rouge est entrée dans la capitale autrichienne, en 1945.

Dans ce Tyrol frontalier, très traditionnel, où il est arrivé en tête, ce fumeur invétéré est tout simplement "Sascha", le diminutif russe d'Alexander.

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