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22/05/2016 16:53 EDT | Actualisé 23/05/2017 01:12 EDT

Afghanistan: le mollah Mansour, chef de guerre et adversaire des négociations

Le chef des talibans afghans, le mollah Akhtar Mansour, tué par une frappe de drone américaine, avait pris la tête de l'insurrection islamiste en juillet 2015 après l'annonce de la mort de son prédécesseur, le mystérieux mollah Omar.

Considéré initialement comme favorable à des pourparlers de paix avec le gouvernement de Kaboul, le mollah Mansour, une fois devenu le chef des talibans, a refusé régulièrement de venir à la table des négociations.

Pour nombre d'observateurs, Mansour était alors le choix évident pour succéder au mollah Omar, le chef militaire et religieux borgne qui dirigeait les talibans depuis l'émergence du mouvement dans le chaos de la guerre civile afghane, et dont on a appris en juillet dernier qu'il était mort depuis deux ans.

Né comme lui dans la province de Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan, au début des années 1960, Mansour a fait partie du mouvement dès son début et était de facto au pouvoir depuis 2013, selon des sources talibanes.

Mansour a passé une partie de sa vie au Pakistan, comme des milliers d'Afghans qui avaient fui l'occupation soviétique.

Il y aurait établi des liens avec le puissant service de renseignement pakistanais, l'ISI, qui a contribué à la naissance du mouvement taliban dans les années 1990 et est encore accusé de nos jours d'attiser l'insurrection en territoire afghan.

Mansour a été ministre de l'aviation civile dans le gouvernement taliban qui a dirigé l'Afghanistan à partir de 1996. Il a fui une nouvelle fois vers le Pakistan en 2001 lorsque les talibans ont été chassés du pouvoir par une intervention militaire internationale menée par les Etats-Unis à la suite des attentats du 11 Septembre.

Mansour a montré une grande capacité à naviguer entre les divers courants du mouvement taliban.

Pour en prendre la tête, il a supplanté le mollah Yacoub, fils du mollah Omar, alors âgé de 26 ans, préféré par certains commandants mais considéré par d'autres comme trop inexpérimenté.

Les débuts de Mansour comme chef du mouvement seront orageux. Certains le soupçonnent de les avoir trompés en taisant pendant plus d'un an le décès d'Omar, d'autres l'accusent de ne pas respecter le processus normal de succession.

Il doit dans les premiers temps faire face à la nécessité d'unifier un mouvement qui montre déjà des signes de fragmentation, et doit aussi affronter des doutes sur sa légitimité. Mais il parvient rapidement à consolider son pouvoir.

Sous sa direction, le mouvement taliban s'est renforcé, contraignant les forces armées gouvernementales à lutter pour tenter de résister à l'expansion de l'insurrection.

Les talibans ont ainsi pris brièvement en septembre le contrôle de la ville de Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan, leur victoire la plus spectaculaire en 14 ans.

Les miliciens islamistes ont aussi revendiqué au cours de l'année écoulée une série d'attentats retentissants contre des ambassades, des médias ainsi que contre des bâtiments de l'ONU et de l'Otan dans le quartier diplomatique de Kaboul et dans ses environs.

Dans un message mis récemment en ligne, Mansour appelait les talibans à se préparer à mener "des frappes décisives" pendant leur habituelle offensive de printemps.

Le Pentagone a annoncé samedi que le mollah Mansour avait été visé par une frappe de drone américaine, et un responsable américain parlant sous le couvert de l'anonymat a ensuite déclaré qu'il avait "probablement" été tué.

Plusieurs sources au sein de l'insurrection islamiste ont confirmé dimanche que le mollah Mansour avait été tué.

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