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21/05/2016 00:12 EDT | Actualisé 21/05/2017 01:12 EDT

Après l'Autriche, l'extrême droite française se rêve aux portes du pouvoir

L'extrême droite est aux portes de la présidence en Autriche. En France, son allié le Front national (FN), qui prospère sur le même rejet des élites, des migrants et de l'Europe, s'y voit déjà, mais ses ambitions semblent prématurées.

Le candidat du Parti de la liberté (FPÖ), Norbert Hofer, fait figure de favori à la présidentielle autrichienne dimanche, après être arrivé largement en tête au premier tour avec 35% des suffrages.

En France, la dirigeante du FN, Marine Le Pen, a applaudi au score de la droite radicale qui va, selon elle, dans "le sens de l'Histoire". A moins d'un an de la présidentielle dans l'Hexagone, les sondages tendent à la conforter, lui promettant une qualification pour le second tour.

"Elle n'arrivera pas à marquer l'essai", prédit pourtant le politologue français Jean-Yves Camus. Ce spécialiste de l'extrême droite en Europe souligne une "différence fondamentale" entre le FPÖ et le FN liée à leur capacité à forger des alliances.

Dès le milieu des années 1980, le FPÖ, à l'origine sur une ligne plus libérale, a été associé au pouvoir au sein d'une coalition avec les sociaux-démocrates. En 2000, le parti, mené par Jörg Haider et désormais clairement ancré à l'extrême droite, était revenu au gouvernement dans une alliance avec les conservateurs.

"Il avait alors le poste de vice-Premier ministre et des porte-feuilles régaliens, du coup la question de savoir s'il peut exercer le pouvoir ne se pose pas en Autriche", rappelle Jean-Yves Camus. "Le FPÖ se présente comme antisystème mais il n'est pas totalement hors du système."

A l'inverse, relève l'expert, "le FN a beau progresser dans les urnes, il n'arrive pas à être élu parce qu'il reste seul. Marine Le Pen n'est pas +coalition-compatible+".

En décembre, le Front national a ainsi réalisé un score record de 28% au premier tour d'élections régionales en France. Mais il s'est heurté au second round à des "fronts républicains", alliances de ses opposants, qui l'ont empêché d'emporter le moindre exécutif.

-'Gloubi boulga'-

Pour tenter de sortir de cette impasse, Marine Le Pen s'évertue à lisser l'image de son parti, tenant à distance son père Jean-Marie et ses dérapages antisémites.

Tout comme Norbert Hofer en Autriche, elle mise sur la crise migratoire, l'euroscepticisme grandissant et le rejet de la classe politique traditionnelle pour continuer à progresser.

"L'Autriche paie l'échec des grandes coalitions qu'aiment tant les élites: quand il n'y a plus ni gauche, ni droite (...) vous laissez un espace immense aux extrêmes", a estimé mardi l'ancien président français Nicolas Sarkozy dans un entretien au quotidien Le Monde.

Les sociaux-démocrates et conservateurs, qui gouvernent ensemble à Vienne, ont effectivement été laminés au premier tour de la présidentielle avec seulement 11% des voix chacun.

"Ce qui se passe en Autriche pourrait arriver en France", a mis en garde l'ancien chef d'Etat, accusant son camp d'être longtemps resté "atone" face au président socialiste François Hollande, laissant le "monopole" de la critique au FN.

D'ailleurs le FN ne cesse d'ironiser sur un "UMPS", mélangeant les acronymes UMP, ancienne appellation de la droite française, et du Parti socialiste.

Le secrétaire d'Etat italien aux Affaires européennes, Sandro Gozi, juge pour sa part contreproductive la stratégie de certains partis classiques d'aller chasser sur les terres de l'extrême droite pour lui barrer la route.

"Si on pense contrer la montée des populismes avec des réponses populistes un petit peu plus +modérées+, on va tout droit vers l'échec. Ca a été l'erreur de Werner Faymann", le chancelier social-démocrate autrichien démissionnaire qui a durci la politique migratoire du pays face à l'afflux de réfugiés, a estimé M. Gozi devant des journalistes français mercredi.

En France, le président François Hollande a semé le trouble à gauche en défendant une idée née à l'extrême droite: déchoir les terroristes de leur nationalité française, y compris les enfants d'immigrés nés dans le pays.

A Paris comme à Vienne, l'extrême droite "se nourrit du gloubi boulga idéologique de la classe politique actuelle", estime Jean-Yves Camus.

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