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20/05/2016 20:45 EDT | Actualisé 21/05/2017 01:12 EDT

A Rome, une "Traviata" revisitée par Sofia Coppola et Valentino

L'Opéra de Rome signe sa renaissance à partir de mardi avec une "Traviata" de Verdi "revue et corrigée façon 2016", grâce à la mise en scène de Sofia Coppola et aux costumes très haute couture de Valentino.

Fille de Francis Ford Coppola, la réalisatrice de "Virgin Suicides", "Lost in translation" et "Marie-Antoinette" signe avec cette oeuvre très populaire en Italie sa première mise en scène d'un opéra.

L'Américaine de 45 ans, dont la famille est originaire de Basilicate (sud), avait été pressentie en 2009-2010 pour mettre en scène "Manon Lescaut" de Puccini à Montpellier (France), mais cela ne s'était finalement pas fait.

Quant au couturier romain de 84 ans, il est sorti de sa retraite pour produire le spectacle et dessiner les costumes de Violetta, l'héroïne malheureuse de cette "Traviata", que l'Opéra de Rome accueille pour 15 représentations, jusqu'au 30 juin.

Opéra en trois actes de Giuseppe Verdi, "la Traviata", créée en 1853 à la Fenice de Venise d'après "La Dame aux camélias" d'Alexandre Dumas fils, est l'une des oeuvres lyriques les plus jouées au monde.

"J'ai vraiment apprécié cette première expérience, même si au départ cela m'a paru effrayant, a affirmé la réalisatrice. J'ai essayé de me concentrer sur la beauté de la musique, sur l'histoire, tout en maintenant des éléments de la tradition".

Valentino, qui a promis que Violetta porterait "une touche de rouge", sa couleur emblématique, a expliqué avoir dessiné lui-même les quatre robes de l'héroïne en 1h30 tellement cet opéra l'inspirait "depuis son enfance", avant de confier leur réalisation à son atelier haute couture.

Les autres costumes ont été créés par les directeurs artistiques de la maison italienne, Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli, en collaboration avec l'atelier de l'opéra.

M. Piccioli a suivi Sofia Coppola, issue d'une famille de musiciens et de mélomanes, qui "voulait mettre un ton moins solennel, plus personnel et réduire les redondances" de l'oeuvre, a-t-il affirmé.

- Fraîcheur et fragilité -

Afin d'apporter là aussi une touche moderne, la scénographie a été confiée au Britannique Nathan Crowley ("Batman begins", "The Dark Knight", "Interstellar").

Enfin, c'est le jeune maestro Jader Bignamini, directeur associé de l'orchestre Verdi de Milan, qui s'est occupé de la musique, dont il a essayé, a-t-il expliqué, "de ne pas trop souligner les défauts".

Pour Giancarlo Giammetti, associé de Valentino et co-producteur, il fallait que le spectacle ne soit "ni ennuyeux, ni baroque" et qu'il insiste sur la "fraîcheur et la fragilité de cette très jeune femme" à l'histoire tragique.

Violetta, une courtisane parisienne, tombe amoureuse d'un jeune bourgeois de province, Alfredo. Mais le père d'Alfredo, choqué par cette liaison, obtient que la jeune femme rompe avec son fils, en écrivant une lettre de rupture dans laquelle elle ment sur la vraie raison.

Quand Alfredo apprend qu'elle l'aime toujours, il se précipite à son chevet. Trop tard: souffrant de tuberculose, Violetta meurt dans ses bras.

Cet opéra, dont la production a coûté 1,8 million d'euros selon le directeur de la salle romaine, Carlo Fuortes, est un succès avant même sa première mardi: la billetterie a déjà encaissé 1,2 million d'euros, la meilleure recette de son histoire.

Si "la mode et le cinéma peuvent amener les jeunes à l'opéra", tant mieux, s'est réjouie Maria Grazia Chiuri.

Ce succès annoncé va faire du bien à la salle romaine, longtemps minée par les dettes et les conflits sociaux, qui avaient poussé le chef d'orchestre star, Riccardo Muti, à jeter l'éponge en septembre 2014.

Un maestro dont Sofia Coppola s'est dit, ironie de l'histoire, "une lointaine cousine".

Après avoir menacé de licencier l'ensemble du choeur et de l'orchestre, l'Opéra a signé avec les artistes un accord de réduction des coûts qui a permis de ramener le calme, regagner la confiance du public et rétablir progressivement les comptes.

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