DIVERTISSEMENT
19/05/2016 02:15 EDT

William Deslauriers: le courant qui pousse plus loin (ENTREVUE)

Marie Li Dicesare

Il a abandonné le look de jeune surfer, de sympa beach boy que lui avait accolé l’équipe de Productions J au sortir de Star Académie, en 2009.

À 26 ans, celui qui s’est si bien approprié la pièce Moisi moé si, de Fred Fortin, au point que plusieurs pensent désormais qu’il s’agit d’un titre de son propre répertoire, est toujours aussi décontracté et facile d’approche qu’il ne l’était à ses débuts, à 18 ans. Mais ses textes ont mûri, sa musique aussi, ses cheveux ont poussé, et il a pris ses distances avec cette tranche du show-business trop tonitruante qui l’a fait connaître.

Revoici William Deslauriers, qui réapparaissait à l’automne avec son troisième album, Le courant passe, un opus «complètement folk, presque folk-country», aux dires du principal intéressé et qui, artistiquement, marque une nette évolution depuis ses deux précédentes œuvres, Un pied à terre (2010) et Aux quatre coins de ma tête (2013).

«Je pense que c’est une normalité, indique William. Depuis deux ans et demi, il s’est passé beaucoup de choses, beaucoup de choses positives. Dans une vie, plus tu fais d’affaires, plus il t’en arrive… Je me suis demandé si j’avais cherché, inconsciemment, à faire une coupure avec mes autres albums, mais je voulais surtout mettre sur cassette ce que je suis et ce que je pense, là, maintenant. De moi, du monde, de la vie, de tout ce qui m’entoure. Qu’est-ce que ça me donnerait de faire des albums si c’était toujours pareil? Moi, à un moment donné, je me tanne d’aller au McDo! (rires) Alors, je vais ailleurs. Je n’ai pas eu de commandes pour cet album, j’ai juste joué, et je suis «mauditement» content! (rires)»

Sans barrières

L’attachant gamin qui avait accédé au statut de finaliste à Star Académie a toujours les deux pieds sur terre, même s’il vieillit. Au point de tenir mordicus à collaborer avec la même attachée de presse qu’il y a sept ans, bien que son entourage professionnel ait majoritairement changé. Au point d’avoir les larmes aux yeux de constater que les journalistes le suivent encore dans ses projets au fil des ans. Il est retourné dans le coin de pays qui l’a vu grandir, réside aujourd’hui à Victoriaville, à la campagne, près de sa famille, avec son amoureuse de longue date (11 ans) et ses deux chiens, et vaque à sa création dans son «bébé studio» souvent trop encombré.

«Will», comme il se désigne lui-même, «traîne sa guit comme une fille traîne sa sacoche», refuse les étiquettes et ne joue pas de rôle. Tellement, d’ailleurs, qu’il lui est quasi impossible de prendre part à des collectifs, compilations ou comédies musicales, par exemple, trop habitué à mener sa propre affaire et à «williamiser» tout ce qu’il fait.

«Je suis de ces artistes qui veulent juste grossir leur jardin et ne pas aller dans celui des autres, tonne-t-il. Je n’entre pas dans la politisation musicale. Maintenant, on est rendus là; tout le monde pense pareil. On est dans une gang ou une autre, on pense comme ci ou comme ça. Moi, je ne suis dans aucune gang. Je n’ai aucune couleur, j’aime tout le monde. Si tu me fais chier, vas t’en, si je t’aime, reste, man. Pour moi, la musique n’a pas de barrières. Si tu te mets des barrières dans la musique, fais autre chose…»

«Qu’on aime ou qu’on n’aime pas l’album, personne ne pourra me reprocher de ne pas être ce que je suis, continue William Deslauriers. On voit juste Will au naturel, sans maquillage musical.»

Preuve en est que Le courant passe a été enregistré pratiquement d’un trait, live, au Studio Victor de Montréal, sans contraintes d’horaires et «sans bureaucratie», insiste le chanteur. «Pour moi, ce n’est pas le temps qui compte. Joue les bons accords, et ton record va être bon!» Il n’y avait pas de textes et de mélodies qui trainaient dans les tiroirs et que l’auteur-compositeur s’est senti obligé de réunir sur disque «parce que c’était le temps», comme le veut la mécanique de l’industrie. «C’est un album qu’on a construit de A à Z, pour en faire ce qu’il est», assure William, qui s’estime davantage comme un «guitariste qui chante» que comme un chanteur à proprement parler.

le courant passe

Savoir où aller

Le discours de William Deslauriers ne laisse pas beaucoup de place au négativisme. Le garçon ne s’étend pas sur les courtes remises en question qui ont ponctué son parcours. Il ne s’offusque pas qu’on entende encore Moisi moé si, Je lève mon verre et Recommencer tout à zéro, ses premiers extraits, sur les ondes radio, mais que son deuxième album soit pratiquement passé sous silence, il y a trois ans. Il souligne qu’il n’y a pas eu de bisbille avec son ancienne boîte de production, Productions J, mais ne cache pas que le processus de promotion d’Aux quatre coins de ma tête a été plus laborieux que celui d’Un pied à terre. En contrepartie, il se réjouit de l’indépendance acquise au gré des expériences.

«Maintenant, je sais où est la rue Bleury, image-t-il en riant. Quand tu sais tu es où, tu peux revenir chez vous. Quand tu ne sais pas tu es où, et que tu attends toujours la personne qui va te reconduire, c’est comme avec un GPS, tu ne te souviens jamais de la ride. J’ai décidé de savoir où je m’en allais, de savoir où j’avais été, et d’avoir les bonnes personnes autour de moi pour me rendre là où je veux aller.»

«Ça ne peut pas toujours être blanc ou noir. Moi, j’ai l’impression que ma vie est toujours un arc-en-ciel, de n’importe quelle couleur, un peu partout. Ça me permet de jouer ce que je suis. Je ne sais pas si j’aurai un jour la carrière que je veux, dans le sens où je n’ai pas un but mercantile ou de nombre de fans, parce que la musique est faite pour être écoutée. Si tu demandais à Paul McCartney s’il pense avoir réussi, je ne sais pas ce qu’il répondrait. Il a fait de l’argent, oui, mais est-il parvenu à toucher comme lui l’espérait? Je ne sais pas. Moi, j’adore où je suis rendu, je suis content d’avoir fait le choix de m’être un peu retiré des médias. C’est une décision que j’ai prise et je suis content.»

William Deslauriers sera ce soir, jeudi 19 mai, sur la scène de la Salle Claude-Léveillée de la Place des Arts, en compagnie des musiciens Réjean Lachance et Jeff Smallwood. Il vient également d’enregistrer une nouvelle version de la pièce-titre de son album, Le courant passe, plus rythmée et estivale.

Plus de détails sont disponibles sur son site web.

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