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19/05/2016 19:20 EDT | Actualisé 20/05/2017 01:12 EDT

Tsai Ing-wen devient la première présidente de Taïwan sous le regard hostile de Pékin

Tsai Ing-wen a officiellement pris les rênes du pouvoir vendredi à Taïwan, devenant la première femme présidente de l'île et augurant vraisemblablement d'une ère de rafraîchissement des relations avec Pékin.

Mme Tsai a remporté en janvier une victoire écrasante face au Kuomintang (KMT), qui sous l'égide du président sortant Ma Jing-jeou, avait opéré pendant huit ans un rapprochement spectaculaire avec Pékin.

Mais les électeurs ont été nombreux à considérer que Ma Jing-jeou avait été trop loin; que sa politique, plus que de servir les intérêts de Taïwan, avait surtout mis en péril la souveraineté de cette île que Pékin considère toujours comme faisant partie intégrante de son territoire, susceptible d'être reprise par la force le cas échéant.

Mme Tsai est issue des rangs du Parti démocratique progressiste (PDP), mouvement aux positions traditionnellement indépendantistes.

Cette ancienne universitaire a mis de l'eau dans le vin du discours du PDP mais fait campagne pour rétablir la fierté de Taïwan, un message qui est bien passé auprès de Taïwanais las de vivre dans l'ombre de la Chine.

Devant 20.000 personnes rassemblées devant la présidence, Mme Tsai, 59 ans, a levé la main droite, a lu sa prestation de serment devant le drapeau taïwanais et reçu le sceau de la République de Chine, le nom officiel de Taïwan, ainsi que le sceau présidentiel.

"Tsai Ing-wen est la première présidente de l'histoire de Taïwan, alors je veux assister à cet instant sacré", a commenté Chen Su-mei, enseignante de 48 ans, qui assistait à la cérémonie sur un écran géant.

- 'Espoirs' -

"J'espère qu'elle apportera davantage de stabilité à Taïwan et qu'elle ravivera notre économie. J'ai grand espoir en elle".

L'ancienne Formose suit sa propre destinée depuis 1949, année où les nationalistes du KMT s'y étaient réfugiés après avoir été vaincus par les communistes de Mao Tsé-toung. Après la mort de Chiang Kaï-shek en 1975, Taïwan s'était démocratisée progressivement.

L'île n'est jamais allée jusqu'à proclamer son indépendance. Un consensus tacite conclu en 1992 entre Pékin et Taipei veut qu'il n'y ait qu'"une seule Chine" et laisse à chaque partie le loisir d'interpréter cela comme elle l'entend.

Sauf que le PDP n'a jamais reconnu ce consensus et Pékin voudrait que Mme Tsai le fasse aujourd'hui.

Celle-ci s'est bornée à promettre de maintenir le "statu quo" avec Pékin.

Après la prestation de serment, était prévue une cérémonie célébrant l'identité de Taïwan, réunissant plus de 1.000 participants.

Des chorales chanteront "Ilha Formosa", ode poétique à l'île interdit par le KMT sous la loi martiale car il avait été adopté comme hymne par l'opposition.

Des faux manifestants simuleront une "marche de la démocratie taïwanaise" pour rappeler au nouveau gouvernement qu'il faut écouter l'opinion.

- Discours inaugural -

Mais l'élément qui sera observé de plus près, particulièrement par Pékin, sera le discours inaugural de Mme Tsai. Les observateurs estiment peu vraisemblable que celle-ci fasse le moindre compromis au sujet du concept une "seule Chine".

"Mme Tsai a répété que les relations bilatérale seront fondées sur des principes démocratiques et l'opinion publique taïwanaise, il va être difficile pour elle de dire les choses que la Chine veut entendre", a déclaré Lai I-chung, directeur adjoint du cabinet Taïwan Thinktank et ancien chargé des affaires chinoises au PDP.

La population a davantage envie d'entendre la façon dont elle compte s'y prendre pour relancer une économie morose et être rassurée sur la souveraineté de l'île.

La vaste majorité des Taïwanais veulent conserver des relations pacifiques avec la Chine mais pas au prix de leur culture démocratique.

"Elle peut négocier avec la Chine tant que la souveraineté de Taïwan reste intacte", dit à l'AFP Hu Hsiu-chi, étudiante de 19 ans. "Pour moi, Taïwan est un pays indépendant".

La Chine a mis en garde Mme Tsai contre toute mesure qui irait dans le sens d'une indépendance officielle. Récemment, les tensions sont montées d'un cran avec l'expulsion vers la Chine de Taïwanais soupçonnés de fraude, à partir de la Malaisie et du Kenya.

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