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19/05/2016 05:31 EDT | Actualisé 20/05/2017 01:12 EDT

Présidentielle autrichienne: un scrutin à enjeu national et européen

Le duel présidentiel autrichien, où le candidat d'extrême droite est en position de l'emporter, est un test pour le système politique traditionnel, pour une Union européenne sous pression des eurosceptiques, pour les droites radicales et populistes à travers le continent.

- Les cartes de la politique autrichiennes rebattues

En Autriche, les deux partis sociaux-démocrates (SPÖ) et conservateurs (ÖVP) ont toujours contrôlé la présidence depuis la Seconde guerre mondiale, soit avec un élu issu de leurs rangs, soit avec un indépendant qu'ils soutenaient.

Ce ne sera plus le cas puisque le prochain chef d'Etat sera estampillé extrême droite (Norbert Hofer-FPÖ) ou écologiste (Alexander Van der Bellen)

L'élimination des candidats SPÖ et ÖVP reflète l'érosion électoral qui affecte les formations traditionnelles dans de nombreux pays européens.

Les succès électoraux du FPÖ depuis les années 80 se basent pour partie sur sa volonté revendiquée de mettre fin au système autrichien de "Proporz" par lequel SPÖ et ÖVP se partagent le pouvoir politique et exercent leur influence sur la vie économique et sociale du pays.

Norbert Hofer souhaite promouvoir la "démocratie directe" donnant la parole au "peuple" via l'organisation de référendums.

- Nouveau coup de fouet à l'eurosceptisisme

Alors que la légitimité de l'Union européenne est remise en cause par une multiplication de crises, une victoire du candidat d'extrême droite marquerait un nouveau jalon dans cette montée de l'eurosceptisme qui, de Budapest à Varsovie, en passant par la menace d'un Brexit, fait tanguer l'Union.

Nobert Hofer avait personnellement voté contre l'entrée de l'Autriche dans l'UE en 1994.

Depuis, ce souverainiste assumé dit être revenu à une position plus nuancée: "Tout notre système est maintenant lié à celui de l'UE. Je ne suis pas pour une sortie de l'Union", a régulièrement affirmé le candidat FPÖ... sauf "si la Turquie devenait membre de l'UE".

La Hongrie de Viktor Orban, régulièrement en délicatesse avec Bruxelles, pourrait compter sur un nouvel allié: Critiquer la Hongrie pour sa politique anti-migration "était une lourde faute diplomatique que je veux réparer en tant que président. Déclarer que la Hongrie est proche du +fascisme+ seulement parce qu'elle met en oeuvre le droit de Schengen (...) était une absurdité", a-t-il déclaré à l'hebdomadaire français Valeurs Actuelles.

- Du grain à moudre pour les extrêmes droites

La crise migratoire qui secoue l'Europe depuis 2015 a nourri la rhétorique des formations populistes et dopé leur audience, à l'image de nouvelles formations comme l'AfD en Allemagne ou le parti néo-nazi Notre Slovaquie.

Le FPÖ, troisième force parlementaire en Autriche, fait partie des formations d'extrême droite déjà installées dans le paysage politique et qui ont surfé sur la question migratoire, à l'image du Front national en France ou du Parti pour la Liberté (PVV) de Geert Wilders aux Pays-Bas.

Ces trois partis sont d'ailleurs alliés au sein du parlement européen dans le groupe "Europe des nations et des libertés" qui souhaite combattre "l'islamisation de l'Europe".

Le dirigeant du FPÖ, Heinz-Christian Strache, a récemment qualifié la chancelière allemande Angela Merkel et chef du gouvernement italien Matteo Renzi de "passeurs d'Etat" pour critiquer leur politique migratoire.

Il envisage un possible changement des frontières au sein de l'UE puisqu'il souhaite organiser un référendum sur le rattachement à l'Autriche du Tyrol du sud (ou Haut-Adige), province du nord de l'Italie à forte population germanophone.

smk/ros