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19/05/2016 00:31 EDT | Actualisé 19/05/2017 01:12 EDT

Orbita, la ville ukrainienne qui n'existe pas

On ne la trouve pas sur les cartes, ni dans les registres officiels d'Ukraine. Mais au coeur d'une forêt de pins dans la région de Tcherkassy, dans le centre du pays, se trouve Orbita, une ville-fantôme, abandonnée depuis des décennies et qui reprend quelque peu vie avec l'arrivée de réfugiés du Donbass.

La route menant à cette ville est à l'image d'Orbita: vétuste et délabrée. Mais au milieu des immeubles abandonnés, deux terrains de jeux pour enfants apparaissent en bon état. Alina, 10 ans, y joue aux côtés de son grand-père, Vladimir Limartchenko.

La famille a quitté Volnovakha, à 35 km du fief rebelle de Donetsk, il y a deux ans, lorsqu'a commencé le conflit armé entre les forces ukrainiennes et les séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine.

"On ne savait pas où aller. On a pris un train vers le centre de l'Ukraine car des proches y vivent. Et par hasard, un voyageur dans une station ferroviaire nous a parlé d'Orbita", raconte Vladimir, un retraité de 69 ans.

Son nouveau voisin, Vassili, est lui originaire de Lougansk, également dans l'est de l'Ukraine. Il s'est installé dans la "ville-fantôme" il y a quelques mois et rénove un appartement en piteux état.

"Mon appartement dans la région de Lougansk a été saisi par les rebelles. Je n'avais nulle part où aller. La vie est chère partout, mais ici j'ai pu acheter un appartement à crédit pour peu d'argent", affirme le jeune homme de 36 ans. "Mieux vaut vivre dans la forêt que sous les tirs", ajoute-t-il.

En tout, huit familles de réfugiés de l'est de l'Ukraine, originaires de Donetsk, de Gorlivka, de Lougansk et de Volnovakha, vivent désormais à Orbita, attirés notamment par les faibles prix. Acheter un appartement coûte par exemple moins de 1.500 dollars (1.300 euros environ).

Le destin de cette ville atypique et officiellement inexistante est étroitement lié à celui de Tchernobyl, théâtre du pire accident nucléaire de l'Histoire.

- Projet de centrale avorté -

La construction d'Orbita a démarré dans les années 1970 afin d'accueillir les familles des futurs employés de la nouvelle centrale nucléaire de Tchiguirine. Il était prévu d'installer près de 20.000 personnes à Orbita.

Dans les années 1980, deux grands immeubles d'habitation de neuf étages, deux autres de cinq étages et un magasin d'alimentation ont été construits. Mais l'explosion du réacteur numéro 4 de la centrale soviétique au cours d'un test de sûreté le 26 avril 1986 a tout bouleversé.

Le projet de nouvelle centrale de Tchiguirine a été abandonné et les habitants déjà installés à Orbita se sont retrouvés sans travail. Conséquence: les travaux dans la ville naissante ont été stoppés et Orbita s'est vidée de son peu d'habitants.

"La construction de la centrale s'est arrêtée il y longtemps. Il ne reste que des ruines. Dans la ville, cela fait longtemps qu'il n'y a plus de chauffage, plus d'eau potable", raconte Vladimir Limartchenko. "On ressemble à Tchernobyl, sauf qu'ici il n'y a pas de radiations. Au contraire on respire l'air frais de la forêt", ajoute-t-il.

Aujourd'hui, environ 50 familles habitent encore dans les deux immeubles de cinq étages. L'électricité leur est fournie mais ils doivent s'approvisionner en eau dans un village avoisinant. La plupart des résidents sont des personnes âgées, qui vivent de leur maigre retraite et des légumes de leur potager. Huit enfants y vivent aussi.

Les derniers arrivants sont venus du Donbass et ont acheté un appartement. Ils sont officiellement enregistrés comme résidents d'un proche village.

L'étrangeté des lieux attire de nombreux curieux, qui viennent se prendre en photos dans les immeubles délabrés.

Kristina, une étudiante de 19 ans, est venu exprès d'Oujgorod, à la frontière entre l'Ukraine et la Slovaquie, avec un groupe d'amis. "On voulait aller à Tchernobyl mais les visites y sont très chères. Ici c'est gratuit. Et il n'y a pas de radiation", explique-t-elle.

"J'ai un peu peur de monter dans les étages car il n'y pas d'escaliers et on peut facilement tomber, mais je trouve que l'atmosphère dans cette ville fantôme est intéressante", poursuit la jeune femme. "C'est comme une scène post-apocalyptique au cinéma".

Ces remarques font moins sourire Vladimir. "Est-ce qu'on ressemble à des fantômes?", lance-t-il. "Des villes-fantômes c'est dans le Donbass qu'il y en a maintenant", dit-il en référence aux localités de l'est de l'Ukraine que les combats ont vidé de leurs habitants.

is-lap/kat/rap