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18/05/2016 20:45 EDT | Actualisé 19/05/2017 01:12 EDT

Migrations: l'Albanie sent monter la pression

La fermeture de la route des Balkans renforce la pression sur l'Albanie, un des pays les plus pauvres d'Europe, où se retrouvent déjà piégés des petits groupes de migrants, estiment des sources policières albanaises.

Le profil montagneux des 250 kilomètres de frontière avec la Grèce est de nature à décourager ces voyageurs, notamment les familles. Mais des migrants ont expliqué aux enquêteurs avoir finalement choisi cette route sur la foi de rumeurs dans les camps sur l'ouverture de la frontière gréco-albanaise, selon ces sources.

"Avec la fermeture de la route des Balkans, des petits groupes de Syriens ou de ressortissants d'autres pays essayent d'utiliser l'Albanie comme pays de transit vers le Monténégro avant de poursuivre leur route", explique à l'AFP Genc Merepreza, directeur de la police albanaise chargé de l'émigration et des frontières.

Un facteur pourrait favoriser cette voie: des filières albanaises rodées par des années d'activité pour les candidats locaux à l'émigration clandestine. Ils sont en mesure, selon une source diplomatique occidentale, "de fournir de faux documents et de faire passer les frontières".

Des passeurs albanais sont régulièrement arrêtés depuis mars. Sur la frontière greco-albanaise, les contrôles ont été renforcés et des caméras thermiques installées.

Les chiffres restent faibles comparés à la Macédoine ou la Serbie, mais la pression monte, estiment des sources policières albanaises: 69 migrants avaient été interceptés le mois précédent, ils ont été 80 en moins de deux semaines en mai.

Rencontré par l'AFP dans un centre de rétention, à Kareç, près de Tirana, Sada Abdallah, la trentaine, originaire de Khan Touman près d'Alep, affirme avoir payé 9.500 euros à un passeur turc qui se serait engagé à l'amener jusqu'en Allemagne.

"Nous étions sept dans le camion, chargé de vêtements manquant complétement d'air: trois hommes, deux femmes et deux enfants de cinq et sept ans", raconte-t-il. "Il a fallu avancer tout l'argent avant de monter dans le camion." Après quatre jours, ils sont abandonnés en Albanie, se croyant en Allemagne.

Le 11 mai, seize Syriens, dont dix mineurs et un bébé de deux mois, ont été interceptés à 200 kilomètres au sud de Tirana. Selon le porte-parole de la police Ardi Bide, ils avaient quitté le camp grec d'Idomeni et voulaient gagner l'Allemagne via l'Albanie et la Serbie. Le passage de frontière leur a coûté 50 euros chacun, avant douze heures de marche jusqu'à Devoll (sud-est).

"Certains ont été transportés à l'hôpital de la ville, car ils avaient des problèmes de santé causés par la fatigue et le mauvais temps", selon Ardi Bide. Tous sont promis à être renvoyés en Grèce.

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