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18/05/2016 23:47 EDT | Actualisé 19/05/2017 01:12 EDT

Les boxeurs thaïlandais attirés par la gloire et l'argent du MMA

Dej fréquente les rings depuis qu'il a sept ans. Issu d'une famille thaïlandaise pauvre, il gagnait au départ deux dollars par combat. Trente ans plus tard, devenu champion de MMA (arts martiaux mixtes) avec un salaire à six chiffres, il revient dans son pays pour défendre son titre.

"Je n'ai pas combattu en Thaïlande depuis des années", raconte à l'AFP ce boxeur de petite taille lors de son entraînement dans un gymnase de Bangkok.

Aujourd'hui basé à Singapour, Dejdamrong Sor Amnuaysirichoke, dit "Dej", s'apprête à défendre son titre de champion poids paille pour le ONE Championship, le principal organisateur en Asie de MMA.

Avant de découvrir les arts martiaux mixtes, Dej a été triple champion de boxe thaïe. Comme pour de nombreux enfants pauvres, initiés dès le plus jeune âge à cet art martial omniprésent dans le pays, la boxe a été pour Dej un moyen de sortir de la pauvreté.

Beaucoup ne continuent pas une fois adulte. Mais pour ceux qui percent, la gloire et la fortune sont souvent au rendez-vous.

Aujourd'hui, le développement mondial du MMA attire de plus en plus de combattants de boxe thaïe. Cette évolution agace les puristes de la boxe thaïe, qui regardent d'un mauvais oeil ces combats dans une cage et craignent que cela finisse par éclipser leur sport.

"De coeur, je reste un combattant de boxe thaïe, donc je suis très heureux de boxer ici", affirme Dej.

- Réticences -

En quelques décennies, le MMA est devenu une industrie qui draine des milliards de dollars et représente l'un des sports qui progressent le plus dans le monde, l'Asie ne faisant pas exception.

Et ce, avec des rémunérations bien supérieures aux matchs de boxe thaïe, qui plafonnent entre 100 et 5.000 dollars pour une grande affiche.

Beaucoup de combattants sont au départ formés en boxe thaïe, une technique où l'on se sert des poings, des coudes, des genoux et où on donne des coups de pied.

Mais jusqu'ici, le circuit international de MMA n'avait pas réussi à venir jusqu'en Thaïlande, notamment en raison de la levée de boucliers des ligues de boxe thaïe.

La situation est en train de changer: le 27 mai, ONE Championship organise à Bangkok une nuit de combat dans une salle de 10.000 places, une première en Thaïlande.

Pour Dej, qui a opté il y a seulement deux ans pour le MMA, c'est un retour aux sources.

Devant un public acquis à sa cause, il va devoir défendre son titre contre le Japonais Yoshitaka Naito, ancien adepte du shooto, un sport de combat japonais. Ce dernier est pour l'instant invaincu après 10 combats.

- 'Une grande famille' -

Né dans une famille pauvre du sud de la Thaïlande, Dej a commencé la boxe thaïe contre l'avis de sa mère. Très doué, il a déménagé dès l'adolescence à Bangkok pour poursuivre dans cette voie. Il a disputé plus de 300 combats.

De retour à Bangkok, il a rendu visite à son vieux maître, Prawit Teryou, qui a formé des générations de jeunes combattants, généralement issus de milieux pauvres, sur un ring de boxe installé dans son jardin.

"Nous étions une vingtaine à dormir ici", explique-t-il en montrant une petite pièce avec des matelas par terre chez Prawit. "Nous étions une grande famille."

"La boxe thaïe est évidemment encore un moyen pour les boxeurs d'aider leur famille", explique l'entraîneur moustachu, qui porte autour du cou une amulette bouddhiste.

Avec de grosses rémunérations à la clef s'ils percent, la boxe thaïe et le MMA représentent une perspective financière inespérée pour les combattants, alors qu'un ouvrier agricole ou employé domestique ne touche qu'un salaire de 5 dollars par jour.

Aujourd'hui la réussite sportive et financière de Dej donne des idées aux plus jeunes. "Les enfants du club s'intéressent de près au MMA", confie l'entraîneur.

Mais la perspective du combat du 27 mai à Bangkok devant des milliers de spectateurs ne fait pas que des heureux.

"L'organisation d'un tel évènement sportif dans le pays devrait être illégale", a récemment déclaré Sakol Wannapong, de l'autorité des sports de Thaïlande. "Ce n'est pas un sport. C'est si cruel !"

Kamol "Sukie" Sukosol Clapp, président pour la Thaïlande du ONE Championship, repousse ces critiques: "En Thaïlande, nous avions beaucoup de musique country. Puis nous avons fait de la pop. Mais cela n'a pas ruiné la musique country, c'est venu en parallèle. Je pense que ce sera la même chose avec le MMA et la boxe thaïe", dit-il.

Le vieux maître Prawit affirme que la plupart des Thaïlandais se moquent de cette dispute, ils espèrent juste la victoire de Dej. "C'est un combat extrêmement important. Il défend sa ceinture dans son pays d'origine, les Thaïlandais seront derrière lui".

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