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19/05/2016 04:45 EDT | Actualisé 20/05/2017 01:12 EDT

La fronde sociale se poursuit en France dans un climat alourdi par les violences

Face à un gouvernement inflexible, les opposants à la réforme du droit du travail en France ne désarment pas, avec de nouvelles grèves et manifestations jeudi dans un climat alourdi par les violences qui ont ciblé la veille des policiers.

Le Premier ministre socialiste Manuel Valls a réclamé des "sanctions implacables" contre les casseurs qui ont incendié une voiture de police à Paris mercredi, et mis la pression sur les syndicats, appelés à "s'interroger sur la pertinence" de certaines manifestations.

Le chef du gouvernement s'est dit prêt à faire lever par la force les blocages de ports, raffineries et aéroports, s'attirant une fin de non recevoir des principaux dirigeants syndicaux sur un arrêt du mouvement, émaillé depuis mars de violences allant crescendo.

"Il n'y aurait pas eu de manifestations et donc pas de casseurs s'il n'y avait pas eu de projet de loi", a rétorqué Jean-Claude Mailly, le numéro un du syndicat contestataire Force ouvrière.

FO et d'autres syndicats de salariés et d'étudiants continuent de réclamer le "retrait" du projet de loi, qu'ils jugent trop libéral. Le président François Hollande a exclu mardi de renoncer à cette réforme, passée en force la semaine dernière au Parlement faute de majorité.

Le chef de l'Etat, dont la popularité est au plus bas à moins d'un an de la présidentielle, table sur ce projet pour déverrouiller le marché de l'emploi dans un pays au chômage endémique, autour de 10%.

Depuis le début du mouvement, près de 1.400 personnes ont été interpellées et plus de 800 gardées à vue. Selon les autorités, 19 personnes issues de l'ultra-gauche ont encore été interpellées jeudi matin à Rennes (ouest) en flagrant délit de dégradations.

A Paris, la police a prononcé de nouvelles interdictions individuelles de manifester avant un défilé sous haute tension prévu dans l'après-midi.

Cinq suspects, dont trois avaient fait l'objet de telles interdictions, étaient en garde à vue dans la capitale, au lendemain de l'attaque d'une voiture de police dans laquelle se trouvaient deux agents, sortis in extremis du véhicule incendié par des casseurs.

L'incident est survenu lors d'une contre-manifestation interdite, en marge d'un rassemblement de policiers dénonçant un climat de "haine anti-flics".

- 'Aucune consigne de retenue' -

Après un essoufflement fin avril, la mobilisation contre la réforme du travail, qui a jeté des dizaines de milliers de personnes dans les rues depuis deux mois, a repris de la vigueur cette semaine avec des grèves de routiers et de cheminots.

Zones industrielles, raffineries et dépôts pétroliers: des blocages de points stratégiques étaient recensés jeudi près de Marseille (sud), du Havre (nord-ouest), ainsi qu'à Rennes ou Nantes (ouest). Dans le sud-ouest, l'accès à l'aéroport de Toulouse était aussi fermé.

Le trafic ferroviaire était fortement perturbé au niveau national, au deuxième jour de grève de cheminots. Un appel à la grève des aiguilleurs du ciel affectait plus légèrement le trafic aérien.

"L'accès aux ports, l'accès aux centres névralgiques économiques, l'accès aux aéroports doit être possible et on ne peut pas tolérer ces barrages, même si c'est une difficulté supplémentaire pour les forces de l'ordre", a déclaré Manuel Valls.

Avant la manifestation parisienne, le préfet de police de la capitale a jugé "inquiétant" que les services d'ordre des syndicats s'équipent de matraques et de bâtons pour répondre aux casseurs.

Les violences des dernières semaines attisent une polémique sur la gestion du maintien de l'ordre par le gouvernement, accusé de laxisme par l'opposition de droite et l'extrême droite ou soupçonné par certains à gauche de vouloir discréditer le mouvement social.

"Il n'y a aucune consigne de retenue, (...) de ne pas aller jusqu'au bout pour ne pas appréhender les casseurs", a récusé jeudi Manuel Valls.

Dans ce contexte tendu, le Parlement a prolongé pour la troisième fois l'état d'urgence décrété après les attentats jihadistes du 13 novembre à Paris (130 morts). Ce régime d'exception sera en vigueur jusqu'à la fin juillet pour assurer la sécurité de l'Euro-2016 et du Tour de France cycliste.

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