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19/05/2016 10:20 EDT | Actualisé 20/05/2017 01:12 EDT

L'UE peine à se mettre d'accord sur le glyphosate, herbicide controversé

L'UE n'est parvenue jeudi à aucun accord sur la prorogation de l'autorisation du glyphosate, substance herbicide la plus vendue en Europe mais dont l'effet sur la santé est au coeur d'une controverse qui divise les Etats membres.

C'est la deuxième fois, après une réunion en mars, que les experts et représentants des Etats membres rassemblés au sein d'un comité technique chargé de la procédure de renouvellement renoncent à voter, faute de majorité suffisante.

"Puisqu'il était clair qu'aucune majorité qualifiée ne serait atteinte, le vote n'a pas été engagé", a expliqué un porte-parole de la Commission européenne dans un bref communiqué.

L'institution, qui soutient une reconduction de l'homologation du glyphosate et avait révisé sa proposition d'une prorogation de 15 ans pour la faire passer à neuf ans, va maintenant prendre le temps de la réflexion afin d'analyser le résultat des discussions qui se sont déroulées mercredi et jeudi à Bruxelles.

Mais le temps presse : l'homologation du glyphosate expire au 30 juin, et, en l'absence de décision, "les Etats membres devront retirer les autorisations de tous les produits à base de glyphosate", a prévenu la Commission.

Pour le moment, l'avenir reste flou, la Commission ne précisant pas si une nouvelle réunion était prévue. Une source proche de ce dossier a dit à l'AFP que Bruxelles étudiait "différentes options".

- Principe de précaution -

Selon une source diplomatique, parmi les pays les plus réticents, "la France et l'Italie ont insisté sur le fait qu'on ne pouvait pas décider d'une autorisation en l'absence d'une étude claire de l'ECHA", l'Agence européenne sur les produits chimiques, sur les effets du glyphosate, attendue dans l'année.

La ministre de l'Environnement française Ségolène Royal a aussitôt qualifié de "très bonne nouvelle" la suspension du vote, saluant l'Italie, l'Allemagne, la Suède, l'Autriche et le Portugal qui ont fait savoir qu'ils s'abstiendraient ou voteraient contre.

"Pour moi, le fondement de la prise de décision est et demeure le jugement des scientifiques", a estimé le ministre allemand de l'Agriculture, Christian Schmidt, alors que la coalition conservateurs/sociaux-démocrates au pouvoir à Berlin a des divergences sur la question.

Le glyphosate est le "pesticide le plus utilisé dans le monde et dans l'Histoire", ce qui explique la crispation autour de son autorisation, a commenté Vito Buonsante, de l'ONG ClientEarth.

Les défenseurs de l'environnement font depuis des semaines une intense campagne contre la reconduction de l'homologation.

"La pression citoyenne a obligé les responsables politiques à rester fermes sur le principe de précaution", a analysé Pascal Vollenweider, directeur de campagnes pour le collectif militant Avaaz.

Quant à l'ONG Greenpeace, elle juge qu'"il est temps pour la Commission de changer de cap".

Mi-avril, les députés européens s'étaient mêlés au débat, demandant de ne proroger l'autorisation que pour sept ans au lieu des 15 prévus initialement, de limiter l'utilisation du glyphosate aux professionnels et de l'interdire près des parcs et des aires de jeux.

- Avis scientifiques divergents -

Le glyphosate a fait l'objet de plusieurs études scientifiques dont les conclusions divergentes alimentent la controverse.

Dernière en date, une étude en commun de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a jugé "peu probable" que le glyphosate soit cancérogène "chez les humains qui y seraient exposés par l'alimentation".

Mais à l'inverse, en mars 2015, une étude du Centre international de recherche contre le cancer (CIRC), également dépendante de l'OMS, avait identifié un risque cancérogène.

Deux découvertes non contradictoires, selon l'OMS, car la seconde portait sur un risque en cas de très forte exposition.

La Commission s'appuie sur l'avis de l'Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA), pour qui le risque cancérogène est "improbable". Là encore, le champ de l'étude est discuté, entre substance active et association à d'autre coformulants utilisés pour concocter un herbicide.

Pour Richard Garnett, le président de Glyphosate Task Force (GTF), un consortium de sociétés phytosanitaires emmené par le géant américain Monsanto, "la situation est discriminatoire, disproportionnée et totalement injustifiée".

"Il faut prendre en compte la réalité et l'impact sur l'agriculture", a expliqué à l'AFP l'eurodéputée PPE (droite) Angélique Delahaye, une agricultrice, soulignant que ceux qui avaient recours aux pesticides à base de glyphosate le faisaient faute de solution de remplacement.

Le principal syndicat agricole européen, Copa-Cogeca, a "regretté" l'absence de vote jeudi. Son secrétaire général, Pekka Pesonen, a dit craindre le "désavantage compétitif" vis-à-vis des pays non membres de l'UE qui utilisent le glyphosate, en cas d'interdiction de cet herbicide.

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