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19/05/2016 07:40 EDT | Actualisé 20/05/2017 01:12 EDT

Italie: Marco Pannella, l'inlassable gréviste de la faim

Marco Pannella, leader des Radicaux italiens décédé jeudi à Rome à l'âge de 86 ans, a été de tous les combats pour les droits de l'Homme en Italie, n'hésitant pas à recourir si nécessaire à la provocation.

Son engagement sans faille lui vaut d'être aujourd'hui unanimement salué par la classe politique de son pays, qui l'a pourtant souvent raillé, mais aussi par l'Eglise, en dépit des nombreux combats qu'il a menés contre les positions du Vatican.

Le droit à l'avortement, au divorce, à l'euthanasie, la lutte contre la chasse, le nucléaire, la peine de mort dans le monde ou l'homophobie, le combat pour la légalisation des drogues douces, la liberté de recherche scientifique ou la lutte contre la surpopulation carcérale, tous ces combats ont vu Marco Pannella en première ligne.

"Marco Pannella était une personne avec laquelle nous avons eu souvent par le passé des positions discordantes mais on ne peut pas ne pas apprécier l'engagement total et désintéressé pour de nobles causes", a déclaré le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi.

Le pape François lui-même s'est régulièrement renseigné ces dernières semaines sur son compte depuis que son état de santé a subi une brusque aggravation.

- "Coriace comme un mulet" -

Deux cancers, foie et poumons, ont emporté Giacinto, de son vrai nom, Pannella, né le 2 mai 1930 dans les Abruzzes, dans le centre de l'Italie, et qui disait de lui-même: "je suis coriace comme un mulet des Abruzzes".

De l'extrême- droite à l'extrême gauche, tous les partis politiques lui ont rendu hommage, y compris le chef du gouvernement Matteo Renzi qui a évoqué "la disparition d'un grand leader ayant marqué l'histoire de l'Italie".

Fondateur du Parti radical italien en 1955, Marco Pannella l'anticonformiste n'avait pas hésité à abriter de 1987 à 1992 à la Chambre des députés, sous les couleurs de son parti, la porno-star hongroise connue sous le nom de La Cicciolina.

Il avait été arrêté plusieurs fois et renvoyé en justice en Italie à partir des années 70 pour avoir par exemple distribué du haschich, sur une des principales places du centre de Rome, la célèbre place Navone.

Portant pendant longtemps une queue de cheval, même s'il n'avait pas une chevelure abondante, il était célèbre dans la péninsule, pour sa cigarette toujours vissée à la bouche et la légende veut qu'il en fumait jusqu'à cent par jour.

Lui-même disait, lorsque les cancers ont été découverts, qu'il les soignait "avec 60 toscanelli (cigarillos typiques italiens, ndlr) par jour trempés dans de la grappa", un alcool à base de raisin.

Sa première arrestation remonte à 1968 à Sofia, en Bulgarie, où il protestait contre l'invasion de la Tchécoslovaquie. A la suite de cette arrestation il entame sa première grève de la faim qui sera suivie de nombreuses autres.

Il a été élu à plusieurs reprises à la Chambre des députés, la première fois en 1976, et aussi au Parlement européen.

Il noue une alliance en 1994 avec Silvio Berlusconi, ce qui lui permet d'obtenir la nomination de sa proche collaboratrice Emma Bonino au poste de commissaire européenne pour les droits de l'Homme. Il se fâchera en 2001 avec le magnat des médias italiens, avant de se rapprocher en 2008 du Parti démocrate (PD, gauche).

Et si Emma Bonino deviendra un temps ministre des Affaires étrangères, et même candidate à la présidence de la République, lui-même n'a jamais occupé aucune fonction ministérielle. "Il est resté aux portes des palais (du pouvoir), avec son éternelle cigarette à la bouche (...), tonitruant et passionné, à toujours demander quelque chose de plus", a résumé le commentateur politique italien, Paolo Mazzanti.

Un dernier hommage à Marco Pannella sera organisé samedi par les radicaux italiens sur la place la plus symbolique de tous ses combats, la place Navone.

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