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19/05/2016 07:37 EDT | Actualisé 20/05/2017 01:12 EDT

France: la fronde sociale se poursuit dans un climat tendu

Face à un gouvernement inflexible, les opposants à la réforme du droit du travail en France maintenaient la pression jeudi avec de nouvelles manifestations dans un climat alourdi par les violences qui ont ciblé la veille des policiers.

Le Premier ministre socialiste Manuel Valls a réclamé des "sanctions implacables" contre les casseurs qui ont incendié une voiture de police à Paris mercredi, et a mis la pression sur les syndicats, appelés à "s'interroger sur la pertinence" de certaines manifestations.

Le chef du gouvernement s'est dit prêt à faire lever par la force les blocages de ports, raffineries et aéroports, s'attirant une fin de non recevoir des principaux dirigeants syndicaux sur un arrêt du mouvement, émaillé depuis mars de violences allant crescendo.

"Il n'y aurait pas eu de manifestations et donc pas de casseurs s'il n'y avait pas eu de projet de loi", a rétorqué Jean-Claude Mailly, le numéro un de la centrale Force ouvrière qui, avec d'autres syndicats contestataires, organisait jeudi une septième journée d'actions dans toute la France contre la "loi Travail".

A Paris, 14.000 personnes ont battu le pavé, selon les autorités, 100.000 selon les organisateurs, sous haute surveillance de la police et des services d'ordre syndicaux. 19 interdictions de manifester avaient été délivrées à des personnes susceptibles d'être des fauteurs de trouble.

Malgré tout, le cortège a été entaché par quelques jets de pierres et tirs de gaz lacrymogène, ainsi que des dégradations sur des agences bancaires. Neuf personnes ont été interpellées pour port d'armes prohibées.

Dans l'ouest du pays, à la pointe de la contestation, un policier a été légèrement blessé à Rennes où une vingtaine de personnes ont été interpellées. A Nantes, 800 personnes ont pris part à une manifestation interdite et les forces de l'ordre ont usé de grenades lacrymogènes pour les empêcher de rallier le centre-ville.

La veille, les violences avaient franchi un cap avec l'attaque d'une voiture de police dans laquelle se trouvaient deux agents, sortis à la hâte du véhicule incendié par des casseurs. Cinq suspects étaient en garde à vue dans la capitale jeudi.

- Etat d'urgence prolongé -

Malgré la mobilisation dans la rue et la fronde d'une partie de son camp, le président François Hollande a exclu mardi de renoncer à sa réforme du droit du travail, passée en force la semaine dernière au Parlement faute de majorité.

Le chef de l'Etat, dont la popularité est au plus bas à moins d'un an de la présidentielle, table sur ce projet pour déverrouiller le marché de l'emploi dans un pays au chômage endémique, autour de 10%.

Mais ses détracteurs jugent le projet de loi trop favorable aux employeurs et craignent qu'il n'aggrave la précarité des salariés. Après un essoufflement fin avril, leur mobilisation a repris de la vigueur cette semaine avec des grèves de routiers et de cheminots.

Zones industrielles, raffineries et dépôts pétroliers: des blocages de points stratégiques étaient recensés jeudi près de Marseille (sud) et dans le quart nord-ouest de la France, où un cinquième des stations-service Total étaient en rupture de carburants, selon le groupe pétrolier.

Dans le sud-ouest, l'accès à l'aéroport de Toulouse était fermé. Le trafic ferroviaire était fortement perturbé au niveau national, au deuxième jour de grève de cheminots. Un appel à la grève des aiguilleurs du ciel affectait plus légèrement le trafic aérien.

Les violences des dernières semaines attisent une polémique sur la gestion du maintien de l'ordre par le gouvernement, accusé de laxisme par l'opposition de droite et l'extrême droite ou soupçonné par certains à gauche de vouloir discréditer le mouvement social.

"Il n'y a aucune consigne de retenue, (...) de ne pas aller jusqu'au bout pour ne pas appréhender les casseurs", a récusé jeudi Manuel Valls.

Dans ce contexte tendu, le Parlement a prolongé pour la troisième fois l'état d'urgence décrété après les attentats jihadistes du 13 novembre à Paris (130 morts). Ce régime d'exception sera en vigueur jusqu'à la fin juillet pour assurer la sécurité de l'Euro-2016 et du Tour de France cycliste.

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