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19/05/2016 09:25 EDT | Actualisé 20/05/2017 01:12 EDT

France/Euro2016: troisième prolongation de l'état d'urgence post-attentats, jusqu'à fin juillet

Le Parlement français a voté jeudi une troisième prolongation de l'état d'urgence décrété dans la foulée des attentats de novembre pour assurer la sécurité de l'Euro-2016 de football et du Tour de France de cyclisme.

Cette nouvelle prolongation de l'état d'urgence intervient dans un contexte social tendu en France, avec une contestation depuis deux mois dans la rue, émaillée de violences, contre un projet de loi du gouvernement sur le droit du travail.

Par 46 voix contre 20 et deux abstentions, les députés ont voté une prolongation de deux mois, jusqu'à la fin juillet, de l'état d'urgence instauré après les attentats du 13 novembre (130 morts) par le président François Hollande. Il avait déjà été prorogé de trois mois par le Parlement en novembre, puis encore en février.

"La menace terroriste demeure à un niveau élevé et la France représente comme l'UE une cible", a justifié à l'ouverture des débats le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, alors que la piste d'un attentat fait partie des hypothèses pour expliquer le crash en Méditerranée d'un vol d'EgyptAir reliant Paris au Caire avec à son bord 66 personnes, dont 30 Egyptiens et 15 Français.

S'exprimant peu après ce crash encore inexpliqué, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a déclaré à Bruxelles que la France assurera avec "toutes ses forces" la sécurité de l'Euro-2016 de football.

Les autorités françaises attendent en effet près de deux millions de visiteurs à l'Euro 2016, qui se déroulera du 10 juin au 10 juillet, et nombre de touristes pour le Tour de France cycliste en juillet. Pour parer à d'éventuelles attaques durant les matches de l'Euro qui se dérouleront dans plusieurs grandes villes de France, telles Bordeaux, Lille ou Marseille, outre le Stade de France à Paris, elles ont multiplié les exercices.

- 'Le pays le plus menacé' -

Selon le patron du renseignement intérieur français, Patrick Calvar, auditionné le 10 mai par une commission parlementaire, la France reste plus que jamais "clairement visée" par l'organisation Etat islamique (EI), qui pourrait mener "une campagne terroriste" avec des engins explosifs visant une foule.

"Si les attentats de novembre dernier ont été perpétrés par des kamikazes et par des gens armés de kalachnikov (...), nous risquons d'être confrontés à une nouvelle forme d'attaque: une campagne terroriste caractérisée par le dépôt d'engins explosifs dans des lieux où est rassemblée une foule importante, ce type d'action étant multiplié pour créer un climat de panique", a mis en garde M. Calvar, un peu moins d'un mois avant le début de l'Euro de football en France.

Ainsi, la France est "aujourd'hui, clairement, le pays le plus menacé", tant par l'EI que par Al-Qaïda qui "veut redorer son blason" et ses déclinaisons régionales au Maghreb et dans la péninsule arabique.

Les députés français devaient dans l'après-midi donner leur feu vert à un projet de réforme pénale, censé prendre le relais de l'état d'urgence avec de nouvelles mesures antiterroristes.

Depuis l'entrée en vigueur de l'état d'urgence, des partis de gauche et des associations de défense des droits de l'homme et des libertés publiques se sont inquiétés d'un risque de pérennisation de ce régime.

François Hollande avait proposé de l'inscrire dans la Constitution, mais il avait finalement dû renoncer, faute de consensus politique sur cette réforme qui comprenait également le très controversé élargissement de la déchéance de la nationalité française aux citoyens binationaux coupables de terrorisme.

Après le vote du sénat il y a deux semaines, le vote de ce jeudi a donné lieu à un débat très politique, émaillé de passes d'armes entre le gouvernement socialiste, l'opposition de droite, et l'extrême droite.

La droite a voté pour la prolongation, déplorant cependant un "état d'urgence au rabais", avec la fin annoncée des perquisitions administratives, et une prolongation de seulement deux mois au lieu de six.

Largement utilisées après les attentats, les perquisitions administratives "ne présentent plus le même intérêt opérationnel" désormais, selon le ministre Cazeneuve.

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