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19/05/2016 09:53 EDT | Actualisé 20/05/2017 01:12 EDT

Face à la Russie et au chaos au Sud, l'Otan finalise son nouvel ordre de bataille

Les chefs de la diplomatie de l'Otan se sont retrouvés jeudi à Bruxelles, à six semaines d'un sommet crucial à Varsovie, pour finaliser le renforcement militaire de l'Alliance sur son flanc est, sans précédent depuis la fin de la Guerre froide, face à une Russie jugée "agressive".

Lors d'un sommet à Varsovie début juillet qui "fera date", selon le secrétaire général de l'Alliance Jens Stoltenberg, les dirigeants des 28 pays doivent décider d'envoyer davantage de troupes dans les pays baltes et en Pologne pour parachever "l'adaptation (militaire) la plus importante jamais entreprise depuis la fin de la Guerre froide".

Face à "une Russie plus agressive", l'Otan s'adapte "afin de trouver le bon équilibre entre défense et dialogue", a expliqué M. Stoltenberg.

"Nous devons continuer à renforcer nos capacités de dissuasion à travers une présence avancée plus robuste" à l'Est, a plaidé le secrétaire d'Etat américain John Kerry en fin de journée.

Il a également rappelé l'engagement des pays de l'Otan, pris en 2014 au Pays de Galles, à enrayer la baisse constante de leurs dépenses de défense pour revenir en une décennie à un niveau équivalent à 2% du PIB.

Depuis le début de la crise ukrainienne, en novembre 2013, l'Otan a multiplié ses manoeuvres et patrouilles maritimes, terrestres et aériennes à l'Est, et entrepris une série de réformes pour augmenter la rapidité de déploiement et la flexibilité de ses forces.

Ce renforcement militaire devrait culminer après le sommet de Varsovie avec l'envoi --par rotations-- de bataillons avec leurs équipements de combat dans des pays partageant une frontière avec la Russie.

"L'Otan a pris ces mesures parce que la Russie a décidé d'envahir et occuper la Crimée, puis d'intervenir dans l'est de l'Ukraine", a rappelé un haut responsable américain.

- Incidents militaires réguliers -

Sur le front politique, le Monténégro, petite république des Balkans, a signé jeudi à Bruxelles son protocole d'adhésion à l'Otan, qui doit encore être ratifié par les Parlements des 28 dans les 18 mois à venir.

Moscou, qui y voit un empiètement sur sa sphère d'influence, s'est insurgé contre l'élargissement de l'Alliance dans cette zone stratégique à ses yeux. Mais le Premier ministre monténégrin Milo Djukanovic s'est dit "fier" de devenir le 29e membre de l'Otan dix ans après l'indépendance de son pays, assurant que cela "apportera de la stabilité à la région et au-delà".

Les tensions entre Moscou et l'Otan ont récemment été ravivées à propos du bouclier antimissiles américain en cours de déploiement en Roumanie et en Pologne, dont l'Otan va prendre le commandement.

Des incidents militaires, plus ou moins graves, ont lieu à intervalles réguliers. En novembre 2015, la Turquie avait abattu un avion de chasse russe ayant, selon elle, pénétré dans son espace aérien depuis la Syrie. Plus récemment, des avions russes ont survolé un destroyer américain en mer Baltique.

Après une première rencontre en 20 mois au siège de l'Otan en avril, une nouvelle réunion entre les ambassadeurs alliés et leur homologue russe pourrait être organisée avant le sommet de Varsovie, pour éviter que des incidents ne dégénèrent.

Mais "si c'est utilisé (par la Russie) comme un rideau de fumée pour continuer la même politique agressive, cela n'aide en rien", a prévenu Linas Linkevicius, le chef de la diplomatie lituanienne.

D'autres pays de l'Otan veulent au contraire éviter que ce prochain sommet, "symboliquement chargé" du fait qu'il se tient à Varsovie, ne soit interprété comme une démonstration de force "dirigée contre la Russie" qui sonne comme un "retour à la guerre froide", selon un diplomate.

Conflit syrien, lutte contre l'organisation Etat islamique (EI), instabilité en Libye et crise migratoire: la situation au sud de l'Europe figure aussi au menu des discussions des ministres des Affaires étrangères de l'Otan qui se terminent vendredi.

L'Alliance a d'ailleurs entamé un rapprochement sans précédent avec l'UE, notamment pour l'aider à affronter la crise migratoire. Depuis début mars, des navires de guerre de l'Otan croisent en mer Egée pour surveiller les réseaux de passeurs opérant depuis les côtes turques, afin de partager ces informations avec les garde-côtes grecs, turcs et l'UE.

axr/agr/ger/gl