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19/05/2016 06:35 EDT | Actualisé 20/05/2017 01:12 EDT

De Hanoï à Hiroshima, voyage chargé en symboles pour Obama

Entré dans la dernière ligne droite de sa présidence, Barack Obama retrouve l'Asie pour un déplacement fort en symboles qui le mènera à Hanoï, puis à Hiroshima où fut larguée, il y a sept décennies, la première bombe atomique de l'histoire.

Le président des Etats-Unis entend profiter de son dixième voyage dans cette région --dont il a fait une priorité-- pour vanter deux piliers de sa politique: l'accord de libre-échange transpacifique (TPP) et le renforcement des liens avec les pays de la zone face à la posture de plus en plus offensive de Pékin dans les conflits territoriaux.

M. Obama est attendu dans la nuit de dimanche à lundi au Vietnam pour sa première visite dans l'ancien pays ennemi. Après Bill Clinton en 2000 et George W. Bush en 2006, il sera le troisième président américain à se rendre sur place depuis la fin de la guerre du Vietnam en 1975.

Il prononcera un discours à Hanoï avant de se rendre à Hô-Chi-Minh-Ville (ex-Saïgon), devenu le véritable poumon économique de ce pays de plus de 90 millions d'habitants.

Après deux décennies de rapprochement spectaculaire, la Maison Blanche veut passer à la vitesse supérieure.

"Lorsque le président Clinton s'est rendu sur place, l'objectif était d'abord de lancer la normalisation. Aujourd'hui, la relation avance sur de nombreux fronts: échanges commerciaux, sécurité maritime, questions stratégiques", souligne Ben Rhodes, proche conseiller du président américain.

- Embargo sur les armes levé? -

M. Obama profitera-t-il de cette visite pour annoncer la levée totale de l'embargo sur les ventes d'armes, réclamée avec force par Hanoï mais qui suscite des réticences aux Etats-Unis face à la lenteur des progrès sur les droits de l'homme?

L'exécutif américain a laissé planer le doute. Une certitude: même si cette étape hautement symbolique est franchie, les contrats ne vont pas tomber du jour au lendemain.

Pour les Vietnamiens, "les équipements américains sont très chers et les processus d'autorisation des ventes extrêmement rigoureux", rappelle Murray Hiebert du Center for strategic and international studies. "Cela reste moins cher et plus facile d'acheter aux Russes".

M. Obama rejoindra le Japon en milieu de semaine pour participer au sommet du G7 à Ise-Shima (centre de l'archipel) avant de devenir, le 27 mai, le premier président américain en exercice à se rendre au Parc du mémorial de la paix à Hiroshima, lieu bouleversant qui rappelle la fournaise nucléaire qui a dévasté la ville le 6 août 1945.

L'annonce de cette visite, très attendue au Japon, n'a pas suscité de réactions hostiles dans la classe politique américaine. "Il y a 20 ou 30 ans, un tel déplacement aurait été impensable", souligne Hugh Gusterson, professeur d'anthropologie à George Washington University.

"J'espère que M. Obama pourra écouter directement les voix de ceux qui ont souffert (...) et je l'exhorte à s'excuser auprès de ceux qui sont morts et des familles qui ont perdu des enfants", a déclaré à Tokyo Terumi Tanaka, secrétaire général de la Confédération des organisations de victimes des bombes A et H.

La Maison Blanche a averti que M. Obama, qui ne prononcera pas un véritable discours mais quelques brèves remarques, laisserait le débat sur le bien-fondé du recours à l'arme atomique par Harry Truman aux historiens.

- Trump 'dans tous les esprits' -

L'objectif sera d'abord de réaffirmer son attachement à l'objectif --qui peut sembler chimérique-- d'un monde sans armes nucléaires.

Il avait créé d'énormes attentes sur ce thème en début de mandat, lors d'un discours resté célèbre prononcé à Prague en avril 2009. "Les Etats-Unis, en tant que seule puissance nucléaire à avoir jamais utilisé une arme nucléaire, ont la responsabilité morale d'agir", avait-il lancé.

S'il peut mettre à son actif l'accord sur le programme nucléaire iranien conclu à l'été 2015, les discussions sur le désarmement nucléaire avec la Russie de Vladimir Poutine sont, elles, au point mort.

Même de l'autre côté du Pacifique, le président américain ne devrait pas échapper aux interrogations sur Donald Trump, qui portera sauf coup de théâtre les couleurs républicaines lors de l'élection présidentielle du 8 novembre.

Le milliardaire répète à l'envi que la présence militaire américaine en Asie coûte trop cher et a suggéré que Tokyo et Séoul se dotent de l'arme nucléaire pour faire face à la Corée du Nord.

"Les déclarations de Trump, sur lesquelles il a fait des allers-retours incessants, continuent à susciter de vives inquiétudes dans la région", souligne Michael Green, du CSIS. "Il sera présent dans tous les esprits, en particulier au Japon, durant ce voyage".

Avant de quitter le pouvoir début 2017, Barack Obama effectuera, en septembre, une ultime visite en Asie, notamment en Chine pour le sommet du G20. Puis, autre grande première pour un président américain, un déplacement au Laos.

jca/lb/elm