DIVERTISSEMENT
19/05/2016 03:22 EDT | Actualisé 19/05/2016 04:06 EDT

Bateau Noir: naviguer de tempêtes en accalmies (ENTREVUE)

Émilie Gagné

Six ans après l’EP La Sauvagerie des Heures, Bateau Noir revient avec un nouveau batteur, Francis Mineau, et un premier album sobrement appelé… Bateau Noir. Rémy Nadeau-Aubin nous parle de ce premier effort.

Cette production 100% instrumentale dévoile 10 titres particulièrement denses, à l’image d’un processus de création long et de bien des questions. Chez Bateau Noir, trois guitares brandissent la mélodie, soutenues par une batterie à brutalité variable et des lignes de basses solides.

Pour replacer certaines choses dans l’ordre, le groupe ne s’est pas baptisé de la sorte afin d’adhérer à ses pièces rocambolesques, naviguant de tempêtes en accalmies, ni pour donner ce jus de vocabulaire maritime aux médias. Bateau Noir est une expression (parmi d’autres) qu’utilise pour jurer le père de Rémy Nadeau-Aubin, l’un des trois guitaristes de la formation.

Ceci étant dit, Bateau Noir est à lui-même un bel échantillon du rock québécois francophone de ces 15 dernières années. Le quintette formé comme un big band rassemble des membres échappés de groupes bien nommés. Aux guitares: Rémy Nadeau-Aubin (Malajube, Hot Springs), Pascal Dumont-Julien (Le Nom, Moussette) et Julien Michalak (Jacquemort, Meta Gruau); à la basse Frédéric Sauvé (The Hot Springs) et à la batterie donc, Francis Mineau (Malajube) qui a repris le siège de son cousin Jean-Francois Mineau (Bivouaq, Dany Placard). La distribution des rôle se poursuit en coulisse avec Jocelyn Gagné (Breastfeeders) et Julien Mineau (Malajube, Fontarabie) aux prises de son et Ryan Battistuzzi (Trompe l’œil de Malajube) au mixage.

Bateau Noir a accouché de son premier EP La Sauvagerie des heures en 2010, soit deux ans après sa formation; et de son premier album en 2016. Que s’est-il passé pendant toutes ces années? Comment a évolué l’album?

Parmi les moments décisifs de Bateau Noir, notre batteur JF est parti s’installer en Abitibi avec sa famille. La question s’est posée, à contrecœur, de savoir s’il fallait continuer ou pas. Six ans c’est une tranche de vie, il y a eu des bébés, des changements de carrière, j’ai moi-même eu le temps de faire un bac… Il y a eu les projets musicaux des uns et des autres aussi: Julien et moi on a joué dans Jacquemort, Pascal a joué avec Moussette, Francis avec Pierre Lapointe et plein d’autres gens. Ça a donné de longues périodes sur la glace: tout le monde était occupé, mais les enregistrements de l’album étaient réalisés à 75% et à force de les réécouter, on s’est dit qu’il fallait continuer. Malgré tout ce temps, l’album est là et cohérent. Voilà notre fil directeur: cette cohérence et la capacité à travailler à cinq, dans un processus démocratique, donc très long.

J’en conclus que les manières de travailler ont été très différentes pour La Sauvagerie des Heures et Bateau Noir?

C’était deux mondes différents, avec une approche opposée. La Sauvagerie des Heures a été enregistré rapidement, avec deux ou trois prises en live et quelques heures pour faire des overdubs. Pour l’album, on a eu une approche plus classique de studio, plus technique. Cela donne des morceaux plus touffus, plus denses. Il fallait aussi être prêts pour les lives à venir: réapprendre de vieilles chansons avec Francis, travailler tous ensemble sur des nouvelles.

Bateau Noir est un groupe avec des membres issus de plusieurs groupes importants, en tant

que musiciens que vous procure ce projet?

Initialement, c’était un side project typique sans beaucoup d’ambition: on se rencontrait pour jamer sans penser au live… On était trois: Pascal, JF et moi. On improvisait librement pour retrouver le pur plaisir de jouer sans se poser de question d’identité musicale, de réception ou même de business. De cette liberté-là est né le plaisir d’aller plus loin.

Le défi est-il plus gros lorsqu’on fait de l’instrumental?

Le terme post-rock revient souvent parce qu’on fait de l’instrumental, mais non. C’est un défi surtout parce qu’on garde des schémas classiques empruntées au rock ou à la pop, sans chercher des progressions à perte de vue… Le défi se joue au niveau des structures: souvent ce qui accroche dans une chanson, c’est la mélodie vocale qui produit un lien émotif. Ici, ce sera une guitare. On cherche des moyens moins conventionnels pour rejoindre l’auditeur. Il faut s’installer, trouver la mélodie et du relief.

Vous êtes tous liés par au moins un autre projet musical - c’est le cas également pour Gagné et Battistuzzi -, ça apporte quoi à Bateau Noir?

Oui c’est vrai. Je connais Francis depuis l’adolescence, à l’époque je jouais avec Mathieu et Julien de Malajube, Francis c’était le grand cousin. Avec Pascal, on se connait depuis les années du CÉGEP… Finalement, tout ça est un peu incestueux! Tout le monde se connaît: si tu n’as pas joué avec un, tu as joué avec un qui a joué avec un… On sait à quoi s’attendre et c’est un privilège de fréquenter ces gens-là. Ça rend les choses plus faciles à faire partir.

Quels sont vos projets pour cet été?

Des apparitions dans différents festivals mais il y a des bébés à venir, donc on restera dans les environs.

Bateau Noir, paru le 28 avril dernier en version numérique chez Sainte Cécile et le 12 mai physiquement chez l’Oeil de Tigre. Envie d'en savoir plus sur le groupe? C'est ici.

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