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19/05/2016 07:01 EDT | Actualisé 20/05/2017 01:12 EDT

Argentine: adoption d'une loi anti-licenciements, promise au veto présidentiel

L'opposition au président de centre droit Mauricio Macri a fait adopter jeudi une loi anti-licenciements en Argentine, un texte promis au veto présidentiel mais qui sonne comme un désaveu pour ce dirigeant de la troisième économie d'Amérique latine en crise.

C'est le premier revers politique depuis son élection pour le président de centre droit, qui était parvenu fin mars à rallier des suffrages de l'opposition pour solder un contentieux sur la dette du pays remontant à la crise économique de 2001.

Au nom du maintien de la compétitivité de l'Argentine pour attirer des investisseurs étrangers, le président argentin devrait utiliser son droit de veto, car, faute de majorité au parlement, la coalition au pouvoir n'a pas pu bloquer le texte par la voie parlementaire.

La chambre des députés, avec 145 voix pour, 3 contre et 90 abstentions, a approuvé jeudi un texte déjà voté par le sénat le 27 avril, qui était présenté par le Front pour la victoire (FPV, gauche) de l'ex-présidente Cristina Kirchner (2007-2015).

La loi prévoit que, dans les six prochains mois, un salarié congédié peut exiger sa réintégration immédiate ou percevoir une double indemnisation.

Depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2015, Mauricio Macri a engagé une politique économique de rigueur pour redresser l'économie argentine en perte de vitesse.

"Nous avons toujours fait preuve de cohérence, nous ne croyons pas que cet outil légal aide les travailleurs", a déclaré le chef du gouvernement, Marcos Peña.

Depuis le début de l'année, des dizaines de milliers d'Argentins ont perdu leur travail, l'Etat a réduit sa politique de subventions aux factures d'eau, électricité, gaz, et l'inflation pourrait dépasser 30% en 2016.

Si le président argentin exerce sont droit de veto, le texte sera définitivement écarté, car l'opposition ne dispose pas des deux tiers des voix nécessaires au parlement pour l'imposer.

Le texte est soutenu par les cinq centrales syndicales, qui affirment que 155.000 licenciements sont intervenus depuis le début du mandat de M. Macri, à la fois dans l'administration publique et dans les entreprises.

Selon une étude de l'Université catholique, le pays compte un million de pauvres de plus depuis décembre et la pauvreté touche désormais 34,5% de la population.

"Un veto sur la loi serait une erreur politique grossière de la part de Mauricio Macri, qui ignorerait ainsi les travailleurs et une situation créée par la politique d'ajustements du gouvernement", a réagi le député Jorge Taboada, du Front rénovateur, un parti péroniste se situant dans l'opposition qui avait globalement soutenu jusqu'ici l'action du gouvernement.

Des leaders syndicaux ont averti qu'ils convoqueraient une grève nationale si le président s'oppose à la loi.

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