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17/05/2016 07:40 EDT | Actualisé 18/05/2017 01:12 EDT

Syrie : pas de percée diplomatique en vue de nouveaux pourparlers de paix

Les grandes puissances réunies à Vienne pour tenter de sauver les pourparlers sur la paix en Syrie n'ont pas réussi à s'entendre mardi sur une date de reprise des négociations, tout en s'accrochant à l'espoir de l'établissement d'un cessez-le-feu durable.

S'ils ont réaffirmé leur volonté de voir se poursuivre les discussions intersyriennes, interrompues en avril, les chefs des principales diplomaties mondiales ont reconnu qu'aucun rendez-vous n'était en vue, repoussant la date butoir du 1er août pour amorcer une transition politique dans ce pays en guerre.

"Une date exacte ? Je ne vous apprendrais rien en disant que des pourparlers intersyriens seront crédibles quand la cessation des hostilités sera crédible et que des progrès crédibles auront été réalisés sur le plan humanitaire", a commenté l'émissaire de l'ONU pour la Syrie Staffan de Mistura, à l'issue de la réunion.

Et ce peu avant que l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) n'annonce la mort d'au moins 50 combattants et deux civils mardi dans des affrontements entre groupes rebelles dans la province de Damas, où des combats font rage depuis environ trois semaines entre le puissant groupe d'inspiration salafiste Jaïch al-Islam et des factions rivales menées par la branche locale d'Al-Qaïda.

Le processus international en cours depuis plusieurs mois pour mettre fin au dévastateur conflit syrien s'est fixé trois objectifs : un cessez-le-feu durable, un accès à l'aide humanitaire garanti dans tout le pays, la mise en place de la transition politique.

Le Groupe international de soutien à la Syrie (GISS, 17 pays et trois organisations multilatérales), coprésidé par la Russie et les Etats-Unis, réuni mardi a fait le constat des progrès restant à accomplir sur tous ces points.

Le Secrétaire d'Etat américain John Kerry a assoupli les conditions posées en matière de calendrier, affirmant que la date du 1er août fixée pour que les parties impliquées dans le conflit syrien conviennent du cadre d'une transition politique était un "objectif" et pas "une date-butoir".

Il a réaffirmé l'engagement des grandes puissances à l'établissement d'un cessez-le-feu durable.

"Nous nous sommes mis d'accord pour ne pas rester sans réaction si des parties prenaient des initiatives visant à autre chose qu'à un accord et qu'à la paix ", a déclaré M. Kerry.

- Vers un pont aérien -

La Russie et les Etats-Unis pilotent le contrôle du cessez-le-feu, instauré sous leur impulsion en Syrie le 27 février. Cette trêve a été violée à plusieurs reprises depuis fin avril.

La coalition de l'opposition syrienne réclame un cessez-le-feu pérenne et un accès garanti à l'aide humanitaire pour revenir à la table des négociation.

Le secrétaire d'Etat américain a à cet égard annoncé que les villes assiégées en Syrie par les forces du régime recevraient une aide alimentaire internationale par largage aérien à partir du 1er juin, si l'ONU n'obtenait pas un accès humanitaire à ces cités.

Complexe, le conflit syrien implique sur le terrain de multiples protagonistes rivaux, le tout dans un contexte de profondes divisions internationales et de montée en puissance des groupes jihadistes Etat islamique (EI) et Al-Nosra qui échappent à tout contrôle.

Plusieurs pays étrangers interviennent à cet égard militairement dans le conflit : la Russie soutient le régime avec son aviation, la Turquie bombarde les forces kurdes syriennes et la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis frappe l'EI depuis 2014.

"Nous ne soutenons pas Assad, nous soutenons le combat contre le terrorisme (...) Sur le terrain, nous ne voyons pas de forces plus réelles et efficaces que l'armée syrienne, malgré toutes ses faiblesses", a affirmé à Vienne le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov au cours d'une conférence de presse aux côtés de M. Kerry.

Le sort du président Bachar al-Assad constitue la principale ligne de fracture entre les puissances mondiales et régionales du GISS.

Depuis le début de la révolte contre le régime de Damas en mars 2011, la guerre a fait plus de 270.000 morts et jeté sur les routes des millions de personnes, provoquant une crise humanitaire majeure dans la région et en Europe.

Outre les 52 morts dans les combats mardi entre groupes rebelles à l'est de Damas, au moins sept civils, dont trois enfants, ont été tués, sans doute par une roquette, au cours de la nuit de lundi à mardi dans le quartier rebelle de Soukkari à Alep.

Dans cette ville divisée, la deuxième du pays, où un cessez-le-feu provisoire a expiré jeudi dernier, les échanges de tirs entre forces du régime et rebelles ont toutefois nettement baissé en intensité, après deux semaines de violences.

Dans la province d'Idleb contrôlée en majorité par le Front Al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda, huit civils, dont quatre femmes et trois enfants, ont péri dans des bombardements des troupes gouvernementales sur la localité de Bdama.

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