NOUVELLES
17/05/2016 09:38 EDT | Actualisé 18/05/2017 01:12 EDT

Menaces, saisies, pénuries : l'industrie vénézuélienne à l'épreuve de la crise

L'industrie du Venezuela, proche de la paralysie faute de matières premières, tente de survivre dans un pays plongé dans une des plus graves crises de son histoire et où les patrons sont désormais menacés de prison et de saisies d'usines.

En avril, seules 196 voitures ont été assemblées au Venezuela, qui a pourtant la capacité de produire 21.000 véhicules par mois.

Cet exemple illustre la situation chaotique que traverse ce pays d'Amérique du Sud, autrefois grand producteur de pétrole (grâce aux réserves les plus importantes du monde), relève Juan Pablo Olalquiaga, le président de la Confédération vénézuélienne des industries (Conindustria).

Du secteur alimentaire à celui de la chimie, en passant par ceux des produits pharmaceutiques, des pièces détachées pour les automobiles, de la sidérurgie ou du papier, la plupart sont durement touchés, souligne-t-il.

Bientôt à cours de farine de maïs, le groupe Polar, la plus importante société dans le secteur alimentaire au Venezuela, a prévenu que la production ne pourrait être maintenue, au maximum, que jusqu'à fin mai.

Polar, qui fournit 80% de la bière consommée localement, a déjà cessé en avril de produire de la bière en raison d'un manque d'orge, sa matière première, une décision qui affecte 10.000 emplois directs.

Comme beaucoup d'autres entreprises, elle souffre d'un manque de devises, distribuées au compte-gouttes par l'Etat, pour payer ses fournisseurs internationaux.

- Plus de production de pain ou de pâtes -

Selon les derniers chiffres de Conindustria, à la fin 2015, 56% de la capacité industrielle était paralysée. La situation a empiré pendant les premiers mois de 2016, assure M. Olalquiaga.

Les entreprises "continuent de réduire leurs opérations", déclare-t-il, mettant en avant la chute de la production de sucre, un secteur où les récoltes ont dû être limitées à cause des expropriations de terres, ce qui l'a rendu encore plus dépendant des importations.

Le représentant patronal signale également des interruptions dans le fonctionnement des usines qui fabriquent du pain et des pâtes. L'effondrement de la production automobile a entraîné l'arrêt de l'industrie des pièces détachées qui emploie quelque 30.000 personnes au Venezuela, explique M. Olalquiaga.

Le président Nicolas Maduro a de son côté ordonné samedi la saisie des usines "paralysées par la bourgeoisie" et a menacé de faire emprisonner les entrepreneurs accusés de "saboter le pays".

Après une hausse des prix de 180,9% en 2015, la plus élevée du monde, le FMI table sur 700% cette année. Le Venezuela, où les habitants endurent déjà des heures d'attente devant les supermarchés et des coupures de courant quotidiennes, est au bord de l'explosion.

Pour l'économiste et analyste politique Luis Vicente Leon, ces menaces qui planent sur les usines "ne font qu'aggraver la situation". D'autant que les entreprises d'Etat ont une capacité trop limitée pour répondre à la demande, souligne-t-il.

- Une dette de 12 milliards de dollars -

La chute des cours du brut, qui fournit 96% de ses devises au Venezuela, a aggravé une situation déjà critique : en 2014 et 2015, l'économie a reculé de 3,9% et 5,7%, respectivement, selon la banque centrale.

La dette cumulée du secteur privé auprès des fournisseurs internationaux s'élève désormais à 12 milliards de dollars, relève la Confédération vénézuélienne des industries.

Près de 90% des entreprises ont du mal à accéder aux devises étrangères qui sont contrôlées par l'Etat ou sont concernées par le manque de matières premières, d'après cet organisme.

Entre 1999 et 2016, le nombre des entreprises vénézuéliennes est passé de 13.000 à 4.000, entraînant la suppression de la moitié des emplois directs, affirme Conindustria.

De son côté, le gouvernement de Nicolas Maduro a mis en oeuvre en février un plan de réactivation de l'économie, invitant les entrepreneurs locaux et étrangers à investir dans une séries de secteurs, baptisés les "15 moteurs", comme l'industrie pétrolière, l'agriculture, les mines et le tourisme.

Mais pour le représentant patronal, cette initiative est "inutile" car "toute l'économie est à l'arrêt".

et/nn/tup/bds