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17/05/2016 06:39 EDT | Actualisé 18/05/2017 01:12 EDT

Mauritanie: la Cour suprême ordonne la libération de militants anti-esclavagistes emprisonnés (avocat)

La Cour suprême mauritanienne a ordonné mardi la remise en liberté immédiate de militants anti-esclavagistes condamnés à deux ans de prison ferme en janvier 2015, requalifiant les faits en délit passible d'un an d'emprisonnement maximum, selon leur avocat.

"La Cour a ordonné la libération de Biram Ould Dah Ould Abeid et Brahim Ould Bilal", a déclaré à l'AFP l'avocat, Brahim Ould Ebetty. Officiellement, l'esclavage a été aboli en 1981 en Mauritanie mais certaines de ses pratiques perdurent, une situation dénoncée avec véhémence par M. Ould Abeid, candidat malheureux à l'élection présidentielle de juin 2014.

La haute juridiction a requalifié les faits, d'appartenance à une organisation non reconnue et de rébellion contre la force publique, en attroupement maintenu après les premières sommations, passible de deux mois à un an de prison, a précisé Me Ould Ebetty.

"La Cour suprême a estimé que le tribunal de Rosso (sud) et la cour d'appel d'Aleg (centre) ont fait une mauvaise qualification des faits qui sont reprochés aux deux hommes", a-t-il indiqué, en référence aux juridictions qui les ont condamnés, respectivement en janvier 2015 et en août 2015.

"Les peines qu'ils auraient dû encourir ne devaient pas dépasser un an, or, cette période étant dépassée, les deux hommes doivent être immédiatement libérés", selon l'arrêt de la Cour suprême, qui a renvoyé le dossier devant une "cour d'appel autrement constituée", a-t-il ajouté.

Selon lui, cette dernière devra sans "doute se réunir pour annuler les précédentes décisions ou agir dans la limite de la nouvelle qualification décidée par la haute juridiction", sans indication dans l'immédiat sur la date de ce nouveau procès.

Contactée par l'AFP, une source pénitentiaire a affirmé que les démarches ont été entreprises pour la remise en liberté des deux hommes dont les sympathisants ont manifesté mardi devant le Palais de justice pour réclamer leur libération.

Biram Ould Dah Ould Abeid, président de l'Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), une ONG anti-esclavagiste, et son adjoint Brahim Ould Bilal, ont été condamnés avec Djiby Sow, président d'une ONG qui lutte pour les droits culturels, à la suite de leur arrestation en novembre 2014 à Rosso.

Djiby Sow a bénéficié en juin 2015 d'une mesure de liberté provisoire pour raisons de santé.

Selon Me Ould Ebetty, "l'arrêt n'a pas parlé du troisième homme, M. Sow, mais celui-ci bénéficie automatiquement de cette décision qui annule la procédure qui a servi à la condamnation du groupe".

"Je suis satisfait que la Cour suprême ait dit la loi et qu'il n'y ait plus de prisonnier d'opinion dans mon pays", a réagi l'avocat, estimant que ses clients sont "illégalement emprisonnés et que le droit leur accorde la liberté de leur opinion".

Malgré l'abolition officielle de l'esclavage dans ce pays de 3,8 millions d'habitants d'origine arabo-berbère - les Maures - et d'Afrique subsaharienne - les Négro-Africains, le phénomène persiste, selon des ONG, notamment sous la forme de cession gratuite par les descendants d'esclaves d'une partie de leur récolte à leurs maîtres traditionnels.

En août 2015, la Mauritanie a adopté une nouvelle loi faisant de l'esclavage un "crime contre l'humanité", réprimé par des peines allant jusqu'à 20 ans de prison ferme, contre cinq à dix ans auparavant.

Le pays s'est également doté en décembre de trois tribunaux spécialisés dans les affaires d'esclavage et a décrété le 6 mars "Journée nationale de lutte contre les pratiques esclavagistes".

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