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17/05/2016 11:20 EDT | Actualisé 18/05/2017 01:12 EDT

En Mauritanie, deux militants anti-esclavagistes libérés sur décision de la Cour suprême

Deux militants anti-esclavagistes mauritaniens dénonçant la survivance de pratiques officiellement révolues dans le pays et condamnés à deux ans de prison ferme ont été libérés mardi sur décision de la Cour suprême, qui a jugé la peine excessive par rapport aux faits incriminés.

L'esclavage a officiellement été aboli en 1981 en Mauritanie mais certaines de ses pratiques perdurent, une situation dénoncée avec véhémence par l'un des deux condamnés, Biram Ould Dah Ould Abeid, candidat malheureux à l'élection présidentielle de juin 2014 et dirigeant de l'ONG anti-esclavagiste (IRA).

La situation a néanmoins évolué récemment, avec l'adoption en août 2015 d'une nouvelle loi faisant de l'esclavage un "crime contre l'humanité", réprimé par des peines allant jusqu'à 20 ans de prison ferme, contre cinq à dix ans auparavant.

Le pays s'est également doté en décembre de trois tribunaux spécialisés dans les affaires d'esclavage, à Nouakchott, Nouadhibou (extrême nord-ouest) et Néma (sud-est).

Le tribunal de Néma a d'ailleurs prononcé une première condamnation lundi. Les prévenus, deux hommes arrêtés en décembre et reconnus coupables de pratiques esclavagistes sur deux femmes, "ont été condamnés à cinq ans de prison ferme assortis d'une amende d'un million d'ouguiyas (2.500 euros) chacun", a-t-on appris mardi de source judiciaire.

De son côté, la Cour suprême a jugé excessive la condamnation infligée aux deux militants anti-esclavagistes et requalifié les faits, d'appartenance à une organisation non reconnue et de rébellion contre la force publique, en attroupement maintenu après les premières sommations, passible de deux mois à un an de prison, selon leur avocat.

"La Cour suprême a estimé que le tribunal de Rosso (sud) et la cour d'appel d'Aleg (centre) ont fait une mauvaise qualification des faits qui sont reprochés aux deux hommes", a affirmé Me Ould Ebetty.

Arrêtés en novembre 2014 à Rosso, ils avaient été condamnés en janvier 2015 et leur peine avait été confirmée en appel en août.

La haute juridiction a renvoyé le dossier devant une "cour d'appel autrement constituée", a ajouté l'avocat, sans indication dans l'immédiat sur la date de ce nouveau procès.

- 'Tête haute' -

Plusieurs centaines de sympathisants ont manifesté mardi devant le Palais de justice pour réclamer la libération des deux hommes, avant de se rassembler devant la prison dans l'après-midi.

Les deux militants en sont sortis sous les ovations peu après 16H00 (locales et GMT), a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'IRA, Hammady Ould Lebouss.

"Nous sommes sortis de prison la tête haute, sans jamais céder aux tentatives de compromission et de soumission du pouvoir", a lancé Biram Ould Dah Ould Abeid, dans sa première déclaration à la presse après sa libération, évoquant des "propositions" qu'il révèlerait ultérieurement.

Cette libération "est le fruit de la lutte continue de nos militants", a assuré le dirigeant de l'IRA, se disant prêt à s'associer à "toute action pacifique tendant à sortir les Mauritaniens de la grande prison dans laquelle les a placés (le président Mohamed) Ould Abdel Aziz".

Dans un communiqué, le directeur pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre de l'ONG Amnesty International, Alioune Tine, s'est félicité de l'annonce de cette libération, "un énorme soulagement et une bonne nouvelle pour ceux qui se sont mobilisés pour ce résultat".

Il a appelé les autorités mauritaniennes à "cesser leur répression des défenseurs des droits de l'Homme et à libérer d'autres prisonniers de conscience", citant le cas d'un jeune blogueur condamné à mort pour apostasie en 2014, dont le dossier a été renvoyé à la Cour suprême.

"Je suis satisfait que la Cour suprême ait dit la loi et qu'il n'y ait plus de prisonnier d'opinion dans mon pays", a commenté pour sa part Me Ould Ebetty.

Selon l'avocat, un troisième homme, Djiby Sow, président d'une ONG qui lutte pour les droits culturels, arrêté et condamné pour les mêmes faits, et remis en liberté provisoire depuis juin 2015 pour raisons de santé, n'a pas été mentionné, "mais bénéficie automatiquement de cette décision qui annule la procédure qui a servi à la condamnation du groupe".

Malgré l'abolition officielle de l'esclavage dans ce pays de 3,8 millions d'habitants d'origine arabo-berbère - les Maures - et d'Afrique subsaharienne - les Négro-Africains, le phénomène persiste, selon des ONG, notamment sous la forme de cession gratuite par les descendants d'esclaves, en grande majorité noirs, d'une partie de leur récolte à leurs maîtres traditionnels.

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