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13/05/2016 05:49 EDT | Actualisé 14/05/2017 01:12 EDT

Russie: départ groupé de rédacteurs en chef du média indépendant RBK

Le groupe de médias RBK, l'un des rares considérés comme indépendants en Russie et en pointe dans plusieurs dossiers sensibles visant le pouvoir, a annoncé vendredi le départ groupé de trois rédacteurs en chef en raison de désaccords avec la direction.

La holding, qui comprend notamment un quotidien, une chaîne de télévision d'informations financières et une agence alimentant un site internet, appartient au milliardaire Mikhaïl Prokhorov, qui avait créé la surprise en se plaçant troisième à la présidentielle de 2012 avec 8% des voix.

La rédactrice en chef du groupe, Elizaveta Ossetinskaïa, en poste depuis fin 2013, le rédacteur en chef du quotidien, Maxime Solious, (printemps 2014) et celui de l'agence, Roman Badanine, (janvier 2014), quittent le groupe dès vendredi, a annoncé la holding réputée pour avoir gardé son indépendance malgré le tour de vis exercé sur les médias russes depuis 15 ans.

"Ces derniers temps nous avons beaucoup discuté de la manière de développer RBK et nous n'avons pas pu arriver à une position commune sur des questions importantes, d'où notre décision de nous séparer", a expliqué le directeur général de RBK Nikolaï Molibog, cité dans un communiqué.

RBK a publié ces derniers mois des enquêtes concernant les conflits d'intérêt touchant des responsables comme le ministre de l'Agriculture, Alexandre Tkatchev, ou les activités de leurs proches, comme le fils du procureur général, Iouri Tchaïka, ou l'homme d'affaires Kirill Chamalov, identifié par certains médias comme le gendre de Vladimir Poutine.

Le journal a accordé une large place aux révélations des "Panama Papers". Selon le consortium de journalistes qui a dévoilé l'affaire, des proches de Vladimir Poutine, et en premier lieu le violoncelliste Sergueï Roldouguine, ont dissimulé à l'étranger jusqu'à deux milliards de dollars.

Le sort de RBK alimente de nombreuses spéculations, notamment après que des perquisitions ont visé d'autres activités de M. Prokhorov et que des médias ont relancé la rumeur récurrente d'une prochaine vente de la holding par le milliardaire.

Le pouvoir a nettement renforcé son contrôle sur les médias depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine au Kremlin en 2000.

Dans l'un des derniers épisodes de cette reprise en main, une nouvelle loi entrée en vigueur au début de l'année limite la présence d'actionnaires étrangers dans le secteur, ce qui a provoqué la vente par l'allemand Axel Springer de l'édition russe du magazine Forbes ou encore le départ du Wall Street Journal et du Financial Times du capital du quotidien libéral Vedomosti.

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