NOUVELLES
13/05/2016 12:16 EDT | Actualisé 14/05/2017 01:12 EDT

Les 20 ans des soirées de chansons francophones C’est extra!

« Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître... » Cette phrase tirée de La bohème était déjà empreinte de nostalgie lors de sa création en 1965. Trois décennies plus tard, Charles Aznavour et la chanson française de cette période appartenaient surtout aux générations d'hier. Et puis les soirées C'est extra! sont nées.

Un texte de Philippe Rezzonico

Nommé en l'honneur du chef-d'œuvre de Léo Ferré, l'événement, qui devait être éphémère en 1996, est devenu une tradition qui célébrera son 20e anniversaire dans quelques jours. Retour sur un phénomène musical.

Marie-Christine Champagne est formelle : la première soirée C'est extra! qu'elle a mise sur pied avec ses collègues Claude Larivée et Luc Cabot ne devait pas avoir de suite.

« On venait d'ouvrir le Cabaret Music-Hall en janvier 1996, se souvient-elle. C'était déjà une boîte de nuit le vendredi et le samedi, et on a eu l'idée d'une soirée thématique. On a voulu simplement proposer le répertoire de la chanson française des années 1950, 1960 et 1970 pour un soir. »

Ce qui s'annonçait comme une soirée calme et relaxe a pris une tout autre tournure.

Le coup de foudre

« Plus de 500 personnes se sont présentées ce soir-là, à notre grande surprise. Ça devait être une soirée d'écoute, mais rapidement, les gens se sont levés et se sont mis à danser. J'ai regardé ma pile de disques et j'ai dû changer mon angle. On a fait jouer de la grande chanson française, mais aussi beaucoup de chansons pop. Et quand les spectateurs ont quitté la salle, tous nous demandaient à quel moment on allait faire la prochaine soirée. Cela a été un vrai coup de foudre », raconte Marie-Christine Champagne.

Si les coups de foudre ne durent pas toujours, le roman d'amour, lui, s'est prolongé. Présentée au départ sur une base mensuelle, la soirée est devenue bimensuelle, et puis hebdomadaire. Les habitués de ces soirées se souviendront que la file d'attente au Cabaret Music-Hall débordait du hall d'entrée situé sur le boulevard Saint-Laurent, remontait jusqu'à la rue Sherbrooke, bifurquait en direction est et se rendait jusqu'à la rue Saint-Dominique. C'était fou.

À l'intérieur, la scène était étonnante. On galvaude l'expression « danser sur les tables », mais je peux vous jurer que les amateurs présents dansaient réellement sur les chaises, tandis que ceux massés à l'étage et les autres, installés sur la scène au fond, avaient une vue imprenable sur le parterre de danse le plus survolté qui soit.

À l'époque dans la jeune trentaine, j'étais fasciné de voir de jeunes adultes danser sur la musique de mes parents, de mon enfance et de ma lointaine adolescence (mes parents sont nés en France). C'est probablement la raison pour laquelle j'ai assisté à presque toutes les soirées de 1996 à 2002. Durant ces soirées C'est extra! de la première génération, les grands auteurs tels que Boris Vian (Fais-moi mal Johnny) et Charles Trenet (La mer) côtoyaient avec un bonheur égal les artistes pop comme Christophe (Les marionnettes) et Geneviève Grad (Douliou douliou Saint-Tropez).

(Source : YouTube/Chanson française)

« On ne me demandait pas de demandes spéciales au début. Ça me donnait de l'espace pour mettre des chansons moins connues et les faire découvrir. Les gens qui venaient n'étaient pas tous des connaisseurs, mais beaucoup d'entre eux le sont devenus. »

Succès intergénérationnel

Les écarts d'âge n'avaient rien à voir avec ce que l'on voyait dans les discothèques contemporaines de l'époque qui, le plus souvent, rassemblaient des gens d'une même génération. Durant les soirées des années 1990, on voyait des cinquantenaires et des sexagénaires revivre leur jeunesse et partager le plancher avec des jeunes de 20 ans.

Et si La foule (Édith Piaf) se faisait entendre, il suffisait d'empoigner le gars ou la fille la plus proche pour danser en couple, même si on ne se connaissait pas. Aucun problème, tout le monde valsait ensemble. Et il n'était pas question d'attendre la fin de la soirée pour mettre des slows. On pouvait se coller joue contre joue à 21 h, à 22 h 30 ou à minuit et demi, au gré des choix de la DJ.

Avec le temps, des titres-clés étaient attendus du public, comme le duo formé de Mexico (Luis Mariano) et de E Viva Espana (Georgette Plana), qui précédait de peu L'incendie à Rio (Sacha Distel). Et il y avait l'incontournable Gigi l'amoroso que l'on entendait sur le coup de minuit. Les danseurs synchronisaient alors leurs paroles et leurs gestes sur les portions narratives de Dalida, tel un grand numéro de mime.

(Source : YouTube/MagicFinalFantasy)

Le phénomène était tel que même la très sérieuse émission Enjeux s'est penchée sur ce retour en force de la nostalgie. Et le succès a mené à quelques ajustements. D'abord, on a fait l'ajout d'une deuxième DJ (Mademoiselle Julie) pour seconder Marie-Christine Champagne, qui avait été seule aux platines durant des années. Et ensuite, on a élargi les cadres, si l'on peut dire, au début des années 2000, après le succès d'un C'est extra! réservé exclusivement à la chanson francophone québécoise. Les répertoires francophones des deux continents ont ensuite commencé à cohabiter.

La frénésie ne s'est pas démentie jusqu'à la fin de 2005, quand Gilbert Rozon, de Juste pour rire, a récupéré le bail du Cabaret Music-Hall, ce qui a mis fin au contrat de gérance de la compagnie Larivée Cabot Champagne.

Et d'autres jeunes, ceux qui n'avaient pas le droit d'être dans un établissement qui vend de l'alcool en 1996, assistent désormais à ces soirées dans une salle (La Tulipe) aussi conviviale que le défunt Cabaret Music-Hall. Et avec un peu plus d'espace pour danser, ce qui ne gâche rien.

On retourne donc entendre, le 22 mai, des chansons qui ont jusqu'à 60 ans d'âge? Et comment! Cette fois, j'aurai le rôle du jeune cinquantenaire... Mais ces chansons francophones, françaises ou québécoises seront toujours les chansons de mes parents, de mon enfance et de ma lointaine adolescence.

C'est extra! fête ses 20 ans, dimanche 22 mai à La Tulipe (20 h 30). Entrée libre.