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13/05/2016 05:47 EDT | Actualisé 14/05/2017 01:12 EDT

Lagarde met son poids dans la balance contre le Brexit

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a adressé une sévère mise en garde aux partisans du Brexit vendredi à Londres, évoquant une perspective "mauvaise, voire très très mauvaise" en cas de départ britannique de l'Union européenne.

La question du maintien ou non du Royaume-Uni au sein du bloc des 28 pays de l'UE est soumise le 23 juin à référendum dont le résultat s'annonce serré d'après les sondages.

Évoquant une possible sortie britannique de l'UE (Brexit), Mme Lagarde a souligné "un risque important", lors d'une conférence de presse tenue en présence du ministre britannique des Finances, le conservateur George Osborne, grand partisan du maintien dans l'UE, comme son Premier ministre David Cameron ainsi que l'opposition travailliste.

Réfutant toute accusation de s'immiscer dans les affaires politiques britanniques, elle a souligné qu'il ne s'agissait pas d'"une question intérieure" mais d'"une question internationale".

"En plus de la Grèce, de l'Ukraine et de quelques autres, on m'interroge (à l'étranger) sur les conséquences d'un départ britannique de l'UE", a justifié la directrice de l'institution multilatérale.

Or, à l'issue d'un travail des experts du Fonds, "nous n'avons rien vu de positif" dans un départ britannique, a-t-elle argué, en présentant un rapport de routine sur l'économie britannique qui s'est transformé pour l'occasion en véritable plaidoyer pro-maintien.

Le FMI avertit en effet qu'une telle sortie entraînerait "de la volatilité sur les marchés financiers et porterait un coup à la croissance", avec en prime une chute des prix de l'immobilier, qui flambent depuis des années à Londres.

Le Royaume-Uni devrait en effet négocier les conditions de son départ et établir de nouvelles relations avec le club des 27 pays restant de l'UE, notamment sur le plan commercial, ce qui prendrait du temps.

"La ratification d'un nouvel accord nécessiterait l'accord unanime de tous les gouvernements des pays de l'UE, ce qui soumettrait la conclusion de nouveaux traités à des risques politiques considérables", a prévenu le Fonds, ajoutant que le pays devrait négocier de surcroît des ententes de substitution aux accords commerciaux en vigueur entre l'UE et une soixantaine de pays non-membres.

- Risque de récession -

S'appuyant sur des avis d'"experts", le FMI estime qu'un Brexit entraînerait un manque à gagner compris entre 1,5% et 9,5% pour le PIB britannique, Mme Lagarde évoquant une perspective "plutôt mauvaise voire très, très mauvaise".

"Une récession technique est l'une des hypothèses dans le cas d'un vote pour partir" de l'UE, a même prévenu Mme Lagarde, au lendemain d'une mise en garde en ce sens de la Banque d'Angleterre.

A l'inverse, si les Britanniques décidaient de rester dans l'UE, la croissance devrait rebondir lors du second semestre de cette année, prévoit le Fonds, et passer d'un peu moins de 2% en 2016 à 2,2 ou 2,3% à moyen terme.

"Un autre risque réside dans le fait que les marchés pourraient anticiper les conséquences nuisibles (d'un Brexit), avec une réaction abrupte à un vote de départ", a ajouté l'institution de Washington, qui voit aussi menacée la place de Londres comme centre financier mondial dans cette hypothèse.

L'intervention de Mme Lagarde a enragé les partisans du Brexit, trois semaines après des propos forts tenus par le président américain Barack Obama à Londres en faveur de l'unité européenne.

Le FMI a pourtant promis de boucler un dernier rapport sur le sujet à la mi-juin.

"Le FMI qui est financé par l'UE ne devrait pas interférer dans notre débat démocratique une semaine avant le vote", a déjà objecté Priti Patel, une des responsables pro-Brexit au sein du gouvernement. Cette secrétaire d'Etat à l'Emploi a accusé M. Osborne "d'encourager le FMI à intimider le peuple britannique - un signe de désespoir de la part de la campagne pour le maintien".

Les partisans du départ mettent en avant la perspective d'une fin des cotisations versées à Bruxelles, la réduction de la bureaucratie, un meilleur contrôle de l'immigration ou encore une économie britannique plus tournée vers les pays à forte croissance du Commonwealth.

Quarante-trois ans après l'entrée britannique dans le giron européen, une sortie entraînerait un véritable séisme politique, non seulement au Royaume-Uni - où le cinéaste britannique de gauche Ken Loach a évoqué à Cannes l'arrivée probable d'un gouvernement "d'extrême droite" - mais aussi à Bruxelles et dans le reste de l'Europe.

jmi-pn/abk