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13/05/2016 12:18 EDT | Actualisé 14/05/2017 01:12 EDT

L’olympisme a-t-il un avenir?

BILLET - On a atteint des sommets. Du côté des Russes, l'ancien directeur du laboratoire antidopage russe a affirmé au New York Times qu'il avait préparé ses athlètes au dopage, qu'on avait volontairement échangé des échantillons positifs contre des échantillons propres, que les services secrets russes surveillaient tous les déplacements des observateurs indépendants de l'Agence mondiale antidopage et les empêchaient d'accéder à certaines salles du laboratoire.

Un texte de Robert Frosi

Résultats : un dopage systématique, étatisé qui a profité à au moins 15 médaillés des derniers Jeux olympiques de Sotchi.

Grigori Rodtchenkov, l'ancien patron du laboratoire antidopage russe, aujourd'hui exilé aux États-Unis, déclare que ce sont près de 50 % de ces médailles qui seraient volées.

On se souviendra également des tentatives de corruption des hauts dirigeants de l'athlétisme mondial qui camouflaient des tests positifs d'athlètes russes en échange de grosses sommes d'argent.

On parle également d'une équipe entière de soccer de la première division russe dont la totalité des joueurs aurait pris du meldonium, un produit dopant qui avait fait la une après le test positif de Maria Sharapova.

La corruption s'invite encore dans l'olympisme

Pour la corruption, on a l'impression de revivre le cauchemar de Salt Lake City. Selon le quotidien Le Monde, les organisateurs de la candidature de Tokyo en vue des Jeux olympiques de 2020 ont admis avoir versé 2,5 millions de dollars à une firme singapourienne, mais expliquent qu'il s'agissait d'honoraires d'expert-conseil et assurent que tous leurs agissements ont été « honnêtes et corrects ».

Deux paiements totalisant 2,5 millions ont été effectués dans un compte bancaire associé au fils du président déchu de l'Association internationale des Fédérations d'athlétisme (IAAF) dans les mois qui ont précédé et suivi l'octroi des Jeux à la capitale japonaise, ont indiqué jeudi des procureurs français. Les transactions étaient étiquetées « Candidature de Tokyo pour les Jeux olympiques ».

Le compte singapourien appartient à la firme Black Tidings, mais le titulaire en est un ami intime de Papa Massata Diack, le fils de l'ancien président de l'IAAF, Lamine Diack.

Les athlètes vont-ils se mobiliser?

Plusieurs voix s'élèvent chez les athlètes pour demander l'exclusion de la Russie des prochains Jeux de Rio. C'est le cas de Beckie Scott qui préside la Commission des athlètes à l'Agence mondiale antidopage et dénonce l'inaction de l'agence.

Une agence mondiale qui nous prouve encore une fois les limites de sa persuasion. Ils veulent être des gendarmes mondiaux, mais les amendes ne sont pas à la hauteur du délit. Les dirigeants se réfugient derrière la politique de non-ingérence.

On peut raisonnablement se demander à quoi sert vraiment l'AMA. Les seuls qui sont pour le moment efficaces, ce sont les enquêteurs de la commission d'enquête indépendante. Mais malgré deux rapports accablants, rien n'est fait!

Le Comité international olympique (CIO) n'a pas encore réagi et on peut s'en étonner. Le CIO est à l'heure actuelle pris dans un étau idéologique et politique. S'il exclut la Russie, on va crier à l'ingérence politique et certains diront alors pourquoi ne pas exclure d'autres nations sur le même principe. S'il n'exclut pas la Russie, c'est la crédibilité même du mouvement qui est en jeu.

On peut se mettre raisonnablement à la place des athlètes propres qui se demandent s'ils devraient participer à cette vaste farce et cautionner, par leur présence, un spectacle où les médailles olympiques et les records sont de plus en plus remis en question.

Pourquoi les athlètes ne poussent-ils pas dans leur retranchement les autorités du monde sportif, CIO, fédérations internationales, comités olympiques nationaux et commanditaires, en menaçant les Jeux de boycottage?

La responsabilité des diffuseurs publics pourrait aussi forcer le CIO et les commanditaires à poser un geste symbolique qui enverrait un vrai message de tolérance zéro.

Tout le monde attend maintenant des déclarations de Thomas Bach, le président du CIO, et aussi le 17 juin, le verdict de l'IAAF, d'exclure ou non la Russie des Jeux de Rio.

Il est minuit moins cinq pour le mouvement olympique et le mouvement sportif dans son entier. Pour rebâtir sa crédibilité, il faudra envoyer immédiatement des messages clairs et refuser d'entrer dans des considérations mercantiles ou bassement politiciennes.

Ces jeux de coulisses d'un autre temps doivent cesser sinon le grand cirque « Barnum » du sport mondial risque de se retrouver sans acteurs! Il faut que l'hypocrisie cesse et qu'on arrête de confier le poulailler aux renards.

Sinon, allons jusqu'au bout de l'impasse et frappons le mur. Des Jeux qui n'ont plus rien d'olympique, d'un côté, avec des athlètes dopés et, de l'autre, des Jeux bios avec ceux qui ont trimé durant des décennies et qui ont dû se contenter de regarder les podiums d'en bas!