NOUVELLES
13/05/2016 05:58 EDT | Actualisé 14/05/2017 01:12 EDT

En Afrique du Sud, l'enfer sous terre pour les mineurs d'or

Racisme, poussière omniprésente, absence totale de mesures de sécurité: au fond des mines d'or sud-africaines, les ouvriers ont connu des décennies d'enfer, dans des conditions de travail souvent inhumaines.

Des dizaines de milliers d'entre eux ont contracté la silicose, surnommée le "mal des mineurs", une grave maladie respiratoire provoquée par l'inhalation de poussières de silice.

Des témoignages édifiants ont été inclus dans le jugement rendu vendredi par un tribunal de Johannesburg qui autorise ces mineurs à poursuivre des compagnies minières dans le cadre d'une action collective.

Voici quatre récits à la première personne, extraits de ce jugement:

-- BONGANI NKALA est un ancien mineur atteint de silicose depuis 2012. Il est à l'origine de l'action en justice --

"Les forages généraient beaucoup de poussière qui restait souvent ensuite sur notre lieu de travail. Même après avoir aspergé les murs d'eau, on pouvait toujours la voir, la sentir et même avoir son goût dans la bouche.

On ne m'a jamais donné d'équipement de protection pour respirer. J'inhalais toute la poussière à laquelle j'étais exposé.

Je devais marcher huit kilomètres à travers les tunnels sous terre pour arriver sur mon lieu de travail.

La poussière restait dans nos cheveux, sur nos visages, dans nos vêtements pendant qu'on travaillait."

-- BANGUMZI BENNET BALAKAZI a commencé à travailler dans les mines en 1974, à 21 ans. Atteint de tuberculose et de silicose, il a dû partir en retraite forcée en 1999 --

"Ca a été très dur de quitter mon village pour travailler dans une mine loin de chez moi. Mais je voulais subvenir aux besoins de ma famille.

Je ne me souviens d'aucune mise en garde au sujet de la poussière ni sur la nécessité de nous protéger en permanence.

Une fois sous terre, c'était chaud et humide. C'était impossible de porter tout le temps des masques, c'était difficile de respirer si on les portait. Avec le temps, le masque devenait si poussiéreux qu'on ne pouvait plus l'utiliser.

Après les forages, on devait retourner presqu'immédiatement sur la zone, même s'il y avait plein de poussière.

Les mineurs blancs n'y revenaient que lorsque la poussière était retombée. J'étais très mal traité par les mineurs blancs et mes supérieurs. Ils nous frappaient ou nous donnaient souvent des coups de pied et nous traitaient constamment de +kaffir+ (équivalent de +nègre+)."

--WATU LIVINGSTONE DALA souffre de silicose. A la retraite forcée depuis 2007, il est sans emploi --

"J'étais responsable du nettoyage des roches (...) après les forages. J'étais donc constamment en contact avec la poussière et la chaleur.

Parfois on ne voyait même pas les gens juste devant soi. La poussière faisait suffoquer et se logeait dans nos narines et nos oreilles.

Je me souviens qu'un de mes superviseurs disait de ne mettre nos masques uniquement lorsque les inspecteurs sanitaires passaient.

La direction de la mine voulait simplement qu'on travaille sans cesse. On travaillait comme des esclaves."

-- Le mari de MALEBURU REGINA LEBITSA est mort en 2010, à l'âge de 55 ans. Il a travaillé dans des mines d'or de 1972 à 1998 --

"Mon mari a quitté son travail dans les mines quand son employeur a estimé qu'il était trop malade et qu'il ne pouvait plus faire son boulot.

Quand il est rentré à la maison, son état de santé s'est détérioré et alors qu'il devenait de plus en plus faible, il ne pouvait plus subvenir aux besoins de sa famille.

Comme des milliers de mineurs il a eu la silicose à cause de son travail".

bgs-pid/dom