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13/05/2016 03:02 EDT | Actualisé 14/05/2017 01:12 EDT

Beaucoup d'argent pour acheter l'or olympique

L'argent, le nerf de la guerre de la performance olympique. Le Canada s'inspire ouvertement des succès australiens et britanniques, mais il n'a pas leurs moyens financiers.

Un texte d'Olivier Arbour-Masse

L'Australie et la Grande-Bretagne sont citées en exemple comme étant des références dans l'utilisation des technologies pour l'entraînement des athlètes olympiques, le recrutement ainsi que la mise à profit des experts et scientifiques.

Ils ont payé cher pour se bâtir cette réputation.

« L'argent achète des médailles », tranche Trent Stellingwerff, directeur scientifique de l'Institut canadien du sport Pacifique.

Une étude publiée l'automne dernier confirme son hypothèse. On a longtemps cru que le PIB d'un pays était lié à sa récolte aux Jeux olympiques, mais trois Québécois ont déterminé que les dépenses publiques sont la variable qui a le plus d'influence sur les médailles olympiques.

Paul Blais-Morisset en a fait son sujet de maîtrise, appuyé par les professeurs Vincent Boucher et Bernard Fortin.

Il a étudié l'impact des dépenses dans la catégorie loisir, culture et affaires religieuse (la donnée la plus précise étant disponible) sur le nombre de médailles obtenues par 53 pays dans les six derniers Jeux d'été, de 1992 à 2012.

Sa conclusion est intéressante, car elle démontre que les gouvernements peuvent avoir une influence sur les résultats olympiques, sources de fierté nationale.

« (L'investissement dans les sports), c'est la seule variable sur laquelle on peut jouer, fait valoir M. Blais-Morisset, un ancien nageur de longue distance du Rouge et Or de l'Université Laval. Le bassin de population, la richesse par habitant... les gouvernements ne peuvent pas vraiment changer ça. »

Le Royaume-Uni, avant les Jeux de Londres en 2012, et l'Australie, avant les Jeux de Sydney en 2000, ont choisi de délier les cordons de leurs bourses.

Ils en ont ressenti les impacts sur leurs résultats olympiques et sont devenus des références mondiales, notamment au niveau de la technologie utilisée pour optimiser l'entraînement des athlètes.

« Au niveau de la technologie, on n'a pas un grand retard au Canada, estime Dominick Gauthier de B2dix. Ce qui nous manque souvent, ce sont les ressources (financières) pour exploiter ces technologies-là, pour embaucher les spécialistes qui vont maximiser le potentiel des outils technologiques. »

Les moyens financiers plus limités du Canada se font sentir à l'Institut national du sport (INS) du Québec, ouvert il y a près de deux ans au coût de 25 millions de dollars.

Les installations sont modernes, mais il manque d'argent pour faire tourner la machine à plein régime. 

« Au niveau des effectifs, du personnel scientifique et médical, on est à peu près à 50-60% », estime Marc Gélinas, qui a récemment quitté son poste de président directeur-général de l'INS. 

L'argent et la gestion de l'argent

Au-delà des sommes publiques allouées au sport d'élite, il y a la façon de les gérer.

Peter Eriksson, entraîneur-chef d'Athlétisme Canada, vante les mérites de la culture britannique à ce sujet.

« (Travailler à la fédération d'athlétisme), c'est comme travailler pour Ferrari, raconte celui qui a été entraîneur-chef et directeur de la performance du programme de para-athlétisme en Grande-Bretagne. C'est une organisation incorporée, gérée comme le serait une entreprise au point de vue monétaire. On parle en termes de profits et de pertes. »

Il faut dire que l'athlétisme jouit d'une popularité significativement plus importante en Grande-Bretagne qu'au Canada. La fédération nationale engrange donc des revenus importants des droits de télévision et de la vente de billets pour ses différentes compétitions.

Toujours est-il que cette culture de rentabilité est répandue à l'ensemble du système sportif britannique.

Après les Jeux de Londres, où le pays souhaitait être bien représenté dans chaque sport, les disciplines qui ne portaient aucun espoir de médaille ont vu leurs subventions être supprimées.

L'équipe de natation, qui n'a pas obtenu les résultats escomptés à Londres, a été placée en probation, son budget devant être réévalué après un an selon ses performances. En vue de Rio, chaque sport a un objectif de médailles à rapporter.

Dans cette logique entrepreneuriale, les investissements privés sont grandement sollicités. L'argent public ne compte environ que pour le tiers du budget de l'organisme UK Sport. Au final, le budget du sport d'élite britannique est largement supérieur à celui du Canada.

L'approche est semblable en Australie. « Ce qu'ils ont fait de très bien depuis la préparation des Jeux de Sydney, c'est de cibler l'aide financière autour de certains sports », relève Dominick Gauthier de B2dix.

La natation, source de nombreuses médailles, a notamment bénéficié de la générosité du gouvernement avec une piscine de 30 millions de dollars au milieu des années 2000. 

« Il n'y a aucune raison pour laquelle on ne pourrait pas le faire dans certains sports, fait valoir l'ancien skieur acrobatique. Il suffit de décider quels sports on veut appuyer. Est-ce qu'on veut gagner des médailles, des médailles d'or ou envoyer une grosse équipe aux Olympiques? »

M. Eriksson souhaite voir le Canada emprunter cette mentalité entrepreneuriale. « Ça ferait une énorme différence », croit-il.

Une décision politique

« Veut-on dépenser autant d'argent par médaille que la Grande-Bretagne l'a fait en route vers 2012?, questionne Trent Stellingwerff. C'est un autre débat. »

Les approches britanniques et australiennes doivent servir d'inspiration plutôt que de cible, croit Dominick Gauthier.

« C'est beau de regarder ailleurs et dire ''on devrait faire comme les Australiens''. Souvent on se rend compte que c'est dur de copier un modèle. Il faut développer notre modèle, applicable à notre réalité. »

Et cette réalité, c'en est une d'un pays qui participe autant aux Jeux d'hiver qu'aux Jeux d'été. Un pays qui sépare en deux non seulement son budget, mais aussi ses talents athlétiques.

(Avec la collaboration de Diane Sauvé)

Une émission spéciale sur la quête de médailles du Canada en vue des Jeux de Rio sera diffusée samedi sur les ondes de RDI à 12 h 30 et 19 h 30.