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12/05/2016 04:01 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

Turquie: le prochain Premier ministre devra obéir au président Erdogan

Effacé, obéissant et, surtout, d'une loyauté indéfectible envers Recep Tayyip Erdogan: le successeur du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, contraint au départ après des divergences avec l'homme fort du pays, devrait bientôt être choisi parmi les fidèles du président.

M. Erdogan, qui souhaite un référendum sur le système présidentiel qu'il veut établir pour remplacer le régime parlementaire, jugé "obsolète et inadéquat aux besoins de la Turquie", cherche avant tout un chef de l'exécutif qui ne lui fera pas de l'ombre.

Des favoris se dégagent déjà, et ont pour point commun d'être des fidèles du président.

Avant même la démission d'Ahmet Davutoglu, plusieurs noms circulaient déjà.

En premier lieu, Binali Yildirim, l'actuel ministre des Transports qui a lancé les travaux d'infrastructure pharaoniques chers à M. Erdogan dont il est le compagnon de route politique de longue date.

Puis Bekir Bozdag, le très loyal mais peu charismatique ministre de la Justice, artisan de la lutte contre l'ennemi juré de M. Erdogan, Fethullah Gülen, son ex-allié à la tête d'une confrérie.

Et enfin Berat Albayrak, le dynamique ministre de l'Energie et gendre du président. Son inexpérience dans le monde de la politique joue contre lui.

- Pas assez docile -

Une semaine après l'annonce du départ de M. Davutoglu lors d'un congrès extraordinaire du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, dont le nouveau dirigeant deviendra automatiquement Premier ministre, les deux fonctions étant liées, les pronostics vont bon train.

Des "consultations" sont en cours, a assuré mercredi le porte-parole de l'AKP, Ömer Celik.

"A mon avis, le candidat à la présidence de l'AKP sera annoncé un ou deux jours avant le congrès" extraordinaire du parti, a indiqué le vice-président de l'AKP, Mustafa Atas, confirmant que le passage de témoins à la tête du parti et donc aussi à la tête de l'exécutif ne sera qu'une formalité.

Pourtant, l'enjeu est de taille: le chef du gouvernement, chef de l'exécutif selon la Constitution, concentre l'essentiel des pouvoirs en Turquie. Le président est lui investi de prérogatives essentiellement protocolaires.

Mais dans les faits, M. Erdogan, élu pour la première fois au suffrage universel, est omniprésent sur tous les dossiers, que ce soit la politique étrangère, intérieure ou l'économie. Le prochain Premier ministre devra donc être compatible avec un président fort.

Contraint de se retirer après des divergences avec le "raïs", notamment lors des pénibles négociations avec l'Union européenne sur les migrants, M. Davutoglu n'est pas candidat à sa propre succession.

"Il n'a pas été aussi docile que prévu et est devenu trop indépendant", a souligné Anthony Skinner, directeur avec la société d'évaluation de risques Verisk Maplecroft, basée au Royaume-Uni, ajoutant qu'un "Premier ministre qui rompt le rang avec Erdogan sur une question risque d'être mis à la porte".

- Régime présidentiel -

Peu importe qui sera nommé, sa principale mission sera de mener à son terme le projet de régime présidentiel voulu par M. Erdogan. "Le système présidentiel arrivera tôt ou tard", a encore insisté le président turc vendredi.

L'opposition s'inquiète de voir M. Erdogan renforcer encore ses pouvoirs, lui qu'elle accuse d'autoritarisme et de polariser à l'extrême le pays, confronté à une reprise du conflit kurde et à une extension vers le sol turc de la guerre en Syrie, pour parvenir à ses buts.

M. Erdogan pourrait cependant être contraint de patienter. "Faute d'un consensus parlementaire et social pour un transition à une présidence forte, l'AKP ne devrait pas tout de suite passer à l'action", estime Naz Masraff de l'Eurasia group. "Une présidence exécutive est extrêmement peu probable en 2016", selon cette analyste.

Le chef de file de l'opposition laïque au Parlement, Kemal Kiliçdaroglu, n'a pas mâché ses mots en estimant mercredi que la présidentialisation exigée par M. Erdogan "ne se fera pas sans effusion de sang" en Turquie.

L'AKP a toutefois prévu de présenter en attendant une formule transitoire au Parlement d'ici mi-juin, l'introduction d'un "président partisan" pour remplacer un chef de l'Etat censé être neutre. Cela permettrait de renforcer les liens de M. Erdogan avec son parti, sans pour autant renoncer aux ambitions de présidentialiser le système.

L'AKP (317 députés sur 550) a encore besoin d'au moins 330 voix pour adopter ces amendements constitutionnels avec un référendum.

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