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12/05/2016 09:50 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

Syrie: un convoi humanitaire interdit d'accès à une ville assiégée

Un convoi d'aide humanitaire censé soulager la population "désespérée" de la ville syrienne de Daraya a été empêché d'entrer jeudi dans cette cité assiégée par les forces du régime depuis 2012.

"Malheureusement, notre convoi d'aide avec l'ONU et le Croissant rouge syrien s'est vu refuser l'entrée à Daraya malgré une autorisation préalable de toutes les parties", a indiqué sur Twitter le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

L'organisation avait présenté plus tôt cette aide comme la première depuis 2012 à la ville contrôlée par les rebelles et située au sud-ouest de Damas.

"Nous exhortons les autorités responsables de permettre l'accès à Daraya, pour que nous puissions retourner avec des médicaments et de la nourriture" dont la population a désespérément besoin, a ajouté le CICR sans préciser la ou les parties qui ont empêché l'entrée du convoi.

Daraya "a été le théâtre de combats incessants depuis plus de trois ans et demi, et nous savons que la situation y est désespérée", a déclaré dans un communiqué Marianne Gasser, chef de la délégation du CICR en Syrie, qui faisait partie du convoi.

Cinq camions préparés par le CICR, l'ONU et le Croissant Rouge syrien devaient notamment livrer du lait pour bébé, ainsi que des produits médicaux et scolaires.

- Ville symbole -

Daraya est un fief rebelle très symbolique pour l'opposition car il échappe au régime depuis quatre ans. La ville était à la pointe de la révolte contre Bachar al-Assad quand celle-ci a éclaté en mars 2011.

Dans la ville, aujourd'hui presque entièrement détruite et qui a perdu 90% de ses 80.000 habitants, ceux qui restent souffrent de graves pénuries et de malnutrition.

Dans une déclaration à Genève avant le refus de l'entrée du convoi, Jan Egeland, qui dirige le groupe de travail de l'ONU sur l'aide humanitaire en Syrie, avait jugé "décevant" le fait que l'accès soit toujours refusé à plus de la moitié des 35 localités assiégées ou difficiles d'accès, où vivent quelque 905.000 personnes.

Ailleurs dans le pays, la guerre continuait de faire rage avec des frappes intenses du régime sur le fief rebelle de la Ghouta orientale près de Damas, une prise par Al-Qaïda et ses alliés d'un village alaouite, communauté dont est issu Bachar al-Assad, dans le centre, et des combats entre rebelles et jihadistes du groupe Etat islamique (EI) dans le sud.

Ce groupe ultraradical a infligé ces deux derniers jours des revers à l'armée syrienne en isolant Palmyre (centre), un mois et demi après la reprise de cette ville antique située en plein désert par les forces gouvernementales aidées par l'aviation russe.

Dans le nord du pays à Alep, la deuxième ville du pays divisée entre quartiers gouvernementaux et rebelles, une trêve temporaire a expiré mercredi à minuit sans qu'elle ne soit prolongée.

Juste après son expiration, deux rebelles ont été tués dans une frappe sur le quartier al-Chaar, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Selon la défense civile, deux barils ont été largués par le régime sur un quartier rebelle, sans faire de victime.

- 'Nous voulons des actes' -

Le 22 avril, des combats avaient fait voler en éclat un cessez-le-feu instauré fin février entre rebelles et forces gouvernementales sous l'égide de Moscou et Washington.

Les deux grandes puissances doivent co-présider une nouvelle réunion le 17 mai à Vienne du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS) pour tenter de trouver une solution au conflit qui a fait plus de 270.000 morts et jeté sur les routes des millions de personnes.

Mais pour le coordinateur de l'opposition Riad Hijab, "cela fait cinq ans que le peuple syrien meurt. Nous voulons des actes, et non plus des paroles, de la part de nos amis".

Déclenché par la répression de manifestations contre le régime en mars 2011, le conflit s'est rendu très complexe avec la multiplication des acteurs: le régime veut regagner du territoire avec l'appui de l'aviation russe, les rebelles sont en perte de vitesse, les groupes jihadistes rivaux EI et Al-Nosra défendent leurs territoires, et les forces kurdes ont constitué une région de facto autonome.

La Turquie, qui soutient les rebelles, a dit pour sa part se préparer à "nettoyer" le côté syrien de la frontière de la présence de l'EI, alors que la ville frontalière turque de Kilis est régulièrement frappée par des roquettes attribués par Ankara à l'EI.

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