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11/05/2016 22:57 EDT | Actualisé 12/05/2017 01:12 EDT

Syrie: "nous voulons des actes, plus des paroles, de la part de nos amis" (opposition)

Le coordonnateur de l'opposition syrienne Riad Hijab a réclamé "des actes, pas des paroles" aux pays soutenant la rébellion, demandant des armes antiaériennes pour contrer les bombardements, et des mesures contre le régime de Damas qui bénéficie, selon lui, d'un "feu vert pour poursuivre ses exactions".

"Ce que nous voulons, ce sont des mesures pratiques et efficaces sur le terrain. Nous n'avons pas besoin de communiqués ou de belles paroles dans les médias, car cela ne donne pas de résultats", a déclaré M. Hijab dans un entretien à l'AFP mercredi.

M. Hijab, qui a assisté lundi à Paris à une réunion des soutiens de l'opposition (une dizaine de pays arabes, européens et les Etats-Unis), a déploré l'absence de mesures concrètes à l'encontre du régime de Damas, responsable selon lui de "plus de 2.300 violations de la trêve" depuis son entrée en vigueur le 27 février.

"Uniquement en avril, il y a eu 27 massacres, des bombardements de marchés, d'écoles et d'hôpitaux, commis par le régime. On a vu ce qui s'est passé à Alep dernièrement", a-t-il ajouté, accusant Damas et son allié russe de "crimes de guerre".

La cessation des hostilités en Syrie, instaurée sous l'impulsion de Moscou et de Washington le 27 février, a volé en éclats fin avril notamment à Alep, la grande ville stratégique du nord du pays, partagée entre secteurs gouvernemental et rebelle, où quelque 300 personnes ont été tuées.

Une nouvelle trêve précaire a été instaurée la semaine dernière, et la Russie et les Etats-Unis, qui pilotent le dossier syrien, se sont engagés lundi à "redoubler d'efforts" pour la maintenir et l'étendre à tout le pays.

"C'est totalement insuffisant. Le communiqué conjoint des Russes et des Américains parle de +limiter autant que possible+ les bombardements contre les civils et les zones civiles. C'est comme si on donnait un feu vert au régime pour continuer ses exactions, comme si on lui disait: +vous étiez en train de tuer 100 Syriens par jour, eh bien aujourd'hui il ne faut plus en tuer que 10+", s'est-il insurgé.

Damas justifie ses raids aériens par la lutte contre les "groupes terroristes", le Front al-Nosra (branche syrienne d'Al-Qaïda) ou l'organisation Etat islamique, exclus de la trêve.

- 'La trêve n'est pas une fin en soi' -

"Cela fait cinq ans que le peuple syrien meurt. Nous voulons des actes, et non plus des paroles, de la part de nos amis. Nous espérons que les Etats-Unis, les Français, les Britanniques, les Allemands et autres, vont agir sur le terrain", a insisté le responsable de l'opposition, en demandant notamment davantage d'armes, un leitmotiv depuis le début du conflit en 2011.

"Cela fait cinq ans que les Etats-Unis nous empêchent d'obtenir des armes anti-aériennes. Et jusqu'à récemment, ils empêchaient que nous ayions des armes anti-chars", a-t-il dit.

"Nous nous battons sur plusieurs fronts: contre Daech (acronyme arabe de l'Etat islamique), il y a eu des batailles féroces ces derniers jours aux environs d'Alep, Homs, Damas et dans le sud. Nous luttons contre les forces du régime, contre le PYD (les forces kurdes, ndlr), contre les milices confessionnelles venues d'Irak et du Liban, contre des mercenaires afghans et autres... Nous avons besoin d'armes qui peuvent faire la différence sur le terrain", a-t-il plaidé.

M. Hijab a également insisté pour que le Groupe international de soutien à la Syrie (GISS, co-présidé par Moscou et Washington et rassemblant 17 pays soutenant soit le régime soit l'opposition), qui se réunit mardi prochain à Vienne, prenne des mesures pour obliger le régime à respecter les demandes de la communauté internationale en matière humanitaire.

La trêve, que Moscou et Washington veulent restaurer, "n'est pas une fin en soi. La solution pour la Syrie c'est une transition politique réelle", a par ailleurs souligné M. Hijab, qui supervise les négociations pour l'opposition à Genève.

Trois sessions de pourparlers intersyriens indirects ont eu lieu depuis le début de l'année dans la ville suisse, sans progrès. Le dernier round en avril a été suspendu avec la reprise des hostilités à Alep.

"Nous voulons retourner à Genève", a assuré M. Hijab. "Aujourd'hui, nous sommes dans une impasse parce que le régime ne veut pas parler de transition", a-t-il dit, répétant qu'il ne pouvait y avoir de solution avec le président Bachar al-Assad. "Il est totalement irréaliste d'imaginer qu'il reste au pouvoir", a-t-il réitéré.

cf/mw/nou/at