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12/05/2016 05:09 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

Les Olympiques dans les yeux d'un ado de 15 ans

BILLET - En 2000, à Sydney, j'ai eu la chance de vivre mes tout premiers Jeux olympiques. J'avais 15 ans.

Un texte d'Alexandre Despatie

J'y allais sans vraiment avoir d'attentes : je voulais performer du mieux que je pouvais à ce moment-là. Je me souviens même avoir parlé avec mon entraîneur, à l'époque, qui disait que j'étais aux Jeux, cette fois-ci, pour l'expérience, et la prochaine fois, pour performer.

Lorsque je suis arrivé à Sydney, en Australie, tout était spécial. Mon premier village olympique, mon premier survêtement olympique... Dans nos chambres, sur nos lits superposés, il y avait une couverture sur laquelle il était écrit Sydney 2000, que nous pouvions apporter après les Jeux. Le logo des Olympiques était partout. Je réalisais à quel point les Jeux sont grandioses, et presque démesurés (dans le bon sens du mot!).

Pour un athlète, aller aux Jeux olympiques est, en soi, une grande réalisation. De mon côté, j'étais un peu sous le choc, mais d'une bonne manière. J'étais impressionné de voir les autres athlètes, de reconnaître quelques visages dans la cafétéria. Je réalisais que le village olympique, c'est un peu comme une petite ville, très organisée, avec du transport en commun, des magasins, un café.

À cette époque, nous n'avions pas encore Internet sans fil dans nos chambres! Il y avait un grand centre informatique pour que nous puissions aller voir nos courriels.

On retrouve certains types de villages dans d'autres grandes compétitions comme les Jeux du Commonwealth. Mais c'est drôle, le simple fait que les anneaux olympiques soient visibles un peu partout dans le village, sur les autobus, ça rend l'expérience complètement différente.

Bref, quand tu mets les pieds dans un village olympique pour la première fois, tu réalises rapidement que tu fais partie d'un groupe assez spécial.

Équipe Canada : une grande famille

Même si j'étais le plus jeune athlète de l'équipe canadienne en 2000, la plupart des athlètes de l'équipe de plongeon en étaient à leurs premiers ou leurs deuxièmes Jeux. Personne n'avait fait de multiples Jeux olympiques, nous vivions donc cette expérience en équipe.

Dans l'édifice du Canada, on se réunissait dans le salon des athlètes. En plus de partager du temps avec mes coéquipiers, j'ai pu faire connaissance avec d'autres membres de l'équipe canadienne.

Plusieurs personnes m'ont pris sous leur aile, je me suis fait de bons amis que je côtoie encore aujourd'hui. J'ai été chanceux, parce que toute l'équipe canadienne m'a fait sentir comme si j'étais à la maison.

Mon épreuve était vraiment à la toute fin des Jeux. Donc, je n'avais pas l'occasion de sortir célébrer dans la ville et, de toute façon, je n'avais pas l'âge! C'est certain que les adultes ont pu profiter de Sydney, pendant que moi, je continuais à m'entraîner et à me préparer pour mon épreuve. Mais tout le monde était toujours présent pour soutenir les autres membres de l'équipe. C'était vraiment primordial pour tous d'être là l'un pour l'autre.

La famille du plongeon

J'ai aussi tissé des amitiés avec des plongeurs d'autres nations : des Australiens, des Chinois, des Mexicains. Certains d'entre eux participaient à leurs derniers Jeux, à Sydney. Le plongeon est un sport qui est super, nous sommes tous de bons amis. C'est vraiment un bon exemple de sport individuel, où la compétition d'un athlète ne dépend pas de celle de l'autre.

Oui, on se crée une énergie avec nos performances pendant l'épreuve. Mais, en fin de compte, on plonge contre soi-même. Oui, on met un peu la pression sur l'autre en faisant un bon plongeon avant lui, mais notre épreuve ne dépend pas de la sienne, et vice-versa. Il faut vraiment être concentrés sur notre épreuve, chaque plongeon à la fois.

Tout cela facilite beaucoup la création d'amitiés. Une fois que c'est terminé, tout le monde célèbre ensemble et on s'amuse beaucoup.

La vraie famille : présente aussi!

Fait cocasse, avant mes premiers Jeux olympiques, je disais à mes parents : « Vous n'êtes pas obligés de venir là-bas. C'est un long voyage, qui va vous coûter cher. Il n'y a pas de problème si vous restez à la maison! »

Ma mère m'a rapidement fait comprendre que je le veuille ou non, ils allaient être là pour mes premiers Jeux olympiques!

Mes parents sont d'ailleurs venus aux quatre Jeux olympiques auxquels j'ai participé. À Sydney, ma mère, mon père et ma soeur s'étaient trouvé un endroit pour se loger, un endroit pas très proche du village.

Je les voyais à la piscine, ils essayaient d'arriver un peu plus tôt. Ils venaient voir une autre épreuve de plongeon et on se rejoignait à la piscine pour passer un moment ensemble.

Je crois qu'il est plus facile, de nos jours, pour les athlètes de retrouver leur famille pendant les Jeux. Il y a des endroits pratiquement faits pour ça, certaines entreprises qui soutiennent les Jeux et des athlètes leur facilitent la tâche. Il y a aussi la maison du Canada qui est un point de rencontre facile pour tout le monde qui souhaite rejoindre ses proches.

Pas de hiérarchie

Pour remettre les Jeux de Sydney en contexte, ils sont arrivés deux ans après les Jeux du Commonwealth de 1998, où j'avais remporté l'or. Le niveau en plongeon aux Jeux olympiques n'est pas du tout le même, et j'y ai terminé en 4e place au 10 m.

Les autres athlètes et les gens d'Équipe Canada ont-ils réalisé à ce moment que j'allais être un atout important pour l'équipe dans les prochaines années? Que j'entrais dans la classe des grands? Peut-être. Mais je n'ai senti aucune différence dans mes relations avec les autres.

Et c'est ce qui est super dans un village olympique. Qu'un athlète gagne une médaille, et qu'un autre finisse 12e, quand on retourne dans notre immeuble, on fait tous partie de l'équipe canadienne. On s'encourage d'une manière ou d'une autre, il n'y a pas d'élite qui se crée.

C'est d'ailleurs très beau de voir les athlètes qui gagnent des médailles au début des Jeux encourager, par la suite, les autres membres de l'équipe. Tout le monde se soutient, cela ne s'arrête vraiment pas à ceux qui sont montés sur le podium. Ça aide à créer une dynamique dans l'équipe, et ça, on le sent dans le village. Quand les résultats commencent à arriver, il y a une énergie qui se crée autour de l'équipe. Une énergie qui nous unifie.