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12/05/2016 02:55 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

Le recrutement, une autre leçon britannique pour le Canada en vue de Rio

La Grande-Bretagne a signé à Londres les meilleurs Jeux de son histoire. Depuis une quinzaine d'années, les Australiens font partie de l'élite olympique. Le Canada s'inspire de ces deux pays à de nombreux égards dans sa quête de médailles à Rio.

Un texte de Olivier Arbour-Masse

La Grande-Bretagne et l'Australie sont à l'avant-garde de l'utilisation des technologies dans la préparation de l'athlète. C'est l'ensemble de leur système de développement d'athlète olympique qui en fait des références internationales.

Mettre les spécialistes et scientifiques à profit

« Nous, à B2Dix, on n'a pas énormément de technologies, mais on a des spécialistes en place avec l'athlète chaque jour », explique Dominick Gauthier, l'homme à tout faire de B2Dix, un organisme qui encadre certains athlètes d'élite.

« L'athlète n'est jamais laissé seul. Il passe du préparateur physique au psychologue et l'information pertinente est communiquée d'un expert à l'autre. »

Gauthier estime que la technologie peut paraître « sexy », mais plaide qu'une « synergie constante et complète autour de l'athlète, ça peut rapporter plus qu'une machine ».

Pierre Lafontaine est du même avis. L'accessibilité des divers spécialistes l'a charmé à son arrivée en Australie à titre d'entraîneur-chef de l'Institut du sport australien au début des années 2000.

« Dès ma première semaine, le biomécanicien est venu me voir pour me dire : "Je suis tellement content de te voir, qu'est-ce que je peux faire pour t'aider?", explique Lafontaine, désormais directeur général de Ski de fond Canada. Personne ne m'avait jamais demandé ça avant! Ça a été le nutritionniste le lendemain, ensuite le physiothérapeute... »

« Tous ces gens-là ont compris leur rôle de soutien », poursuit Lafontaine.

Cette collaboration, bien implantée dans le système australien depuis la naissance de l'Institut national du sport en 1981, a fait ses preuves.

Après des Jeux décevants à Montréal en 1976, les Australiens sont revenus à l'avant-scène du mouvement olympique aux Jeux de Sydney en 2000 et s'y maintiennent, malgré un résultat plus décevant à Londres.

Le corpus universitaire australien favorise cette plus grande intégration des spécialistes dans la préparation de l'athlète.

« En Australie, la performance sportive occupe une plus grande importance dans la formation alors qu'au Canada, les études sont vraiment axées sur la santé. En Australie et en Nouvelle-Zélande, on étudie la force et la puissance, ces choses qui mènent à des médailles », explique Cory Kennedy, préparateur physique à l'Institut national du sport (INS) du Québec qui a fait sa maîtrise universitaire à Perth.

« Ici, on aide les entraîneurs seulement s'ils veulent utiliser nos services. Là-bas, ça va de soi. Tout ce qu'ils font dans leurs instituts, c'est basé sur les sciences », poursuit Kennedy.

Le Canada a besoin de cette approche intégrée pour améliorer ses performances olympiques, croit Pierre Lafontaine.

« Ça prend une discussion totale, estime-t-il. Les présidents des universités au Canada doivent faire partie du changement canadien tant en performance qu'en recherche. Tant et aussi longtemps que les gens ne voient pas qu'ils font partie du succès, ils restent dans leurs silos, alors que les universités pourraient devenir des centres nationaux de performance partout au pays. »

Un recrutement agressif

Dans les années précédant les Jeux de Londres, la Grande-Bretagne a déployé de vastes ressources pour faire bonne figure devant ses partisans.

Une de ses stratégies a été d'élargir au maximum son bassin d'athlètes de calibre olympique grâce à un dépistage de talent proactif.

« Avec le cyclisme sur route, ils ont fait un tour des écoles avec un camion adapté contenant des vélos stationnaires qui calculent la puissance, explique Dominick Gauthier de B2Dix.

« Ils invitaient les jeunes ayant une bonne capacité physique, ils leur disaient : "Venez tester vos capacités d'aller aux Olympiques dans cinq ou six ans, on veut voir votre potentiel." Plusieurs athlètes recrutés pendant ce processus ont été sélectionnés dans l'équipe olympique et ont atteint le podium en 2012. »

Le cyclisme sur piste a été la discipline la plus payante pour la Grande-Bretagne avec 12 des 65 médailles récoltées aux Jeux de Londres, les meilleurs de l'histoire du pays.

Les gestionnaires du programme paralympique ont adopté une approche similaire.

« Trois personnes se sont rendues dans les écoles spécialisées, les organismes pour personnes à mobilité réduite, les centres de réadaptation et même dans les organisations de soutien aux soldats blessés pour tenter de les inclure dans le recrutement d'athlètes potentiels », note Peter Eriksson, qui était entraîneur-chef et directeur de la performance du programme de para-athlétisme britannique.

M. Eriksson a importé cette stratégie de détection des talents au Canada, où il œuvre désormais comme entraîneur-chef d'Athlétisme Canada.

« On tient deux ou trois camps par année, supervisés par nos entraîneurs pour être certain de sélectionner de bons athlètes. Ça fait un an qu'on a implanté ça et quatre athlètes qu'on a recrutés se sont rendus aux mondiaux et y ont remporté des médailles. »

Convertir des athlètes

La Grande-Bretagne, tout comme l'Australie, a également adopté la conversion d'athlète. Le principe est simple : prendre un athlète qui ne semble pas atteindre son plein potentiel dans son sport et lui donner l'occasion d'apprendre une nouvelle discipline.

Les chances de réussites sont bonnes puisqu'on a déjà affaire à quelqu'un doté de qualités athlétiques.

Le Canada a intégré cette pratique avec le Talent Lab mis sur pied il y a trois ans à l'INS de Calgary. Kirsti Lay, par exemple, est passée du patinage de vitesse au cyclisme sur piste à l'automne 2013.

Quinze mois plus tard, au sein du quatuor canadien de poursuite par équipe, elle a remporté le bronze aux Championnats du monde 2015 avant de décrocher l'argent aux mondiaux 2016.

Entre les deux, elle a participé à la conquête de l'or aux Jeux panaméricains de Toronto.

« Nous avons relativement une petite population, nous devons trouver de nouvelles façons d'amener des athlètes au sommet », explique Dale Henwood, président et directeur général de l'INS de Calgary.

(Avec la collaboration de Diane Sauvé)