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11/05/2016 22:52 EDT | Actualisé 12/05/2017 01:12 EDT

La Révolution culturelle en quelques questions

La Révolution culturelle, lancée par Mao Tsé-toung en mai 1966, a vu l'effondrement de l'Etat et du Parti communiste chinois sous les coups de boutoirs des jeunes "gardes rouges", au prix d'une anarchie meurtrière jusqu'au rétablissement de l'ordre par l'armée.

Pourquoi une révolution après la révolution ?

En 1959, Mao est mis sur la touche: son "Grand bond en avant", lancé l'année précédente pour rattraper l'Occident, tourne au désastre. La présidence de la République est assumée désormais par Liu Shaoqi. Deng Xiaoping est N°2. Devant la famine qui ravage le pays ils tournent le dos aux mesures radicales de Mao.

C'est le début pour lui d'une insupportable traversée du désert, en pleine rupture avec Moscou, où Nikita Khrouchtchev vient de déboulonner Staline, à la consternation de Mao.

Le "révisionnisme" -- la supposée trahison de Lénine et Staline -- devient l'ennemi à l'égal de "l'impérialisme américain". Il sera au coeur des attaques ad hominem pendant toute la Révolution culturelle.

Et le prétexte de Mao pour reconquérir le pouvoir.

Pourquoi "culturelle" ?

En 1966, il ne restait à Mao Tsé-toung que deux leviers sur lesquels il avait encore prise: la culture, via son épouse Jiang Qing, et l'armée, via le maréchal Lin Biao, ministre de la Défense. La Révolution culturelle commence en catimini, fin 1965, par la critique d'une pièce de théâtre qui viserait Mao. Elle se déchaînera ensuite contre toute forme d'expression culturelle issue de l'histoire chinoise ou de l'étranger. Seuls restent "la pensée Mao Tsé-toung" et huit "opéras révolutionnaires" pour façonner un "homme nouveau". Ecoles et universités resteront fermées des années. Dans tout le pays, la destruction des témoignages du passé sera systématique et massive.

Quelle étincelle pour l'explosion ?

Isolé à Pékin, Mao manoeuvre depuis Shanghai. La "Circulaire du 16 mai" lance la "Grande révolution culturelle prolétarienne". Un "Groupe central de la Révolution culturelle" est mis sur pied, incluant la femme de Mao. Il dirigera la Chine dans les années suivantes.

Mao s'en prend à la puissante municipalité de Pékin, dont le maire tombe bientôt, tandis que les hommes de Lin Biao prennent le contrôle de la garnison de la capitale. La Révolution culturelle peut commencer.

D'où est-elle partie ?

De l'Université de Pékin, "Beida". Le 25 mai, une affiche à grands caractères ("dazibao") est rédigée au Département de philosophie, dirigé par Nie Yuanzi (95 ans aujourd'hui), en cheville avec les proches de Mao. Elle appelle "les masses" à se dresser contre les autorités pour "défendre la pensée Mao Tsé-toung" contre "les tenants de la voie capitaliste". L'embrasement est immédiat, les écoles et universités de la capitale suspendent leurs cours. Mao fait publier l'affiche dans tout le pays et le 13 juin, les 117 millions d'élèves et d'étudiants chinois, organisés en "gardes rouges", sont mis en "vacances" pour se livrer à la révolution, libres de parcourir gratuitement tout le pays en train.

Que s'est-il passé ensuite ?

Un chaos indescriptible: des enseignants sont massacrés, d'autres forcés aux "autocritiques" par leurs élèves. La quasi-totalité des cadres du Parti sont malmenés. Nombre d'intellectuels et d'écrivains se suicident.

Les "gardes rouges" se déchirent en multiples factions rivalisant de fidélité à Mao avant de se combattre, souvent les armes à la main.

Au sommet, purges et contre-purges se succèdent.

Fin 1967, seule l'armée tient encore debout. Elle prend les rênes du pays dans tous les domaines, évitant de justesse une guerre civile généralisée.

Des millions de jeunes sont envoyés en 1968 pour "rééducation" dans des campagnes lointaines et inhospitalières.

Bilan humain de la Révolution culturelle: des centaines de milliers, voire des millions de morts, selon les historiens.

Quelle fin ?

En 1969, alors que plane une menace de guerre entre l'URSS et la Chine, un congrès du Parti consacre la victoire de Mao. Il prend officiellement Lin Biao, chef de l'armée, comme "dauphin".

En 1971, celui-ci, accusé de complot, meurt dans des circonstances mystérieuses.

Jusqu'à la mort de Mao en 1976, la "bande des quatre", dont sa femme, tentera de maintenir une ligne radicale, avant d'être arrêtée par l'armée un mois après sa disparition.

L'ère de l'ouverture et des réformes va pouvoir bientôt s'ouvrir avec le retour de Deng Xiaoping.

ple/at