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12/05/2016 06:12 EDT | Actualisé 12/05/2016 06:12 EDT

La police de Montréal délaisse les caméras de surveillance

Hugo Therrien/Radio-Canada

L'agression homophobe présumée, survenue dans les derniers jours à Montréal, place le maire Denis Coderre face à ses déclarations passées. En 2014, à la suite d'autres agressions contre des homosexuels, il avait proposé d'augmenter le nombre de caméras de surveillance dans les lieux publics. Or, pas une seule caméra n'a été installée par la police depuis.

Un texte de Thomas Gerbet

Les abords du métro Beaudry sont connus des policiers pour des problèmes de flânage, de drogue et de violence. C'est là que la communauté gaie du Village a recensé la grande majorité des agressions homophobes. Il n'y a pourtant aucune caméra de surveillance à cet endroit. Le porte-parole du Collectif Carré Rose, Louis-Alain Robitaille, demande qu'il y en ait au moins une.

« Si la victime se fait attaquer ici et qu'une caméra pointe vers le métro, elle sera plus encouragée à porter plainte », explique M. Robitaille. Il est conscient qu'une seule caméra ne découragera pas les agressions, mais soutient qu'elle sera importante puisqu'elle pourra apporter des preuves pour les victimes.

Il y a deux ans, le maire s'était montré ouvert à plus de caméras dans les coins chauds de la ville, après une série d'agressions homophobes. Il avait alors lancé un débat, mais sans passer par l'Office de consultation publique de Montréal.

Denis Coderre avait interrogé les citoyens sur les réseaux sociaux et la formation d'un comité d'élus avait été annoncée. Depuis, le public n'a pas été informé des conclusions de ces démarches.

Notre demande d'accès à l'information révèle que le SPVM n'a acheté que cinq caméras depuis 2014 et aucune d'entre elles n'a été installée.

La Ville affirme que le sentiment de sécurité de la population s'est amélioré

Invité à expliquer sa position, le cabinet du maire invoque des inquiétudes concernant la vie privée. La porte-parole du maire, Catherine Maurice, écrit dans un courriel qu'un « plan de visibilité » a plutôt été déployé par le SPVM pour « rehausser la présence policière et améliorer le sentiment de sécurité des habitants du secteur [du Village]. »

La Ville s'appuie sur un obscur sondage mené auprès de la population du poste de quartier 22 en mai et juin 2014. Près de 90 % des résidents jugeaient que leur quartier était sécuritaire. Malgré nos demandes, il nous a été impossible de savoir combien de personnes ont été interrogées et selon quelle méthodologie.

Une des rares caméras de surveillance du SPVM PHOTO : THOMAS GERBET

Contrairement à des villes américaines ou européennes comme Londres, qui comptent des milliers de caméras, Montréal se contente d'une petite vingtaine de caméras. Il n'y a même aucune surveillance vidéo de la part de la police dans tout le territoire du poste de quartier 22 qui couvre en partie le Village et Centre-Sud.

«Le besoin ne s'en fait pas sentir. Il n'y a pas un crime en particulier qui justifie l'installation d'une caméra.» - Simon Durocher, commandant du poste de quartier 22

Les statistiques du SPVM démontrent que la criminalité est en baisse dans le quartier et le chef du Simon Durocher évoque plusieurs limites à l'utilisation des caméras. Il affirme que les caméras peuvent nuire à certains problèmes comme la lutte contre le trafic de drogue. « Le fait d'être filmés, les gens vont se déplacer et ça va déplacer la problématique », soutient-il.

La police de Montréal préfère être présente et visible sur le terrain. L'amélioration de l'éclairage public aurait aussi eu des effets bénéfiques.

L'avis d'un criminologue

Le professeur à l'École de criminologie de Montréal, Rémi Boivin, juge que l'approche du SPVM est « très cohérente avec toute la littérature scientifique, pas seulement au Canada, mais aussi ailleurs dans le monde ». Les recherches récentes tendent à démontrer que l'effet préventif des caméras est limité. « Le développement [de l'installation des caméras] a beaucoup ralenti, même dans les pays qui en mettaient beaucoup », raconte-t-il.

Pourtant, certains services de police continuent de les trouver très efficaces. C'est le cas à Sherbrooke, où les caméras ont permis de réaliser 143 interventions l'été dernier. Elles ont donné lieu à 26 arrestations ou contraventions et 66 actions de prévention, comme de calmer un attroupement. « Elles sont extrêmement utiles », dit le porte-parole du Service de police de Sherbrooke, Martin Carrier.

Les caméras de surveillance du SPVM doivent être accompagnées d'un affichage. PHOTO : THOMAS GERBET

Il y a 10 ans, le SPVM défendait bec et ongles les caméras

Le changement de stratégie du SPVM est d'autant plus surprenant qu'il a longtemps vanté les mérites des caméras de surveillance. En 2005, à la suite de son projet Robot-Cam, la police affirmait que les caméras avaient permis de diminuer le trafic de drogue et qu'il s'agissait du meilleur outil de prévention des crimes.

Le Service de police avait toutefois subi un sérieux revers de la part de la Commission d'accès à l'information du Québec, qui affirmait que le SPVM n'avait pas fourni la preuve de l'utilité des caméras. De plus, la Commission dénonçait le fait que les règles d'utilisation de ces caméras n'avaient pas été suivies.

D'autres caméras partout

Si la police de Montréal n'installe pas ses propres caméras, elle compte tout de même compter sur les milliers d'appareils détenus par des citoyens pour recueillir des preuves lors de ses enquêtes. « Des caméras en 2016, il y en a partout, que ce soit des caméras portatives que les gens ont via les cellulaires ou des caméras de surveillance dans n'importe quel commerce », mentionne le commandant Durocher.

La Société de transport de Montréal et l'Office municipal d'habitation possèdent chacun plus d'un millier de caméras. Le Service de police de la Ville de Montréal testera dans les prochains mois le port de caméras corporelles.

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