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12/05/2016 05:05 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

L'accord UE-Turquie sur les visas menacé

L'accord entre l'UE et la Turquie prévoyant une exemption de visa pour les Turcs, négocié dans le cadre du pacte sur les migrants, ne tenait plus qu'à un fil, le président turc Erdogan rejetant une condition exigée par Bruxelles.

Droit dans ses bottes, Recep Tayyip Erdogan a vivement critiqué jeudi l'"hypocrisie" de l'Union européenne (UE), qui demande à la Turquie de modifier sa loi antiterroriste, jugée trop large et pas en ligne avec les normes de démocratie européennes, en échange d'une exemption de visa pour ses citoyens voulant se rendre dans l'espace Schengen.

"Depuis quand dirigez-vous ce pays, qui vous en a donné le droit?", a-t-il déclaré à l'endroit de l'UE lors d'un discours à Ankara, jugeant inacceptable un assouplissement de la législation antiterroriste en Turquie, pays confronté à la reprise de la rébellion kurde depuis l'été dernier et voisin de la Syrie.

"Ceux qui veulent ce droit (de combattre le terrorisme) pour eux-mêmes mais considèrent que c'est un luxe pour autrui, laissez-moi le dire clairement, agissent avec hypocrisie", a-t-il lancé.

Au même moment, à Berlin, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a prévenu la Turquie qu'elle ne pourrait pas obtenir d'exemption de visa si les 72 critères prévus, dont une modification de cette législation controversée, n'étaient pas remplis.

"Nous attachons de l'importance à ce que les conditions prévues soient remplies, sinon cet accord ne verra pas le jour", a dit M. Juncker, suggérant ainsi que les négociations n'avanceraient pas tant que les 72 conditions ne seraient pas respectées.

Ces tensions menacent par ricochet l'accord migratoire conclu en mars entre l'UE et Ankara, dont l'exemption de visa d'ici fin juin est une condition pour continuer d'appliquer ce pacte visant à juguler le flux de migrants vers l'Europe.

- 'Pas mon problème' -

L'exécutif européen a ouvert la voie le 4 mai à l'exemption de visas, mais a assorti son avis favorable de réserves, estimant qu'Ankara devait encore remplir cinq critères.

"Si la stratégie de M. Erdogan consiste à empêcher que les Turcs puissent voyager librement en Europe il doit en répondre devant le peuple turc. Ce n'est pas mon problème, cela sera son problème", a dit M. Juncker.

L'Allemagne, au coeur des négociations avec la Turquie ayant abouti à l'accord sur les migrants, a également pressé Ankara de remplir toutes les conditions. "Il ne peut y avoir de +Lex Turquie+ (une loi spéciale pour la Turquie, ndlr). Si le président turc ne veut ou ne peut pas les appliquer, on ne pourra pas accorder l'exemption de visa", a déclaré le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel.

La Turquie affirme qu'il n'est pas question d'assouplir ses lois antiterroristes au moment où elle lutte contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le groupe Etat islamique (EI). Les Européens, eux, craignent que la loi turque soit utilisée pour restreindre la liberté d'expression et de la presse, déjà fortement bousculées sous M. Erdogan.

Le débat autour de la loi antiterroriste turque fait tanguer l'accord sur les migrants, qui traverse "un moment très dangereux", a mis en garde mercredi en déplacement à Strasbourg le ministre turc chargé des Affaires européennes, Volkan Bozkir.

Cet accord, par lequel la Turquie a notamment accepté le retour sur son sol de tous les migrants entrés illégalement en Grèce depuis le 20 mars, prévoit une aide de six milliards d'euros à Ankara et le déblocage des négociations d'adhésion du pays à l'UE.

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, artisan de l'accord côté turc, a annoncé son retrait prochain, ouvrant la voie à un renforcement du pouvoir de M. Erdogan, régulièrement critique envers l'UE.

"Dans la période qui s'ouvre devant nous, soit nous développerons nos relations avec l'UE (...), soit nous nous trouverons une nouvelle voie", a déclaré jeudi M. Erdogan. "Nous préférons construire une nouvelle Turquie avec nos amis européens", a-t-il ajouté, "nous attendons maintenant (leur) décision".

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