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12/05/2016 07:02 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

Guinée-Bissau: le président Vaz limoge son gouvernement et renvoie la balle au parti au pouvoir

Le président bissau-guinéen José Mario Vaz a relevé jeudi de ses fonctions son gouvernement, renvoyant la balle au parti au pouvoir, auquel il a demandé de lui proposer une nouvelle équipe pour sortir de la crise politique.

Comme il l'avait indiqué en début de semaine aux acteurs politiques et à des diplomates, M. Vaz a préféré démettre le gouvernement plutôt que de dissoudre le Parlement - où le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée du Cap-Vert (PAIGC, au pouvoir) a perdu la majorité absolue - et de convoquer des élections anticipées.

La Guinée-Bissau traverse des turbulences politiques depuis la destitution en août 2015 par le président de son Premier ministre Domingos Simoes Pereira, chef du PAIGC, une décision rejetée par le parti. D'après leurs entourages, les deux hommes ne s'entendaient pas sur la direction du pays, notamment au sujet de la corruption.

Pendant des années, l'instabilité politique et la pauvreté ont facilité l'implantation de narcotrafiquants dans le pays, sous la protection présumée de hauts responsables de l'armée.

Les tensions à la tête du pays inquiètent la communauté internationale, qui a salué le retour progressif à la légalité constitutionnelle depuis l'élection de M. Vaz en mai 2014 dans cette ex-colonie portugaise d'Afrique de l'Ouest jusqu'alors en proie à une instabilité chronique, avec des tentatives de coup d'Etat militaires à répétition.

"J'ai pris une décision qui responsabilise les partis politiques en leur donnant l'occasion de prouver qu'ils placent l'intérêt supérieur de la Nation et du peuple au-dessus de leurs intérêts personnels ou de groupe ou de parti", a déclaré jeudi le chef de l'Etat dans une allocution.

"Il reviendra au parti qui a remporté les élections législatives la responsabilité de proposer un gouvernement capable de mériter la confiance de la majorité parlementaire", a-t-il dit, en référence au PAIGC.

"La meilleure solution est la formation d'un gouvernement qui reflète les sentiments majoritaires du peuple, représentés au Parlement, et capable de gouverner dans des conditions de stabilité", a-t-il ajouté, laissant entendre qu'il souhaitait une ouverture au-delà du PAIGC et de ses alliés traditionnels.

Selon les analystes politiques, le chef de l'Etat, relativement isolé au sein du parti au pouvoir dominé par son ex-Premier ministre, cherche à asseoir son influence en élargissant la majorité parlementaire.

Le PAIGC a entamé une réunion pour décider des suites à donner à cette annonce. Les ministères ont été placés sous le contrôle des forces de sécurité, selon des témoins et des sources de sécurité.

- 'Problèmes de discipline des partis' -

Le chef de l'Etat a expliqué avoir choisi entre trois options pour surmonter la crise: un remaniement en profondeur du gouvernement dirigé depuis septembre 2015 par Carlos Correia, un vétéran du PAIGC, la formation d'un nouveau gouvernement, ou des élections anticipées, comme le lui recommandait M. Pereira.

"Puisque la crise a été transférée délibérément à l'Assemblée par le président lui-même, nous lui avons demandé de dissoudre plutôt le Parlement et de maintenir le gouvernement actuel en place", jusqu'au scrutin, avait déclaré mardi le chef du PAIGC.

M. Vaz lui a répondu dans son allocution, estimant que "les élections législatives anticipées ne sont pas un moyen adéquat pour résoudre les problèmes de discipline, de cohésion et d'unité interne des partis politiques".

La crise, qui était arrivée jusqu'à la Cour suprême, avait semblé se régler avec la nomination en septembre de M. Correia, sur proposition du PAIGC.

Mais elle s'est rallumée lors de l'échec de la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre en décembre, en raison de l'abstention de 15 députés frondeurs, qui ont depuis été exclus du parti, désormais privé de majorité parlementaire.

Depuis, la lutte entre les deux camps perturbe le travail du gouvernement et du Parlement, en dépit de plusieurs tentatives de médiation, y compris internationales.

Lors d'une visite dans le pays en mars, les représentants des Etats membres du Conseil de sécurité de l'ONU avaient appelé à rétablir le fonctionnement normal des institutions.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a annoncé le 5 mai la nomination de l'ancien ministre malien Modibo Touré, précédemment conseiller de l'envoyé spécial pour la région des Grands Lacs, comme son représentant spécial en Guinée-Bissau, pour succéder à Miguel Trovoada, ex-président de Sao Tomé-et-Principe.

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