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12/05/2016 01:39 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

France: le pouvoir socialiste visé par une motion de censure et la colère de la rue

Motion de censure de la droite et manifestations jeudi dans les rues: à l'approche de la présidentielle de 2017, le pouvoir socialiste français a renforcé son impopularité en imposant une réforme du droit du travail rejetée par une partie de son camp.

Faute de majorité, le gouvernement a dégainé mardi l'article 49-3 de la Constitution qui lui permet d'engager sa responsabilité et de faire adopter son texte sans le vote des députés. L'opposition de droite a aussitôt déposé une motion de censure, soumise au vote ce jeudi.

288 députés doivent l'approuver pour faire tomber le gouvernement, une perspective peu probable, les "frondeurs" socialistes et les élus écologistes ayant annoncé ne pas vouloir se joindre à la droite.

Jugé trop libéral par ses détracteurs, le projet de loi "doit être défendu, regardé comme un texte de progrès", s'est justifié jeudi matin l'impopulaire président François Hollande.

"Il doit être aussi conçu pour les salariés comme pour les chefs d'entreprise. Moi, je ne veux pas les opposer", a ajouté le chef de l'Etat, dont le virage social-libéral à mi-mandat ne passe pas auprès d'une partie de sa majorité, tout comme le virage sécuritaire amorcé après les attentats de novembre à Paris (130 morts).

Présenté comme la dernière grande réforme de son quinquennat, le projet de loi sur le droit du travail est contesté depuis deux mois dans la rue. La mobilisation a connu un pic le 31 mars avec 390.000 manifestants dans toute la France. Depuis les cortèges se sont réduits et radicalisés, avec plusieurs incidents violents faisant des blessés.

De nouvelles mobilisations syndicales sont annoncées pour les 17 et 19 mai. Jeudi matin, quelques lycées étaient bloqués à Paris et des rassemblements dans l'ouest de la France ont entraîné des perturbations sur le réseau routier à Nantes ou les bus à Rennes. D'autres manifestations sont attendues dans la journée.

La réforme vise, selon le gouvernement, à donner plus de souplesse aux entreprises pour lutter contre un chômage endémique (plus de 10%). Mais les députés "frondeurs", des syndicats de salariés et de jeunes, l'accusent d'aggraver la précarité.

- 'Trop loin' -

L'opposition de droite trouve, elle, la réforme trop timide. Minoritaire à l'Assemblée, elle entend par sa motion de censure dénoncer "l'impasse dans laquelle (le président) François Hollande a mené (le) pays".

Face à elle, la majorité est éclatée: les détracteurs du texte à gauche ont essayé de déposer leur propre motion de censure, n'échouant qu'à deux voix près. "Je souhaite qu'on change de gouvernement, de Premier ministre", a expliqué jeudi le chef de file des socialistes frondeurs, Christian Paul.

"C'est allé trop loin", a réagi le ministre Jean-Marie Le Guen, un proche de François Hollande, appelant à mots couverts à des représailles contre les insoumis.

Malgré ces divisions, le Premier ministre Manuel Valls reste confiant: il a dit "ne pas craindre" que son gouvernement puisse être renversé.

Ce psychodrame à gauche n'est que le dernier d'une longue série après les déchirements en 2015 autour d'une réforme portée par le ministre de l'Economie Emmanuel Macron (déjà conclue par l'arme du 49-3) puis le projet - avorté - d'étendre la déchéance de nationalité à tous les auteurs d'actes terroristes.

Signe de la fébrilité du gouvernement, il est revenu à la dernière minute sur l'une des mesures les plus controversées du projet. Les groupes souhaitant procéder à des licenciements économiques ne pourront pas arguer de difficultés dans leurs seules filiales françaises, comme initialement prévu. Les syndicats craignaient que certaines entreprises, bénéficiaires dans d'autres pays, organisent un déficit en France pour pouvoir licencier.

En revanche, comme souhaité par le patronat, l'aménagement du temps de travail pourra être négocié au sein de l'entreprise et non plus seulement au niveau de la branche professionnelle. Mais, à ce niveau "il n'y aura pas de mise en cause des principes fondamentaux du droit du travail. Ce serait inacceptable", a assuré le président Hollande.

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