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12/05/2016 06:58 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

France: le pouvoir socialiste en passe d'échapper à la censure mais pas à son affaiblissement

Le pouvoir socialiste français, de nouveau malmené jeudi dans la rue, devait surmonter en fin d'après-midi une motion de censure et imposer sa réforme du droit du travail, même s'il en sort très affaibli à un an de la présidentielle.

Pour la cinquième fois en deux mois, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans tout le pays contre le texte, présenté comme la dernière grande réforme du quinquennat de François Hollande mais que ses détracteurs jugent trop libéral.

"Dictature présidentielle", "sociaux-traîtres dehors", "gouvernement tu n'es pas le roi", pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants.

Malgré l'important dispositif policier, des violences ont de nouveau éclaté à Paris, où des jeunes cagoulés s'en sont brièvement pris aux manifestants. Au Havre (ouest), le local du Parti socialiste a été saccagé.

L'Assemblée nationale est appelée à un vote en fin de journée sur la motion de censure déposée par l'opposition de droite après la décision du gouvernement, sans majorité suffisante, de passer en force sans soumettre son projet à l'approbation des députés.

Pour cela, il a dégainé mardi l'article 49-3 de la Constitution qui lui permet d'engager sa responsabilité et de faire adopter automatiquement un texte sous la condition qu'une éventuelle motion de censure échoue.

Ce qui devrait être le cas, les opposants ne réunissant pas les 288 voix nécessaires pour une chute du gouvernement. Les socialistes et écologistes contre la réforme ont annoncé ne pas vouloir voter avec la droite.

Ce qui ne les empêche pas de vouloir un changement de pouvoir: fait inédit depuis l'arrivée au pouvoir en 2012 de François Hollande, des députés de gauche, dont une trentaine de socialistes et quatre anciens ministres, ont essayé de déposer leur propre motion de censure, n'échouant qu'à deux voix près.

"Je souhaite qu'on change de gouvernement, de Premier ministre", a expliqué le chef de file des socialistes frondeurs, Christian Paul, évoquant le "naufrage politique" de l'exécutif.

"C'est allé trop loin", a réagi le ministre Jean-Marie Le Guen, un proche de François Hollande, appelant à mots couverts à des sanctions contre "des parlementaires qui font de la flibuste". "Le spectacle offert aujourd'hui par la gauche est attristant", a renchéri l'ex-ministre socialiste Jack Lang, "pris de nausée" face au spectacle de ces politiques qui "s'entredéchirent".

- 'Ombre de lui-même' -

La rébellion d'une partie de la gauche date du virage social-libéral du président opéré en janvier 2014. Elle s'est accentuée lors de son virage sécuritaire déclenché après les attentats jihadistes meurtriers de 2015.

Les insurgés avaient déjà donné de la voix contre une réforme portée par le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, forçant le gouvernement à faire usage une première fois de l'arme du 49-3 à l'été 2015. En début d'année, ils ont fait échouer - avec d'autres - une réforme de la Constitution visant à élargir la déchéance de la nationalité à tous les auteurs d'actes terroristes.

Leur dernier combat porte sur la réforme du droit du travail, vivement contestée dans la rue depuis plus de deux mois. La mobilisation a connu un pic le 31 mars avec 390.000 manifestants dans toute la France. Depuis les cortèges se sont réduits et radicalisés, avec plusieurs incidents violents et des blessés.

La réforme vise, selon le gouvernement, à donner plus de souplesse aux entreprises pour lutter contre un chômage endémique (plus de 10%). Le projet de loi "doit être défendu, regardé comme un texte de progrès", a encore martelé jeudi François Hollande.

La droite, qui avait salué la première mouture du texte, juge qu'il est devenu "l'ombre de lui-même" au gré des modifications apportées par l'exécutif pour tenter de calmer la fronde.

Si ces modifications ont satisfait les syndicats réformateurs, elles n'ont pas apaisé les centrales contestataires, ni les mouvements de jeunes ou l'aile gauche du PS. Pour eux, elle reste trop favorable aux entreprises et risque d'accroître al précarité des salariés.

Les centrales contestataires ne désarment pas. De nouvelles mobilisations syndicales sont annoncées les 17 et 19 mai.

bur-chp/prh/abk