NOUVELLES
12/05/2016 10:56 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

France : le gouvernement socialiste affaibli échappe à la censure, impose sa réforme du travail

Le pouvoir socialiste français a réussi jeudi à imposer sa réforme du droit du travail, échappant à une motion de censure de la droite, mais sort très affaibli d'une confrontation qui va se poursuivre dans la rue et avec les "frondeurs" de son camp.

La motion n'a pas réuni une majorité suffisante (246 voix contre 288 nécessaires). Son rejet signifie l'adoption en première lecture du projet de loi réformant le code du Travail, qui doit désormais être examiné au Sénat.

La réforme vise, assure le gouvernement, à donner plus de souplesse aux entreprises pour lutter contre un chômage endémique (plus de 10%). Le projet de loi "doit être défendu, regardé comme un texte de progrès", a martelé le président François Hollande.

La droite, qui avait salué la première mouture du texte, juge qu'il est devenu "l'ombre de lui-même" au gré des modifications apportées par l'exécutif pour tenter de calmer la fronde de socialistes.

Dans la rue, les opposants à la réforme ne désarment pas. Au troisième mois de manifestations à répétition, quelque 55.000 personnes, selon la police, ont encore manifesté jeudi dans toute la France pour demander son retrait. "Dictature présidentielle !", "Sociaux-traîtres dehors !", "Gouvernement tu n'es pas le roi !", pouvait-on lire sur les pancartes.

Les cortèges étaient plus clairsemés que les fois précédentes, avec environ 12.000 personnes à Paris, d'après la police, et des violences se sont à nouveau produites. Au total, 73 personnes ont été interpellées.

Dans la capitale, des jeunes encagoulés ont jeté des pavés sur les manifestants et s'en sont pris au service d'ordre des manifestations. Treize syndicalistes ont été blessés, ont dit leurs organisations.

Dans l'ouest, un local du Parti socialiste a été saccagé au Havre et un bâtiment administratif investi à Caen. A Nantes, des manifestants ont bloqué des voies ferrées et la gare a été vandalisée. Des incidents similaires ont eu lieu à Lille, dans le nord, où cinq personnes au moins ont été blessées.

- Nouvelles manifestations attendues -

Si les modifications apportées au texte par le gouvernement ont satisfait les syndicats réformateurs, elles n'ont pas apaisé les centrales contestataires, ni les mouvements de jeunes ou l'aile gauche du Parti socialiste. Pour eux, elle reste trop favorable aux entreprises et risque d'accroître la précarité.

Les syndicats contestataires ont annoncé de nouvelles mobilisations, les 17 et 19 mai. Les manifestations ont connu un pic le 31 mars avec 390.000 manifestants dans toute la France. Depuis, les cortèges se sont réduits et radicalisés, avec plusieurs incidents violents et des blessés.

A l'Assemblée nationale, le Premier ministre a fustigé les députés socialistes "frondeurs" qui avaient été jusqu'à vouloir la veille déposer leur propre motion de censure, un acte sans précédent depuis l'arrivée au pouvoir de François Hollande en 2012.

Cette "démarche aventureuse" conduit ses auteurs "dans l'impasse !", "Je ne laisserai pas détruire la gauche de gouvernement, la social-démocratie française", a lancé Manuel Valls à l'adresse des "frondeurs".

Seules deux voix ont manqué pour le dépôt d'une motion de censure de la gauche, sur laquelle figuraient les noms de quatre anciens ministres de François Hollande. Evoquant "le naufrage politique" de l'exécutif, le chef de file des socialistes "frondeurs", Christian Paul, a ouvertement souhaité la chute du gouvernement.

La rébellion d'une partie de la gauche date du virage social-libéral opéré par le président en janvier 2014. Elle s'est accentuée au moment du renforcement des mesures sécuritaires à la suite des attentats jihadistes meurtriers de 2015.

Les insurgés avaient déjà donné de la voix contre une réforme portée par le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, forçant le gouvernement à faire usage une première fois, à l'été 2015, de l'arme de l'article 49-3 de la Constitution, qui consiste, comme il vient à nouveau de le faire, à engager la responsabilité du gouvernement pour faire adopter des textes de loi. En début d'année, ils avaient fait échouer - avec d'autres - une révision de la Constitution destinée à permettre de déchoir de la nationalité française tous les auteurs d'actes terroristes.

bur-chp/prh/mw/bds