NOUVELLES
12/05/2016 07:30 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

Écartée du pouvoir au Brésil, Dilma Rousseff entend se battre

La présidente brésilienne Dilma Rousseff promet de se lutter contre la procédure de destitution dont elle fait l'objet et qui la prive déjà de ses fonctions. « Je ne démissionnerai pas, cela ne m'a jamais traversé l'esprit », a-t-elle déclaré jeudi.

La présidente, désormais suspendue, a réitéré devant des dizaines de ses partisans réunis que la procédure d'« impeachment » était « frauduleuse ». Elle a précisé que la procédure s'apparentait à un coup d'État et elle s'est présentée en victime d'une grande injustice.

Sans surprise, Mme Rousseff a été suspendue par le Sénat qui a voté en faveur de l'ouverture d'un procès en destitution. Les Sénateurs ont massivement voté (56 des 81 sénateurs) pour sa mise en accusation. Elle est accusée d'avoir maquillé les comptes publics pour faciliter sa réélection en 2014.

Au terme de ce procès en destitution, les sénateurs devront voter à une majorité des deux tiers, soit 54 voix sur 81, pour officialiser la mise à l'écart définitive de Dilma Rousseff. Dans cette éventualité, c'est Michel Temer, membre du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), qui assurerait la présidence jusqu'à la fin de son mandat, le 31 décembre 2018.

Âgé de 75 ans, centriste, spécialiste de droit constitutionnel qui a passé des décennies au Congrès, Michel Temer devrait annoncer dès jeudi après-midi la composition de son gouvernement. Il promet des politiques favorables aux marchés afin de réduire le déficit budgétaire et l'inflation.

Henrique Meirelles, ancien président de la banque centrale, sera notamment nommé aux Finances, selon un de ses conseillers.

L'opposition reproche à Dilma Rousseff d'avoir ruiné une économie qui a été l'une des plus performantes des pays en développement en mettant en oeuvre des mesures qualifiées de populistes qui se sont traduites par une envolée de l'inflation, une entrée en récession et une explosion du chômage.

« Aujourd'hui, nous essayons de surmonter cette situation en révoquant ce gouvernement irresponsable. Nous n'avons pas d'autre option », a déclaré le sénateur Blairo Maggi, l'un des plus gros producteurs brésiliens de soja. Ce dernier devrait siéger au sein du gouvernement Temer à titre de ministre de l'Agriculture.

« La destitution est une tragédie pour ce pays, c'est un traitement douloureux mais nécessaire, et continuer avec le gouvernement Rousseff serait une tragédie encore plus grande », a renchéri le sénateur José Serra. Il est pressenti pour occuper le poste de ministre des Affaires étrangères.

La présidente a également souffert des multiples scandales de corruption qui éclaboussent depuis des années une grande partie de la classe politique brésilienne.

Au coeur de ces scandales figure la tentaculaire affaire Petrobras, du nom du géant pétrolier brésilien que Dilma Rousseff a dirigé avant son élection.

La chef de l'État n'est pas accusée de corruption, Michel Temer non plus, contrairement à certains de ses alliés et collègues au sein du PMDB. Le parquet souligne qu'il est loin d'avoir terminé son enquête.

Le bureau de Dilma Roussef débarrassées de ses affaires

À l'extérieur du Sénat, protégé par une clôture métallique pour séparer les manifestants, près de 6000 partisans de la destitution se sont réunis pour exprimer leur joie, pendant que la police utilisait des gaz lacrymogènes pour disperser ceux en soutien à la présidente.

Dilma Rousseff a fait connaître son intention de dissoudre le gouvernement dès sa destitution approuvée et a donné des instructions pour ne pas faciliter la transition, car elle considère sa suspension comme illégale.

Son gouvernement s'est tourné vers la Cour suprême pour contester la procédure, mais son recours a été rejeté mercredi.

Première femme élue à la tête de la première puissance économique d'Amérique latine, en 2010, Dilma Rousseff, 68 ans, a dénoncé à de multiples reprises un « coup d'État », s'est montrée combative jusqu'au dernier moment, mais la situation économique déplorable du pays conjuguée à la multiplication des scandales politico-financiers a précipité sa chute.

Les sondages d'opinion montrent qu'une écrasante majorité de Brésiliens souhaitaient que Dilma Rousseff soit destituée, mais Michel Temer ne jouit pas non plus d'une immense popularité.

Même si les partisans de l'opposition ont fait la fête sur l'avenue Paulista, l'avenue centrale de Sao Paulo, la plus grande ville du pays, beaucoup de Brésiliens s'inquiètent de la fin des plus de treize années au pouvoir du Parti des travailleurs, une époque ouverte avec l'élection en 2002 de Luiz Inácio Lula da Silva, mentor de Dilma Rousseff.