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12/05/2016 05:15 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

Donald Trump à Washington pour faire la paix avec l'appareil républicain

Le candidat républicain à la Maison Blanche, Donald Trump, est arrivé jeudi à Washington pour y rencontrer les chefs du parti qui traînent des pieds pour le soutenir à la présidentielle, au terme de primaires dont les plaies restent béantes.

Le cortège du milliardaire est arrivé en avance, peu avant 9H00 (13H00 GMT), au siège du parti républicain, immeuble à deux pas du Capitole qui était cerné de dizaines de caméras et de journalistes, et où il avait rendez-vous avec Paul Ryan, le président de la Chambre des représentants. Donald Trump a salué la presse, sans faire de déclaration.

Profitant de cet événement politico-médiatique, une douzaine de manifestants arpentaient les alentours de l'immeuble, agitant des pancartes telles que "Trump est raciste". "Le parti républicain a laissé un homme sans valeur, sans dignité, sans morale" prendre le contrôle, dit Denis Rodriguez, 18 ans, originaire du Honduras.

Donald Trump ne cherche pas simplement à obtenir une jolie photo de famille. Les divergences sont profondes et les enjeux immenses, à la fois financiers, le parti devant lever des centaines de millions de dollars, et politiques, les républicains craignant de perdre leur majorité au Congrès en novembre.

Paul Ryan, un quadragénaire conservateur qui a entrepris en octobre de moderniser l'image du parti républicain, a surpris le monde politique en déclarant la semaine dernière qu'il n'était pas prêt en l'état à soutenir Donald Trump, une annonce d'autant plus fracassante qu'il présidera la convention d'investiture de Cleveland, du 18 au 21 juillet.

Donald Trump devait aussi rencontrer jeudi Reince Priebus, président de l'instance nationale du parti républicain (RNC), et Mitch McConnell, chef de la majorité républicaine du Sénat. Les deux soutiennent formellement Donald Trump.

"J'ai beaucoup de respect pour Paul, nous aurons une très bonne réunion", avait dit Donald Trump mardi sur Fox News, en soulignant sa légitimité. "L'important est que personne, dans l'histoire du parti républicain, n'a eu autant de voix que moi aux primaires".

Mais la réconciliation prendra du temps, tant les divergences sont profondes. En décembre, quand Donald Trump avait proposé de fermer les frontières aux musulmans, Paul Ryan l'avait fermement condamné. "Ce n'est pas ça, le conservatisme", avait-il dit.

"Après des primaires très difficiles qui ne se sont terminées que la semaine dernière, prétendre que nous sommes unifiés sans vraiment l'être nous conduirait à faire campagne à l'automne en demi-teinte", a expliqué Paul Ryan mercredi, en s'engageant à travailler au rassemblement. "Cette élection est trop importante pour que nous y allions en demi-teinte".

- Reagan 1980 -

A ce stade, la perspective d'un candidat dissident à la présidentielle pour sauver l'honneur conservateur s'estompe, les chefs républicains estimant qu'il y aurait plus à perdre en continuant à diviser le parti qu'en s'accommodant de Donald Trump, quitte à le faire seulement pour la forme.

Le problème de responsables comme Mitch McConnell est urgent: comment sauver les meubles et conserver la courte majorité républicaine au Sénat ? Depuis des mois, l'homme fort du Sénat disait espérer que le candidat présidentiel serait consensuel afin de produire un effet d'entraînement sur les candidats sénatoriaux, qui apparaîtront sur les mêmes bulletins de vote le 8 novembre. Clairement déçu par la victoire de Donald Trump, Mitch McConnell fait contre mauvaise fortune bon coeur.

"La plupart de mes collègues estiment qu'il a gagné à l'ancienne", a dit le cacique mardi. "Nous savons que Hillary Clinton représenterait quatre années supplémentaires de Barack Obama. Cela suffira à unifier les républicains".

Mais la réticence de Paul Ryan agace les élus pro-Trump. Un groupe d'entre eux a rencontré le "Speaker" mercredi pour lui demander de se ranger derrière le milliardaire.

Beaucoup dédramatisaient aussi la situation. Après tout, disent-ils en substance, le parti a plus de deux mois pour préparer la convention, et la présidentielle est distante de six mois.

"Je ne comprends pas tout ce brouhaha, une semaine après qu'un candidat a remporté l'investiture. En politique, les choses finissent toujours par s'arranger", a philosophé cette semaine le sénateur de l'Iowa Chuck Grassley, 82 ans, élu au Sénat en 1980, en même temps que le président républicain Ronald Reagan. "Souvenez-vous, tout le monde pensait que Reagan nous conduirait à la défaite".

ico/vog