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12/05/2016 02:20 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

Dilma Rousseff, l'ex-guerillera écartée de la présidence

Dilma Rousseff a survécu à la torture sous la dictature. Quatre décennies plus tard, la première femme présidente du Brésil vient, à 68 ans, d'être écartée du pouvoir, victime selon elle d'un "coup d'Etat parlementaire".

Jeudi matin, les sénateurs l'ont suspendue pendant six mois maximum, en votant à la majorité simple l'ouverture d'un humiliant procès en destitution pour maquillage des comptes publics.

La jeune guerillera marxiste, qui défiait ses juges du regard il y a 45 ans, sera remplacée dans la journée par son vice-président Michel Temer, ancien allié devenu rival, dans l'attente du jugement final des sénateurs, et probablement jusqu'en 2018.

"Le dernier jour de mon mandat est le 31 décembre 2018", avait-elle martelé mardi de sa forte voix rauque, se disant victime d'un "coup d'Etat" des temps modernes, "sans armes et sans baïonnettes".

- 'Papesse de la subversion' -

"Je vais lutter de toutes mes forces en utilisant tous les moyens légaux, tous les moyens de combat", a-t-elle lancé à des milliers de sympathisants galvanisés, fidèle à sa trajectoire.

Née à Belo Horizonte (sud-est) d'un immigrant bulgare et d'une mère professeure avec qui elle vit à Brasilia, "Dilma" est entrée dans l'Histoire en 2011, en devenant la première femme élue présidente du Brésil.

Elle risque à présent fort d'y rejoindre Fernando Collor de Mello, qui avait démissionné en 1992 juste avant sa destitution pour corruption.

Emprisonnée et torturée pendant trois ans sous la dictature militaire (1964-85), l'impopulaire présidente de gauche est de retour sur le banc des accusés.

Cette fois, pas comme "papesse de la subversion". Mais pour avoir, selon l'opposition, maquillé les comptes publics du Brésil pour se faire réélire en 2014, ainsi qu'en 2015.

Un prétexte répond-elle, se disant victime d'une "tentative d'élection indirecte déguisée en impeachment" émanant d'adversaires incapables de se faire élire à la présidence.

Premier visé : son vice-président Michel Temer, le "traître", le "chef de la conspiration".

- Triple crise -

Au début de son premier mandat, Dilma Rousseff affichait une popularité de 77%.

Les Brésiliens avaient appris à apprécier la poigne de cette femme un peu boulotte, à l'éternel toupet permanenté.

Elle se lève tous les matins à 06H00 pour 50 minutes d'exercice à vélo dans Brasilia. En complément du régime qui l'a faite fondre de vingt kilos en un an, ou pour évacuer la pression ?

Cette technocrate inconnue ayant fait ses armes dans des administrations à Porto Alegre avait été propulsée au pouvoir par son mentor, le président-ouvrier Luiz Inacio Lula da Silva, héros du miracle socio-économique brésilien des années 2000.

Réélue de justesse en novembre 2014, Mme Rousseff a vu sa popularité s'effondrer en quelques mois à un plancher historique de 10%. Plus de 60% des Brésiliens souhaitent désormais son départ.

Depuis sa réélection accrochée en 2014, elle tangue au milieu de trois tempêtes redoutables qui s'auto-enveniment : crise politique, récession économique, scandale de corruption Petrobras.

- Dans un bunker -

Lula l'avait repérée, "avec sa petite machine à écrire", pour sa rigueur gestionnaire. Il en avait fait sa ministre des Mines et de l'Energie, sa chef de cabinet. Puis son héritière, après qu'un premier scandale de corruption avait décapité son Parti des travailleurs (PT).

Elle n'avait jamais été élue auparavant à aucun mandat. Ses adversaires parlent d'"accident présidentiel".

Piètre oratrice, autoritaire, réprimandant ses ministres en public, affichant un souverain mépris envers un parlement où elle devait pourtant composer avec une coalition hétéroclite, elle s'est isolée à la présidence comme dans un bunker.

Elle s'est coupée du pilier de sa coalition, le PMDB de son vice-président Michel Temer, qui lui a reproché de le traiter en "vice-président décoratif".

- 'Complaisante ou incompétente' -

Médiocre politicienne, elle devait briller sur l'économie. Mais alors que la croissance brésilienne ralentissait dangereusement au milieu de son premier mandat, elle s'est entêtée dans une politique anti-cyclique coûteuse.

Déficits, dette et inflation ont déraillé avant même le choc de l'effondrement du prix des matières premières.

Pendant sa campagne de 2014, Mme Rousseff jurait pourtant que "tout était sous contrôle".

Sitôt réélue, elle a aussitôt nommé le banquier Joaquim Levy pour tailler drastiquement dans les dépenses publiques, reniant tous ses engagements de campagne, et s'aliénant ainsi une grande partie de l'électorat de gauche.

Elle n'a jamais été soupçonnée personnellement de corruption. Un ovni dans la politique brésilienne. Mais le scandale Petrobras éclabousse de plein fouet son parti, et même Lula.

"Elle était au courant de tout et en a bénéficié directement pour le financement de ses campagnes", a accusé le sénateur PT Delcidio do Amaral, inculpé dans le dossier.

Mme Rousseff jure n'avoir rien vu, rien entendu. Même quand elle était ministre de l'Énergie et présidente du conseil d'administration de Petrobras sous Lula ?

"Vous avez été soit complaisante, soit incompétente", lui avait lancé son rival à la présidentielle de 2014, Aecio Neves.

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