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12/05/2016 12:41 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

Crise politique au Brésil: le Sénat destitue la présidente Dilma Rousseff

BRASILIA, Brésil — Le Sénat brésilien a voté tôt jeudi en faveur de la destitution de la présidente Dilma Rousseff, le plus récent chapitre d'une longue crise politique qui a plongé la plus puissante économie d'Amérique latine dans la tourmente à quelques mois seulement de la tenue des Jeux olympiques d'été.

Mme Rousseff a dénoncé un «coup d'État» et ses partisans, furieux, ont menacé d'organiser de vastes grèves et manifestations.

Ses adversaires, en revanche, maintiennent qu'elle a enfreint la loi et que son expulsion du pouvoir permettra de s'attaquer aux problèmes politiques, sociaux et économiques qui touchent le pays.

Cinquante-cinq sénateurs ont voté en faveur de la destitution de la présidente, contre 22 qui se sont rangés derrière elle. Cela signifie que l'ancien allié de Mme Rousseff, le vice-président Michel Temer, devient président intérimaire.

Le Sénat dispose maintenant de 180 jours pour organiser le procès de Mme Rousseff et décider si elle doit être évincée de manière permanente — dans un tel cas, M. Temer assurerait le reste du mandat de Mme Rousseff, jusqu'en décembre 2018.

S'adressant à la nation quelques heures après le vote, la femme de 68 ans a promis de continuer à se battre. Elle a rappelé avoir été torturée à l'époque de la dictature qu'elle combattait et avoir déjà survécu au cancer, avant de déclarer qu'aucune douleur n'est plus brûlante que l'injustice de la destitution.

«J'ai peut-être fait des erreurs, mais je n'ai jamais commis de crimes, a-t-elle dit, ravalant à un moment ses larmes. C'est la chose la plus brutale qui puisse arriver à un être humain, d'être condamné pour un crime dont nous sommes innocents. Il n'y a pas d'injustice plus destructrice.»

La destitution de Mme Rousseff met fin à 13 ans de pouvoir pour le Parti des travailleurs, qui est salué pour avoir extirpé des millions de personnes de la pauvreté mais vilipendé pour le scandale de corruption qui éclabousse le géant pétrolier Petrobras.

Des experts estiment que Mme Rousseff a contribué à son propre malheur avec son attitude hautaine et son apparente réticence à collaborer avec des parlementaires qui auraient pu autrement devenir ses alliés. Mme Rousseff attribue plutôt sa destitution au «sexisme» qui règnerait au sein du Congrès brésilien.

M. Temer, un politicien de 75 ans, a promis de réduire les dépenses et de privatiser plusieurs secteurs publics. Il assemble discrètement son cabinet depuis plusieurs semaines, dans l'éventualité qu'il prenne le pouvoir, et plusieurs partisans de Mme Rousseff lui reprochent d'avoir orchestré l'équivalent d'un coup d'État.

Mme Rousseff est accusée d'avoir trafiqué les finances publiques pour camoufler d'importants déficits budgétaires, ce qui aurait plongé le pays dans sa pire récession des dernières décennies.

Les sondages indiquent que la population brésilienne est largement favorable au départ de Mme Rousseff, mais sceptique quant à ceux qui doivent la remplacer.

Michel Temer est en effet impliqué dans le scandale Petrobras, tout comme le président du Sénat, Renan Calheiros, qui arrive en deuxième place dans la liste des successeurs potentiels. Cette position était auparavant détenue par l'ancien président de la Chambre des députés, Eduardo Cunha, qui a perdu ce privilège en étant suspendu de ses fonctions plus tôt ce mois-ci à cause d'allégations de corruption et d'entrave à la justice.

Dilma Rousseff a nié que les manoeuvres financières de son administration constituaient un crime et a soutenu que la plupart d'entre elles avaient déjà été utilisées par ses prédécesseurs sans que ces derniers ne soient menacés. Elle a souligné que, contrairement à la plupart des personnes pressenties pour la remplacer, elle n'était pas personnellement soupçonnée de corruption.

Elle a ajouté que le processus de destitution équivalait à un coup d'État visant à abolir les programmes sociaux adoptés par le gouvernement du Parti des travailleurs qui ont permis à environ 35 millions de Brésiliens de sortir de la pauvreté.