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12/05/2016 04:21 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

Brésil: Rousseff écartée de la présidence au profit de Temer

Un vote historique a mis fin jeudi à 13 ans de pouvoir de la gauche au Brésil, avec la suspension par le Sénat de la présidente Dilma Rousseff au profit de son vice-président Michel Temer, plongeant le géant d'Amérique du sud dans l'inconnu.

Le nouveau président en exercice, âgé de 75 ans, a annoncé qu'il allait dès jeudi "investir les ministres" de son gouvernement, axé sur le redressement économique.

Il s'adressera à la nation dans la journée depuis la présidence, accompagné de son futur ministre des Finances Henrique Mereilles, selon le site d'information UOL.

"La chance de Temer", titrait le quotidien O Estado de Sao Paulo. "Maintenant c'est Lulia!", s'amusait le journal populaire Carioca O Dia en jouant sur l'état-civil complet du vice-président Michel Miguel Elias Temer Lulia et le diminutif du prédécesseur de Mme Rousseff, Lula (2003-2010).

En pleine tourmente, le géant émergent d'Amérique latine tourne la page de 13 ans de gouvernements du Parti des travailleurs (PT), ouverte en 2003 par Luiz Inacio Lula da Silva, qui a présidé au boom socio-économique brésilien des années 2000.

Les sénateurs ont voté à une large majorité de 55 voix (sur 81) l'ouverture formelle d'un procès en destitution de l'impopulaire dirigeante de gauche, accusée de maquillage des comptes publics, au terme d'une session historique entamée mercredi matin.

Mme Rousseff, 68 ans, est donc automatiquement écartée de la présidence pendant un délai maximum de 180 jours, dans l'attente du jugement final des sénateurs où un vote des deux tiers (54 sur 81), seuil déjà dépassé jeudi, sera requis pour prononcer la destitution.

Celui-ci pourrait intervenir en septembre après les jeux Olympiques de Rio de Janeiro (5-21 août) mais avant les élections municipales d'octobre.

C'est le président du Tribunal suprême (STF), Ricardo Lewandowski, qui présidera les débats. Il doit se rendre au Sénat jeudi dès 16H00 (19H00 GMT) pour prendre ses fonctions.

- 'Remède amer mais nécessaire' -

L'opposition de droite accuse la présidente d'avoir dissimulé l'ampleur des déficits publics pour se faire réélire en 2014 ainsi qu'en 2015, via des tours de passe-passe budgétaires. Elle lui reproche aussi d'avoir décrété des dizaines de milliards de dollars de dépenses sans l'aval du Parlement.

Ancienne guérillera torturée sous la dictature (1964-85), Mme Rousseff allègue que tous ses prédécesseurs ont eu recours à cette pratique sans avoir jamais été inquiétés.

Elle se dit victime du "traître" Michel Temer, qui a précipité sa chute en poussant fin mars sa formation, le grand parti centriste du PMDB, à claquer la porte de sa majorité.

La sénatrice Gleisi Hoffmann (PT), ancienne chef de cabinet de Dilma Rousseff, a dénoncé une sanction "disproportionnée": "C'est comme si on voulait sanctionner par la peine de mort une infraction au code de la route".

"La destitution est un remède amer mais nécessaire", a jugé le sénateur José Serra (PSDB, centre-droit) qui pourrait être nommé ministre des Affaires étrangères.

Pour Aecio Neves, un des leaders de l'opposition et candidat malheureux au second tour de la présidentielle en 2014, le vote des deux tiers déjà atteint représente "un signal positif pour le nouveau gouvernement, qui prend ses fonctions avec la perspective qu'il ne sera pas seulement un gouvernement temporaire mais qu'il devra conclure le mandat de la présidente".

Le Tribunal suprême a par ailleurs autorisé ce jeudi l'ouverture d'une enquête pour corruption à l'encontre de M. Neves.

Mme Rousseff s'exprimera vers 10H00 locales (13H00 GMT) avant de quitter le palais du Planalto, a indiqué à l'AFP le PT, qui a convoqué élus et militants devant le siège de la présidence, sous le mot d'ordre "Nous n'acceptons pas un gouvernement illégitime".

- Temer aussi impopulaire -

Mme Rousseff devrait rejoindre ensuite sa résidence officielle de l'Alvorada, où elle continuera de vivre avec sa mère pendant la durée du procès. Elle conservera son salaire et ses gardes du corps.

Son remplaçant, homme d'appareil sans charisme, est tout aussi impopulaire qu'elle. Une majorité de Brésiliens souhaitent le départ de M. Temer et des élections anticipées, non prévues par la Constitution.

Il va hériter du cocktail explosif qui a conduit droit dans le mur Mme Rousseff: la pire récession depuis les années 1930 et l'énorme scandale de corruption Petrobras, aux développements judiciaires imprévisibles, qui éclabousse son propre parti au plus haut niveau.

Il pourra compter dans un premier temps sur le soutien des milieux d'affaires qui espèrent un choc de confiance, et sur celui, prudent, des partis de droite ayant oeuvré à la destitution de Mme Rousseff.

M. Temer prépare un paquet de mesures libérales qui pourraient en outre jeter les syndicats dans la rue: ajustement budgétaire sévère, réforme du système déficitaire des retraites et de la législation du travail.

"Il va hériter en grande partie de l'insatisfaction des Brésiliens contre la politique traditionnelle qu'il incarne", souligne Thiago Bottino, analyste à la Fondation Getulio Vargas.

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