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12/05/2016 03:03 EDT | Actualisé 13/05/2017 01:12 EDT

Brésil: Collor, ex-président destitué, vote pour la destitution de la présidente

"L'Histoire m'a réservé ce moment", a déclaré Fernando Collor de Mello, président qui avait enduré une procédure de destitution au début des années 1990 et aujourd'hui sénateur favorable à la même procédure visant Dilma Rousseff.

M. Collor avait démissionné juste avant que le Sénat ne prononce sa destitution en 1992 pour des faits de corruption et le prive de droits politiques pendant huit ans.

Le sénateur de 66 ans s'est exprimé au coeur de la nuit de mercredi à jeudi devant ses pairs dans un discours truffé de références à sa propre expérience, sans toutefois révéler le sens de son vote concernant Mme Rousseff, mise à l'écart pendant 180 jours maximum en attendant son jugement final par le Sénat pour maquillage des comptes publics.

Il a déclaré qu'en 1992, il avait été "contraint à démissionner" après une accusation à son encontre tenant "en deux paragraphes". Entre son cas et celui de Mme Rousseff, "la procédure est la même, mais pas le rythme, ni la rigueur", a-t-il déploré.

Il a également rappelé qu'en 1994, le Tribunal suprême fédéral (STF) l'avait blanchi en classant l'affaire. "J'avais tout de même perdu mon mandat", a-t-il soufflé sur un ton nostalgique.

Premier président élu au suffrage universel après la dictature militaire (1964-1985), M. Collor, issu d'un petit parti, avait rapidement fait l'unanimité de la classe politique contre lui, et essuyé des manifestations populaires monstres réclamant son départ du pouvoir.

- 'Ruines d'un gouvernement' -

Revenu en politique, il a été élu sénateur d'Alagoas (nord-est) en 2006 et réélu en 2014.

A propos de Mme Rousseff, "j'avais alerté (le gouvernement) sur la possibilité de subir un impeachment, mais on ne m'a pas écouté", a-t-il avancé.

S'il n'a pas formellement révélé le sens de son vote, qui allait finalement être favorable à l'ouverture du procès en destitution, il s'est livré à une critique sévère de la présidence Rousseff: "Jamais le Brésil n'avait connu une convergence aussi nette, aussi aiguë de crise dans la politique, l'économie, la moralité et les institutions. Nous en sommes au pic des crises, aux ruines d'un gouvernement, aux ruines d'un pays".

Le terme "ruines d'un gouvernement" rappelle le titre d'un livre du célèbre juriste brésilien Ruy Barbosa paru dans les années 1930 et qui avait été utilisé lors de la procédure en destitution à l'encontre de M. Collor.

L'ex-président fait par ailleurs partie des personnalités politiques citées dans le gigantesque scandale de corruption autour de la compagnie pétrolière publique Petrobras.

La famille Collor s'était déjà tragiquement illustrée: en 1963, le père de l'ex-président, le sénateur Arnon Collor de Mello, avait tiré trois coups de pistolet en plein Parlement et ainsi tué un de ses collègues, alors qu'il en visait un autre.

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