BIEN-ÊTRE
10/05/2016 03:21 EDT | Actualisé 10/05/2016 05:39 EDT

L'Accueil Bonneau fête ses 139 ans

Sarah-Émilie Nault

À l'angle des rues Berri et Notre-Dame samedi matin, des dizaines de bénévoles, d'intervenants et de passants se sont mêlés au groupe d'itinérants et de gens dans le besoin venus célébrer les 139 années d'existence de l'Accueil Bonneau. Fondé par les Soeurs Grises en 1877, le principal centre de jour en itinérance de Montréal s'est ainsi retrouvé bordé de sourires, de musique et de soleil.

Faire le bien

Daniel K., 37 ans, fréquente l'Accueil Bonneau depuis environ un an. « Je viens ici pour la nourriture, a-t-il expliqué d'emblée. Manger, c'est essentiel. Je viens aussi pour les ateliers d'art et d'écriture. Ici, je rencontre des gens avec qui je peux parler. Je ne suis plus seul tout le temps. C'est dur, être toujours tout seul, quand on n'a pas de famille. Ce n'est pas bon pour moi. »

« Depuis que je viens ici, je me sens mieux et j'essaie de plus réfléchir avant d'agir, même si c'est souvent difficile, a-t-il ajouté les yeux humides. Je n'ai pas peur de le dire : je suis une bombe qui explose, je peux être violent. Mais ça fait longtemps que je n'ai pas agi comme ça. J'aime venir ici apprendre des choses et parler avec les intervenantes. Quand je suis avec elles, je ne pense pas à me battre ou à être violent. Parler, ça peut aider les gens, faire une différence. »

Daniel fait partie de ces centaines de personnes accueillies quotidiennement à l'Accueil Bonneau. Là où 800 repas sont servis chaque jour, où 50 000 articles de vêtements sont distribués annuellement et où 75 000 heures de bénévolat sont offertes chaque année.

« Avoir 139 ans, c'est bien, mais ça nous dit aussi qu'il y a de la misère, de la pauvreté et des situations d'itinérance qui existent depuis 139 ans, a expliqué le directeur général de l'Accueil Bonneau, Aubin Boudreau. Malheureusement, ces problématiques sont en croissance. Par contre, la bonne nouvelle est que l'on sait de mieux en mieux comment répondre aux besoins des personnes qui viennent à l'Accueil Bonneau. »

En effet, les services offerts dans les quatre maisons de l'Accueil Bonneau sont aussi variés que nombreux. Salon de barbier, douches, infirmerie, services infirmiers, services de fiducie et d'accompagnement psychosocial; ces ressources sont mises en place afin de lutter contre l'itinérance et de redonner un sens de dignité aux gens de la rue. Cela se sentait d'ailleurs samedi, alors que plusieurs d'entre eux saluaient leurs intervenants, l'air complice, lors de la fête musicale organisée devant la maison mère de l'Accueil Bonneau.

Travailler à aider

Mélanie Dion est intervenante psychosociale à l'Accueil Bonneau depuis janvier dernier. Son travail, elle en parle avec une lueur unique dans les yeux. Et il semble que ses « gars » le lui rendent bien.

« Mon boulot est d'accueillir les gars, de créer des liens avec eux, de faire des suivis (vie sociale, emploi), de les aider dans leurs diverses démarches et de les orienter vers les bonnes ressources (centres de désintoxication, rencontres AA, adresses où aller dormir...) Notre approche est motivationnelle : nous voulons aller chercher les valeurs intrinsèques de chaque personne et travailler à partir de ce que chacun est prêt à faire pour s'en sortir. »

« On est souvent leur premier sourire et la première personne à leur adresser la parole le matin, poursuit-elle. J'aime le fait qu'ici, on travaille de pied ferme vers une réinsertion sociale. On fait un travail direct avec les gens; on vit avec eux leurs hauts et leurs bas. On arrive à faire une différence dans leur vie simplement en étant là pour les écouter. »

Le long de la route, toutes sortes de problématiques sont rencontrées; des cas de santé mentale, de déficience intellectuelle, de toxicomanie, d'alcoolisme, de mauvaise ou de non-médication… « Je souhaite que le gouvernement comprenne que c'est ici qu'il faut investir pour essayer d'enrayer la pauvreté. Je souhaite que ces gens puissent tous être logés un jour et ainsi pouvoir vivre mieux », dit l'intervenante qui se dit motivée par les constants nouveaux projets mis sur pied par l'Accueil Bonneau.

« Un local d'art, un local de musique, des ordinateurs; ces petites choses aident les gens à reconstruire leur estime d'eux-mêmes et à tranquillement aller mieux, jusqu'à sortir de l'itinérance. Je suis témoin de belles réussites et c'est ce qui est plaisant. C'est la raison pour laquelle je fais ce métier et aussi celle pour laquelle je suis ici pour célébrer avec eux aujourd'hui. »

Que ce soit pour Jean-Guy Grégoire qui fait du bénévolat à l'Accueil Bonneau tous les mercredis midi depuis 11 ans ou pour sœur Isabelle Couillard, intervenante et fière instigatrice du programme Intervention du milieu (visant à favoriser la cohabitation harmonieuse entre les gens fréquentant l'Accueil Bonneau et les voisins, résidents et commerçants du quartier), l'Accueil Bonneau est beaucoup plus qu'un lieu où se rendre simplement travailler; c'est une longue tradition d'acceptation, de compassion et d'espoir.

Pour en savoir plus sur l'Accueil Bonneau : http://www.accueilbonneau.com/

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